«Les Clefs du silence» dans le numéro été 2017 de «Lettres québécoises»

12 juin 2017

Normand Cazelais a signé, dans le numéro été 2017 de Lettres Québécoises, une excellente critique des Clefs du silence, cinquième polar de la série Surprenant paru en janvier dernier.

«Ce polar confirme le talent de Jean Lemieux qui s’est exprimé à plusieurs reprises dans ses romans antérieurs, entre autres par la qualité de ses trames, par leur densité psychologique.»


«Le Trésor de Brion», fiction versus réalité

27 mai 2017

On me demande souvent si certains personnages du «Trésor de Brion» sont réels ou fictifs.

Pour débuter, TOUS les personnages «vivants» du roman, c’est-à-dire ceux qui prennent vie dans les quelques jours d’été 199… qui forment le temps du livre, sont FICTIFS. Il peut exister des ressemblances avec des personnes qui ont réellement existé, mais l’essentiel est inventé. Certains de ces personnages fictifs ont des racines familiales réelles, par exemple, Guillaume Cormier, le héros, est un personnage fictif qui se rattache à une lignée réelle de Cormier de Havre-Aubert, les descendants d’Honoré à Pierre-Guillaume Cormier (1866-1952).
Des personnages décédés, par exemple le pirate Henry Ratcliffe (1848-) et l’abbé Donnegan, sont totalement inventés. Les livres d’histoire américaine faisant référence à Ratcliffe sont eux aussi fictifs. Par contre, il était vrai qu’au XIXe siècle des pêcheurs américains (et non des pirates) faisaient parfois des incursions aux Îles. On note aussi qu’au moins un missionnaire d’origine irlandaise a séjourné aux Îles au XVIIIe siècle.

Parmi les personnages décédés qui jouent un rôle dans le roman, trois ont réellement existé.
Le premier est Louis Boudreau (1756-1836), un des premiers Boudreau installé aux Îles-de-la-Madeleine. Sa femme Louise Dugas (1766-1861) était sage-femme. Sans jouer tout à fait le rôle que je lui ai prêté dans le livre, avec la cloche, etc, Louis Boudreau semblait avoir une certaine importance dans la vie de la petite mission de Havre-Aubert. Par exemple, c’était souvent lui qui ondoyait (baptisait) les enfants en l’absence du prêtre missionnaire.
Sa fille Geneviève Boudreau (ca1783-1876) donne dans le roman des indications sur le mode de vie du pirate Henry Ratcliffe. Qu’elle ait appris à lire sur le tard, tel que je l’ai imaginé, est invérifiable, sauf pour des descendants ayant accès à des archives.
Enfin le père Charles-Nazaire Boudreau (1822-1888), fils de Geneviève, est aussi brièvement évoqué.

«Le Trésor de Brion», avant tout un livre d’aventure, est aussi un roman ancré dans l’histoire des Îles et plus largement de l’Acadie. Comme la très grande majorité de ce type d’ouvrage «historique», il comporte un mélange de personnages réels et fictifs, ces derniers étant de loin les plus nombreux.

Enfin, «Le Trésor de Brion» est aussi un livre qui se situe dans une certaine période. J’ai parlé plus haut des années 1990. Même si l’année n’est pas précisée, c’est certainement une histoire qui se déroule avant l’utilisation généralisée de l’Internet. On peut imaginer que Guillaume, Aude et Jean-Denis mèneraient leur enquête différemment aujourd’hui.

(texte paru sur la page Facebook du Trésor de Brion)


Une excellente critique de Richard Migneault

19 mars 2017

Richard Migneault, animateur incontournable du polar et maître d’œuvre de la série publiée chez Druide incluant notamment Crimes à la librairie, Crimes à la bibliothèque et plus récemment Crimes au musée, a fait cette excellente recension du dernier Surprenant, Les Clefs du silence.


Thaïlande prise 3

22 février 2017

Je quitterai dans moins de 24 heures la Thaïlande. J’y suis d’abord venu, jeune voyageur en sabbatique, en 1983. J’y suis revenu en écriture avec La Marche du fou, en 2000. Je m’apprête à en repartir avec le cœur gros, ayant retrouvé ici ce qui m’avait tant plu il y 34 ans: un climat exceptionnel, de beaux paysages, mais surtout une société complexe, souriante et… bouddhiste.

La Thaïlande a pourtant changé sous l’effet d’un indéniable tourisme de masse. Le système politique est loin d’être idéal. Il y a de la pauvreté, de la corruption, de la pollution. Reste la tolérance et la gentillesse des Thais, aussi une certaine frange de voyageurs curieux et irréductibles avec laquelle, malgré les ans qui passent, je me sens toujours certaines affinités.

Ah oui! J’en ramène aussi 5000 ou 6000 mots, une bonne pêche.

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Retour sur la marche du Fou

11 février 2017

Je suis de retour à Bangkok. J’y ai mis les pieds, la dernière fois, en juillet 1983, au milieu d’un mini-tour du monde qui m’avait mené de Montréal à Montréal en passant par l’Australie, Singapour, la Malaisie, la Thaïlande, la Birmanie, le Népal et, brièvement, Mumbai.

