«La lune rouge» – retour sur mon Île d’Entrée

10 novembre 2021

En mars 1991 est paru mon premier livre, La lune rouge, aux éditions Québec Amérique.

Pour moi, à 37 ans, il s’agissait de l’aboutissement d’un rêve, mais aussi d’un long travail. Je caressais le projet de publier et j’écrivais avec plus ou moins de constance depuis l’âge de 16 ans. Deux romans conçus à l’adolescence étaient demeurés dans mes tiroirs. J’avais écrit des nouvelles, des chansons, des articles dans les journaux. Mes années d’étude en médecine et les premières années de pratique aux Îles-de-la-Madeleine, sans compter trois enfants, avaient réquisitionné la majeure partie de mes énergies.

Un roman de voyage, qui deviendra bien plus tard La Marche du fou, était ébauché – à la main – dans des cahiers Canada.

Survint, outre peut-être une certaine maturité, cet événement, l’arrivée de l’ordinateur personnel. Je pouvais désormais écrire à l’écran, corriger à mesure, me délivrer des manuscrits couturés de ratures, couper et coller, créer des dossiers que je pouvais sagement enregistrer sur ce support antique, le disque souple, bien avant le disque dur externe.

Aussi en 1986 ai-je commencé à écrire une nouvelle intitulé Halloween, dans laquelle un jeune médecin nommé François Robidoux, sorte d’alter ego, effectuait sa visite d’automne au dispensaire de l’Île d’Entrée. Y travaillait une infirmière d’origine britannique, veuve, la cinquantaine. Non loin y habitaient un peintre iconoclaste et son ensorcelante fille Charlene. D’abord nouvelle d’une trentaine de pages, l’histoire a été retravaillée pour devenir une novella de 100 pages, refusée par la dizaine de maisons d’édition québécoises à laquelle je l’avais anxieusement fait parvenir, à l’ancienne mode, par la poste.

En 1988, j’ai trouvé, par la hasard des amitiés et des rencontres, deux lectrices aguerries, elles-mêmes écrivaines, à qui j’ai demandé humblement ce qui clochait dans le texte.

Elles l’ont lu, l’ont commenté généreusement, m’ont suggéré de le retravailler, de lui donner de l’ampleur.

J’ai recommencé, travaillé une année complète sur une nouvelle mouture plus étoffée, à la fois roman de mœurs et parodie de polar. C’était sans doute mieux, parce que mes deux lectrices m’ont encouragé à proposer le nouveau produit fini à une maison d’édition.

Ainsi est né La lune rouge, roman paru essentiellement dans la forme hybride où il a été proposé. Le livre m’a servi, comme l’île d’Entrée pour les navigateurs du dix-huitième siècle, de porte d’accès à cet archipel qu’est l’écriture. Comme il a connu un succès relatif, deux rééditions, il m’a surtout permis d’être publié de nouveau et de continuer mon apprentissage.

Au fil des ans, La lune rouge a fait l’objet d’une tentative d’adaptation cinématographique. Le livre a été réédité complètement à la courte échelle en 2000, puis a connu le luxe d’être rééditer une nouvelle fois lors du passage dans la collection de poche Nomades en 2016, cette fois en réintroduisant certains éléments abandonnés de l’édition originale.

Le roman célèbre donc cette année ses trente ans.

Deux sujets de méditation.

L’écriture, comme tout art, est une longue patience.

On n’écrit jamais et on écrit toujours le même livre. Les thèmes abordés dans ce premier roman, les amours rencontrés à l’étranger, la puissance des blessures enfouies, l’île en tant que lieu de fuite et de rencontre, la quête d’identité, ont été repris inlassablement à travers mes fictions ultérieures. Mes héros ont porté les noms de Robidoux, Robitaille, Robillard et Robinson (cette fois-ci dans le prochain à paraître en mars), question de m’amuser, aussi de mettre en lumière ce paradoxe essentiel: l’écrivain, en explorant et en tentant d’expliquer le monde, n’erre toujours qu’en lui-même.


On finit toujours par payer: nouvelle édition

14 octobre 2021

18 ans après sa parution aux éditions de la courte échelle, On finit toujours par payer, première enquête d’André Surprenant, alors sergent-enquêteur à la SQ des Îles-de-la-Madeleine, est réimprimé dans la nouvelle poche QA de Québec Amérique.

Le roman, conçu comme une incursion ludique et unique dans le monde du polar, est devenu, suite à sa réception, le premier jalon d’une série de livres dont le septième est en écriture.

L’intrigue s’articule autour du meurtre de Rosalie Richard,18 ans, fille du maire de Havre-aux-Maisons, retrouvée nue au pied d’une falaise. Surprenant, à sa première «vraie» enquête, devra lire au-delà d’indices trop lisses, de faux semblants, affronter l’enquêteur dépêché du continent, avant de dénouer l’intrigue.

