Interdire les feux de plage sur la Grave aux Iles-de-la-Madeleine: le triomphe de l’infantilisme

Il existe aux Iles-de-la-Madeleine un site extraordinaire, appelé familièrement «la Grave».

Une grave, pour les Acadiens et probablement pour les Français du dix-huitième siècle en général, désignait une plage de galets propice au séchage du poisson, notamment de la morue. Il existe des «graves» ailleurs qu’aux Iles, il y en a une à Natashquan, par exemple.

La Grave, aux Iles, est située à Havre-Aubert, principal lieu de peuplement et chef-lieu de l’archipel jusqu’aux années soixante. Il s’agit d’une anse pierreuse, dessinant un magnifique arc-de-cercle entre les collines des Demoiselles à l’ouest et le Cap Gridley à l’est. Il y subsiste des salines, des magasins de l’en-premier, des premiers temps de la colonie acadienne. Certains bâtiments sont authentiques, d’autres ont été restaurés ou rebâtis selon des critères stricts, le lieu ayant été déclaré «site historique» par le ministère des Affaires Culturelles il y a plus de vingt ans.

La Grave est éminemment touristique. L’été, spécialement lors du festival acadien en août, on y vient de partout aux Iles pour célébrer, dans un lieu qui possède pour tout Madelinot une valeur spéciale, puisque tout un chacun possède au moins un ancêtre qui y a habité. Les beaux soirs, on fait parfois des feux de grève.

Il semblerait qu’un de ces feux ait un certain soir causé des soucis quant à la sécurité des vieux bâtiments historiques, bâtis en bois. Si bien que les élus et les instances gouvernementales mijotent un règlement visant à interdire carrément les feux de grève sur la Grave. Du moins, c’est ma compréhension du problème.

Un site «PROTEGEONS NOTRE DROIT DE FAIRE DE PETITS FEUX DE CAMP SUR LA GRAVE!!!» s’est constitué sur Facebook.

Il semblerait qu’on évalue la possibilité de faire des feux de camp, mais seulement dans des coupoles…

Le problème, comparé aux malheurs qui accablent Haïti ou l’avenir de la planète, est lilliputien.

Néanmoins, il témoigne d’un véritable cancer. Qu’on l’appelle «rectitude politique», « interventionnisme bête», «infantilisme», «psychose de la sécurité», il procède du même principe, omniprésent dans notre paysage politico-socio-culturel: les êtres humains sont irresponsables, il faut les règlementer.

Depuis trois cent ans, les Madelinots font des feux sur la grève. Pourrait-on, au lieu d’enfermer tout le monde dans un règlement bébête (et impossible à appliquer), faire un peu d’information sur les dangers particuliers que présentent les feux de camp près de bâtiments en bois? Est-ce trop simple? Les gens sont-ils trop idiots?

Si ce problème est lilliputien, il témoigne tout de même d’un fâcheux travers de notre monde aseptisé.

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