Au salon du livre de Québec

2 avril 2010

Je participerai au salon du livre de Québec qui se tiendra cette année du 7 au 11 avril au Centre des congrès de Québec.

Mercredi le 7, à 15 heures, je participerai à une rencontre animée par Catherine Lachaussée sur la scène Médias, en compagnie des auteurs Daniel Marchildon, lauréat du Prix Émile-Ollivier, et Lawrence Hill, auteur de The book of negroes.

Il y aura séances de signature au stand de la courte échelle jeudi de 10 à 11h, vendredi de 10 à 11h, samedi de 15h00 à 16h30 et dimanche de 12h30 à 14h00.

Je participerai samedi à l’émission Vous m’en lirez tant sur les ondes de Radio-Canada.

Bon salon!


Le mort du chemin des Arsène remporte le Prix de création littéraire de la ville de Québec et du SILQ

30 mars 2010

Le mort du chemin des Arsène m’a valu aujourd’hui le Prix de création littéraire de la ville de Québec et du salon du livre international de Québec, catégorie adulte.

Sylvain Hotte a remporté la palme dans la catégorie jeunesse avec le premier tome de la série Aréna, intitulé Panache, paru aux Intouchables.

Contrairement aux artistes de scène, l’écrivain communique avec son public par le biais intime et paradoxalement anonyme de la lecture. Dans ce contexte, les prix agissent comme des vents favorables à la poursuite des chimères.

Un livre n’est pas le fait de son seul auteur. Je partage ce prix avec l’équipe des éditions de la courte échelle pour l’aide apportée pendant le processus de création.


Fernando Pessoa: le génial caméléon

24 mars 2010

Franz Kafka, cet écrivain discret qui avait demandé qu’on brûle ses manuscrits après sa mort, fait partie de l’âme de Prague, du moins celle qui est visible. Son image chaplinesque orne des t-shirts, des bocks de bière, des cartes postales. Un musée lui est consacré sur les rives de la Vltava.

Fernando Pessoa est son pendant lisboète. Ils sont nés à cinq années d’intervalle, Kafka en 1883, Pessoa en 1888. Ils habitaient des villes à l’âme fluide, mystérieuse, chacune porteuse d’un passé glorieux et tragique. Pour pousser l’analogie, chacun avait vécu une forme d’ambiguité linguistique. Kakfa parlait tchèque, mais écrivait en allemand. Pessoa avait été éduqué en anglais en Afrique du Sud, mais écrivait en portugais. Chacun avait vécu presque exclusivement dans le quartier historique de leurs villes natales, Prague et Lisbonne. Chacun avait gagné sa vie en exécutant des besognes administratives où ils exerçaient leurs habilités de traducteurs. Chacun est mort jeune, Kafka à 40 ans, Pessoa à 47 ans. Chacun a laissé une grande partie de son oeuvre sous forme de manuscrits fragmentaires et a connu la gloire bien après sa mort.

Je pourrais pousser l’analogie plus loin, ne serait-ce que par leurs physiques plutôt ingrats, par leurs destins d’écorchés.

Par ailleurs, Fernando Pessoa constitue certainement, dans toute la littérature, un cas.

Pour commencer, son nom de famille signifie «personne». Petit être falot, il revient d’Afrique du Sud à 17 ans et retrouve son Lisbonne natal. Il n’en sortira, littéralement, jamais, exerçant une débordante activité d’écriture, à la fois comme prosateur, journaliste, poète, critique de livres et de musique, rédacteur de rubriques astrologiques, directeur de revue, etc.

«Chacun de nous est plusieurs à soi tout seul, est nombreux, est une prolifération de soi-mêmes.»

Non content de cet éclectisme, il signe son œuvre de multiples pseudonymes, dont les principaux seront Alberto Caeiro, Àlvaro de Campos et Ricardo Reis. Chacune de ses incarnations avait une biographie, des caractéristiques personnelles, mieux encore un style littéraire. Il écrira aussi, exception, sous son nom.

De son vivant, il publiera un seul livre en portugais, Mensagem (Messager). Selon ses exégètes, son propre nom de Fernando Pessoa («Fernand Personne») ne doit pas être considéré plus représentatif de sa vraie personnalité que ses pseudonymes. À sa mort, en 1935, il laissera une malle fermée à clefs, contenant plus de 25,000 pages de texte. La compilation et l’édition de ces œuvres n’est pas terminée à nos jours.