J’y suis retourné par contre par la voie de la fiction, pendant la (longue) rédaction de La Marche du fou, entre 1984 et (surtout) 1998-1999. Une grande partie du roman se passait en Thaïlande, sur une Kho Samui transposée et à Bangkok.

Curieusement, aujourd’hui, alors que j’arpente la ville, j’ai des souvenirs plus vivaces de mon roman que de mon premier passage, comme si ma Thaïlande inventée était plus vivace que la réelle. Au fond, ne vit-on pas toujours dans une ou plusieurs fictions? Celles de nos perceptions plus ou moins fiables, de nos souvenirs transformés, de nos rêves perdus?


SPVM, CHUM et corruption

4 février 2017

(Texte intégral de la recension de Michel Bélair aujourd’hui 4 février 2017 dans Le Devoir)

Passer des Îles-de-la-Madeleine à la place Versailles et de la Sûreté du Québec (SQ) au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) ne va pas de soi… Mais le lieutenant- détective André Surprenant, de l’escouade des crimes majeurs, y parvient plutôt bien.

 

On retrouve ici ce policier efficace et sans prétention — qui en est à sa cinquième enquête déjà — alors qu’il se penche sur un meurtre barbare commis dans une clinique annexe du CHUM. Détail important : nous sommes en 2009 et des rumeurs de corruption planent sur le chantier du superhôpital. Qui l’eût cru…

 

L’intrigue complexe tissée par Lemieux s’appuie en fait sur le climat paranoïde qui sévissait à l’automne 1970. Tout ne se dénouera bien sûr qu’à la toute fin du livre mais, en prime presque, l’enquête permettra de mettre en lumière des passages occultés et rappellera des façons de faire, disons, discutables employées durant la fameuse Crise d’octobre. Au fil de l’investigation, on aura tout au long l’impression de voir des couches de silence s’entasser les unes sur les autres.

 

La cellule Chénier

 

C’est que, pour mêler les pistes en alertant les « veilleurs » de la GRC et du SCRS, le meurtrier laisse sur les lieux du crime trois petits blocs de bois marqués des lettres F, L et Q. Voilà de quoi attirer l’attention et faire oublier ce qui se passe tout près de la scène de crime. Surtout quand la victime est un ancien agent infiltré dans la cellule Chénier, qui enleva le ministre Pierre Laporte, mort dans les circonstances nébuleuses que l’on sait…

 

Les choses ne s’arrangent pas lorsqu’un politicien retraité, ministre dans le gouvernement Trudeau de l’époque, est assassiné à son tour. Pire : son bureau est « nettoyé » et son jeune neveu disparaît lui aussi sans laisser de trace. Dans les journaux, on commence déjà à faire des liens entre les éléments du puzzle, mais Surprenant continue à suspecter qu’on veut l’attirer sur une fausse piste.

 

Encore une fois, Jean Lemieux manoeuvre de main de maître tout au long de cette histoire touffue, riche de vrais personnages. Son équipe d’enquêteurs du SPVM est particulièrement crédible et les relents de corruption — tout comme les allusions à peine voilées à certains politiciens — qui remontent de ce qu’ils découvrent en feront réfléchir plusieurs.

 

Surprenant, surtout, et ses proches deviennent de plus en plus complexes avec leurs failles à hauteur du quotidien ; personne ne joue au surhomme ici. Au contraire, plus les enquêtes du lieutenant-détective se multiplient, plus on s’éloigne des personnages unidimensionnels qu’on voit dans les séries télé. Tout cela bien ficelé dans une écriture vive, campée au coeur de la ville comme de la vie.

 

On ne peut qu’espérer que l’initiative un peu tordue de Surprenant, à la fin du livre, ne mettra pas fin trop rapidement à sa carrière…


L’énigme du cadavre scalpé ****

29 janvier 2017

(Intégrale de la critique de Norbert Spehner parue dans La Presse + le 29 janvier 2017)

Dans Les Clefs du silence, cinquième volet des enquêtes du sergent-détective André Surprenant, Jean Lemieux se livre à un exercice de haute voltige avec une intrigue très complexe qui comprend trois volets: le meurtre sauvage d’un médecin affilié au CHUM. retrouvé poignardé et scalpé, avec sur la scène des blocs de bois formant le sigle du FLQ, l’évocation de la Crise d’Octobre et, enfin, les problèmes familiaux et de couple (un peu envahissants) du policier qui n’est pas au bout de ses surprises. Malgré le grand nombre de personnages et les multiples rebondissements auxquels est exposé le lecteur (les mystères entourant la construction du CHUM, avec leur lot de magouilles et de corruption, les méandres glauques des activités terroristes du passé et leur incidence possible aujourd’hui, etc.), Lemieux maîtrise parfaitement son récit dont l’intérêt ne faiblit jamais. Seul bémol: après la (re)découverte d’un père dans le polar précédent et celle d’un autre membre de sa famille dans ce dernier, l’auteur prend le risque bien réel de créer des problèmes de vraisemblance tout en encombrant un scénario déjà passablement étoffé.