La lecture de Pessoa s’apparente à la dégustation d’un alcool fort: il ne faut pas pousser la dose. Le livre de l’intranquillité, considéré comme son chef d’œuvre, se présente comme une suite décousue de textes courts qui ne sont pas sans rappeler, avant la lettre, les posts d’un blog laissé à l’humanité. (Pour ceux qui ouvrent leur dictionnaire, intranquillité est un néologisme, autant en français que dans la version initiale portugaise, desassosego). S’y étalent les méandres de la pensée multiforme de Pessoa: le dedans, le dehors, la réalité, le rêve, la joie, l’angoisse s’entremêlent en des jeux de miroir géniaux, articulés, le plus souvent, autour de scènes banales de la vie quotidienne.

Fernando Pessoa est mort d’une cirrhose du foie, à 47 ans, à l’hôpital de Sao Luis à Lisbonne. Contrairement à Brendan Behan, autre génial cirrhotique, il n’était pas, selon l’expression de mon père, un gars de party. En terme de joyeux lurons, j’oserais affirmer que Kafka est à Pessoa ce que Louis-José Houde est à Claude Ryan (paix à ses cendres).

Quelques exemples:

«Au bord de quelle eau suis-je donc, si je me vois au fond?»

«Il est des bateaux qui aborderont à bien des ports, mais aucun n’abordera à celui où la vie cesse de faire souffrir, et il n’est pas de quai où l’on puisse oublier.»

Mais parmi ces considérations d’un noir consommé se glissent de multiples perles:

«La civilisation consiste  à donner à quelque chose un nom qui ne lui convient pas, et à rêver ensuite sur le résultat.»

Ce soir, il tombe une petite bruine sur Lisbonne. Du Tage et, plus loin, de l’Atlantique, la brume s’insinue dans les ruelles de la Baixa.

Les Portugais, nous l’oublions souvent, sont nos voisins. En sortant du Golfe entre Terre-Neuve et le Cap-Breton, on continue tout droit et on est rendu.


Lisbonne est une belle dame plus très jeune, aux yeux mélancoliques et fardés

22 mars 2010

La phrase m’est venue alors que je quittais ce matin la place Marquès de Pombal pour traverser le parc Eduardo VII. Au-dessus des saules et des gigantesques platanes, Lisbonne me présentait ses façades pastel aux couleurs passées, ses collines semées de maisons crème. Campée à l’entrée du Tage, traversée par les vents atlantiques, Lisbonne exhale un parfum de grandeur déchue. Cette petite ville bancale, maladroitement assise, comme Rome, sur sept collines, a déjà commandé un empire. En arpentant ses rues bordées de hautes maisons ornées de balcons ornés de fer forgé, je retrouvais, en plus riche, en plus élégant, en moins tropical, des impressions de La Havane.

J’aime les villes. J’aime les femmes. Je ne serai pas le premier à personnaliser les premières sous les traits des secondes. New-York, malgré son âge, gardera toujours une ardeur et une grâce rétives et adolescentes. Prague est une passante blonde, dans la trentaine, au regard bouleversant. Venise est une grand-mère aux jambes enflées, luttant contre la démence. Lisbonne est cette belle femme d’âge indéfinissable, dont les yeux bruns, fardés, expriment la saudade, ce désir et cette mélancolie mêlés, typiquement lisboètes, qu’aucun mot français ne peut traduire.

Cette belle dame, par ailleurs, a de superbes mollets. Cette ville pentue, sans nul doute, est excellente pour le cœur.


Le ruban blanc: un film parfait et troublant

12 mars 2010

J’ai vu la semaine dernière Le ruban blanc de Michael Haneke.

C’est mon coup de cœur de l’année. Ce film tourné en noir et blanc raconte une série de méfaits mystérieux dans un petit village du nord de l’Allemagne, en 1913. La narration est aussi limpide que le récit est troublant. Les images, les dialogues, la puissance des personnages, la mise en scène révèlent une maîtrise impressionnante. Le film a d’ailleurs reçu la Palme d’Or du Festival de Cannes l’an dernier.

Le film se termine sans que les «coupables» ne soient clairement identifiés. Les villageois, impliqués dans une sorte de complicité passive, se trouvent presque soulagés par le déclenchement de la guerre de 1914-18.

Par sa beauté formelle, par sa fin ouverte, le livre m’a rappelé un de mes romans préférés, campé dans un tout autre univers : Chronique d’une mort annoncée, de Garcia Marquez.


Le mort du chemin des Arsène finaliste au Prix du création littéraire de la ville de Québec

4 mars 2010

Le mort du chemin des Arsène est finaliste pour l’obtention du Prix de création littéraire de la ville de Québec (catégorie adulte), qui sera attribué le 30 mars prochain.

Les deux autres œuvres en lice sont Ce qui s’endigue, d’Annie Cloutier, paru chez Triptyque, et Le chat proverbial de Hans-Jürgen Greif, publié à L’instant même.

Dans la catégorie jeunesse, les trois œuvres finalistes sont:

Le naufrage d’un héros, de Diane Bergeron, Éditions Pierre Tisseyre

Aréna – tome 1 – Panache, de Sylvain Hotte, Les Intouchables

La nuit Woolf, de Lyne Richard, Québec Amérique.

Les prix de création littéraire de la ville de Québec sont décernés conjointement par la ville de Québec et le Salon international du livre de Québec.


J.D. Salinger : mourir deux fois

30 janvier 2010

L’écrivain J.D. Salinger est mort cette semaine dans sa retraite de Cornish, au New Hampshire. Il avait 91 ans.

Pour la majorité, il restera l’auteur de The catcher in the rye, roman publié en 1951 et vendu depuis à plus de 60 millions d’exemplaires. La narration inimitable de Holden Caulfield, dans un slang américain malheureusement galvaudé par les traductions françaises, a accompagné des générations de lecteurs et marqué la littérature de la deuxième moitié du vingtième siècle.

Le succès du livre a eu pour pendant l’éclipse prématurée de son auteur. Salinger, né à Manhattan d’un père juif et d’une mère irlando-écossaise, a peu publié. Un recueil de nouvelles écrites entre 1948 et 1953, Franny and Zooey en 1961 et Raise high the roof beam, carpenters et Seymour: an introduction en 1963. Ensuite, l’écrivain, fuyant la publicité, se réfugia dans sa propriété du New Hampshire, qu’il fit entourer d’une clôture haute de deux mètres. Les dernières oeuvres, courtes, de même que deux ou trois nouvelles, sont toutes centrées sur la famille Glass, et notamment Seymour Glass, qui se suicida peu après son mariage dans la mémorable nouvelle A perfect day for bananafish.

Comme tous les grands ermites, Salinger devint un mythe, d’autant plus que son œuvre maîtresse, The catcher in the rye, continuait à se vendre à plus de 250,000 exemplaires par année. La question qui hanta et qui hante toujours lecteurs et critiques est évidemment de savoir s’il continuait à travailler et si sa production demeurait d’aussi grande qualité. Selon la rumeur, Salinger a toujours écrit, en prétendant qu’il le faisait strictement pour lui et que ne pas publier lui procurait une grande paix. Toujours selon la légende, des manuscrits seraient enfermés dans un coffre-fort à Cornish. Sa carrière d’écrivain tronquée ne lui aura pas attiré que des éloges. Norman Mailer dira de lui: «Salinger est le plus grand esprit à n’être jamais sorti du collège.»

Parmi les éléments biographiques dignes de mention (ils sont nombreux), je note que Salinger a servi dans l’infanterie pendant la deuxième guerre mondiale. Il a notamment débarqué en Normandie, combattu la dernière grande offensive allemande dans les Ardennes et découvert les camps nazis en Allemagne. À la fin de la guerre, il a été traité pour «fatigue du combat», probablement un euphémisme pour le syndrome de stress post-traumatique. Selon divers exégètes, qui ont beau jeu, cette blessure psychologique ne serait pas étrangère au ton grinçant de l’œuvre et à la misanthropie de l’écrivain.

J’ai lu et relu Salinger, surtout dans la vingtaine. Plus que par Holden Caulfield, j’ai été marqué par la saga de la famille Glass et par l’énigmatique personnage de Seymour. La nouvelle A perfect day for bananafish et sa finale aussi simple que percutante sont gravées dans ma mémoire, de même que le chaud après-midi new-yorkais décrit dans Raise high the roof beam, carpenters.

Je ne sais si J.D. Salinger, ce drôle de pistolet, ce Ducharme avant l’heure, nous a ménagé quelques surprises. Je ne peux m’empêcher de l’espérer, bien que, à sa façon, il nous ait donné une leçon dans l’art d’utiliser, pour mettre en évidence cinq cents pages de prose, cinquante ans de silence.

(pour terminer, cette excellente notice nécrologique dans le New York Times)

http://www.nytimes.com/2010/01/29/books/29salinger.html?ref=obituaries


Interdire les feux de plage sur la Grave aux Iles-de-la-Madeleine: le triomphe de l’infantilisme

29 janvier 2010

Il existe aux Iles-de-la-Madeleine un site extraordinaire, appelé familièrement «la Grave».

Une grave, pour les Acadiens et probablement pour les Français du dix-huitième siècle en général, désignait une plage de galets propice au séchage du poisson, notamment de la morue. Il existe des «graves» ailleurs qu’aux Iles, il y en a une à Natashquan, par exemple.

La Grave, aux Iles, est située à Havre-Aubert, principal lieu de peuplement et chef-lieu de l’archipel jusqu’aux années soixante. Il s’agit d’une anse pierreuse, dessinant un magnifique arc-de-cercle entre les collines des Demoiselles à l’ouest et le Cap Gridley à l’est. Il y subsiste des salines, des magasins de l’en-premier, des premiers temps de la colonie acadienne. Certains bâtiments sont authentiques, d’autres ont été restaurés ou rebâtis selon des critères stricts, le lieu ayant été déclaré «site historique» par le ministère des Affaires Culturelles il y a plus de vingt ans.

La Grave est éminemment touristique. L’été, spécialement lors du festival acadien en août, on y vient de partout aux Iles pour célébrer, dans un lieu qui possède pour tout Madelinot une valeur spéciale, puisque tout un chacun possède au moins un ancêtre qui y a habité. Les beaux soirs, on fait parfois des feux de grève.

Il semblerait qu’un de ces feux ait un certain soir causé des soucis quant à la sécurité des vieux bâtiments historiques, bâtis en bois. Si bien que les élus et les instances gouvernementales mijotent un règlement visant à interdire carrément les feux de grève sur la Grave. Du moins, c’est ma compréhension du problème.

Un site «PROTEGEONS NOTRE DROIT DE FAIRE DE PETITS FEUX DE CAMP SUR LA GRAVE!!!» s’est constitué sur Facebook.

Il semblerait qu’on évalue la possibilité de faire des feux de camp, mais seulement dans des coupoles…

Le problème, comparé aux malheurs qui accablent Haïti ou l’avenir de la planète, est lilliputien.

Néanmoins, il témoigne d’un véritable cancer. Qu’on l’appelle «rectitude politique», « interventionnisme bête», «infantilisme», «psychose de la sécurité», il procède du même principe, omniprésent dans notre paysage politico-socio-culturel: les êtres humains sont irresponsables, il faut les règlementer.

Depuis trois cent ans, les Madelinots font des feux sur la grève. Pourrait-on, au lieu d’enfermer tout le monde dans un règlement bébête (et impossible à appliquer), faire un peu d’information sur les dangers particuliers que présentent les feux de camp près de bâtiments en bois? Est-ce trop simple? Les gens sont-ils trop idiots?

Si ce problème est lilliputien, il témoigne tout de même d’un fâcheux travers de notre monde aseptisé.


Jardin, grenier, dépotoir

12 janvier 2010

L’écrivain, cet animal mystérieux, est un omnivore.

Il se nourrit d’abord des mots des autres. Je ne connais pas d’écrivain qui n’ait été, à plein temps ou à certaines périodes de sa vie, un grand lecteur. Histoires, images, personnages entrent ainsi, pêle-mêle, dans une cuve à fermentation dont sortira, un jour, si l’apprenti possède le courage de se colleter quotidiennement avec le néant, une nouvelle fiction, laquelle nourrira à son tour d’autres accros de l’imaginaire.

J’ai parlé de fermentation. J’aurais pu employer les mots rumination, germination, synthèse, ou mutation. Tout artiste est un recycleur, voire un nécrophage, et je ne fais pas exception à la règle. J’erre depuis quelques semaines dans ce que je pourrais appeler mon jardin, mon grenier, mon dépotoir ou mon charnier. S’y trouvent, en divers états d’achèvement, mes fragments d’histoires. Certaines ont près de cent pages, d’autres se résument à un bref synopsis. Je relis. J’écris, bien sûr. Je rajoute des bouts à l’une ou à l’autre, les «essayant» comme s’il s’agissait de vêtements. Je pratique même des boutures, amalgamant deux mondes, transposant des lieux et des personnages, insufflant une nouvelle vie à un récit moribond.

De ce laboratoire jaillira bientôt, si les astres sont propices, une histoire qui de fraiera un chemin, de version en version, jusqu’à l’état de livre. À quoi reconnaitrai-je, parmi ces plantes plus ou moins vivaces qui encombrent mes serres, celle qui fleurira? Un jour, une histoire ou un projet s’impose, naturellement. Je sais alors que je ne pourrai trouver le repos que lorsque je l’aurai mené à terme.

En attendant, je poursuis mes expériences.


Les mystères de Ferron

14 décembre 2009

J’aime lire. J’aime aussi relire, mais pas n’importe quoi. Certains livres ont marqué mon parcours. J’aime les retrouver après cinq ou dix ans d’absence, pour respirer leur parfum ou sonder leur mystère.

J’ai beaucoup lu Ferron quand j’étais au collège. Un soir d’automne 1973, j’ai même eu l’occasion de l’apercevoir à un lancement aux Éditions du Jour, rue Saint-Denis. En compagnie de deux autres cégépiens, j’y avais été amené par Jean-Marie Poupart, notre professeur d’essai, qui avait eu la folle générosité de nous entasser dans sa Coccinelle.

Aussi impressionné qu’invisible, j’errais entre les célébrités, les beaux parleurs et les pique-assiettes.  Je reconnus Ferron, un verre de vin à la main, dans un coin de la pièce. Le front dégarni, très grand, les épaules voûtées comme un oiseau de proie, il souriait en écoutant discourir quelque prétendant au génie. Il m’avait paru absent, s’abandonnant à la fête par obligation ou par désoeuvrement, l’esprit occupé à autre chose, probablement aux dérives oniriques qu’il élaborait dans son cabinet entre deux patients.

J’avais déjà lu ses romans. L’un en particulier, Les confitures de coing, m’avait tant frappé que je lui avais consacré un long travail où je le comparais au Château de Kafka.

« J’eus l’impression, déjà éprouvée en mon adolescence, de disposer de moi, aussi libre qu’un dieu, au milieu d’un monde déférent, tout à ma dévotion. »

Le héros du récit est un banal fonctionnaire, François Ménard, habitant la Rive-Sud de Montréal. De l’autre côté du fleuve, illuminé dans une nuit peuplée d’engoulevents, se trouve le Château, qui n’est pas sans rappeler celui de Prague. Une nuit, Ménard est tiré de sa vie sans histoire par un coup de téléphone: il est convoqué à la morgue de Montréal, pour y rencontrer Frank Archibald Scott, sorte d’alter ego anglophone, pourtant originaire comme lui du comté de Maskinongé.

S’en suit une sorte de quête initiatique, qui tient à la fois de l’histoire, de la poésie, de l’autobiographie et de la psychanalyse, parsemée de trouvailles philosophiques et de traits d’esprit. Le tout est complexe, le caractère déjanté du récit se trouvant mis en relief par un style aussi sinueux que la Rivière du Loup, qui semble puiser ses racines, malgré quelques néologismes, dans le dix-huitième siècle. Frank Archibald Scott finira empoisonné, ce qui fournira au narrateur à la fois sa revanche et sa rédemption.

La place de Jacques Ferron dans la littérature française est unique. Je mentirais si je prétendais qu’il n’a eu aucune influence dans mon choix de choisir la médecine plutôt que la littérature quand j’ai quitté le cégep. Ai-je bien fait? Ce soir encore, tandis que j’écris ces paragraphes entre deux patients, il ne me vient aucune réponse simple.

Après tout, la vie ne l’est pas.