Le livre met aussi en scène ses difficultés maritales avec Maria Chiodini, sa relation naissante avec Geneviève Savoie, sa subordonnée, de même que le fantôme de son père disparu pendant la Crise d’octobre.

On finit toujours par payer a été porté à l’écran par Gabriel Pelletier en 2012 sous le titre La peur de l’eau.

Le livre a été récompensé par le prix France-Québec Philippe-Rossillon 2004, le prix Arthur-Ellis 2004 et a été finaliste au prix Saint-Pacôme 2003.


Un nouveau roman en mars 2022

17 août 2021

En mars prochain, paraîtra chez Québec Amérique La Dame de la rue des Messieurs. Je travaille actuellement à la deuxième version de ce texte dont la genèse remonte tout de même à plusieurs années.

Il ne s’agit pas d’un polar et l’acte ne se passe pas seulement au Québec.

Il n’existe pas de rue des Messieurs aux Îles-de-la-Madeleine par ailleurs.

Parmi les sujets abordés, la rédemption, la grâce, le piano, les amours tardives, Beethoven, les fournaises à l’huile, l’expo 67 et les promeneurs de chien.


«Les Demoiselles de Havre-Aubert» au Cochaux Show du 1er mai

4 mai 2021

L’ami André Jacques, excellent écrivain, a fait une recension du dernier Surprenant, paru en juillet 2020, au Cochaux Show du 1er mai.

Vous pouvez écouter l’émission à https://cochauxshow.baladocanada.ca/

La section dédiée aux Demoiselles est environ à la 32e minute.


«Les Demoiselles de Havre-Aubert» finaliste au prix d’excellence de la Crime Writers of Canada

22 avril 2021

Des prix d’excellence sont remis chaque printemps par la Crime Writers of Canada. 

Cette association vouée à la promotion du roman policier au Canada existe depuis 1982. Elle décerne des prix d’excellence, autrefois nommés Arthur-Ellis d’après le dernier bourreau à avoir officié au pays. Il existe plusieurs catégories, huit au total, dont une récompensant le meilleur roman policier paru en français au Canada.

Les Demoiselles de Havre-Aubert, sixième roman de la série André Surprenant, est parmi les finalistes cette année.

Les autres écrivains finalistes sont Roxanne Bouchard (La mariée de corail), Stéphanie Gauthier (Inacceptable), Christian Giguère (Le printemps des traîtres) et Guy Lalancette (Les cachettes).

Petit velours de l’auteur: tous les Surprenant ont soit gagné ce prix soit figuré parmi les finalistes.

La gagnante ou le gagnant sera connu à la fin-mai.


De racines et de mots

17 mars 2021

Le 23 mars prochain paraîtra chez Septentrion un recueil de nouvelles historiques, «De racines et de mots».

13 écrivains, historiens ou écrivains de fiction, y ont écrit des textes sur le thème de la persistance de la langue en Amérique du Nord.

J’y signe une nouvelle intitulée «Le récollet», relatant entre autres choses les liens entre la Dame de Pique, jeu de cartes prisé dans ma famille, Louis Martinet dit Bonami, prêtre récollet, la famille Baillairgé, les zouaves pontificaux et le fleurdelisé.


Convocation des personnages

27 janvier 2021

Mes livres ne s’écrivent pas tous de la même façon. Certains coulent de source, comme s’ils existaient déjà, comme si je n’avais qu’à les transcrire.

C’est la minorité.

La plupart résultent d’une phase de maturation. Après un premier départ avorté, je retourne suivi à ma planche à dessin, dans le cas actuel un carnet dans lequel je note chaque jour mes interrogations, mes conclusions, les pistes à explorer. L’intrigue n’est pas au point, quelque chose cloche, je ne sais pas si le projet est porteur ou s’il s’agit d’un des nombreux textes incomplets qui meublent un dossier appelé «ÉCRITURE/GRENIER».

Le roman n’existe pas tant que les personnages principaux ne sont pas apparus, ont pris chair avec leurs motivations, leurs forces, leurs faiblesses, de telle façon que je n’ai plus ensuite qu’à observer leurs agissements. Quand les personnages sont là, le livre est là. C’est la partie la plus intéressante du roman. C’est un étrange processus de fermentation, qui requiert de la patience parce que pendant toutes ces semaines d’interrogations, de prises de notes et de gribouillage de schémas, le texte lui-même n’avance pas.

D’où viennent ces personnages? Je ne sais pas. Certains sont des archétypes récurrents, d’autres des alter ego plus ou moins déguisés. Ce n’est que lorsqu’ils ont tous été convoqués, consignés avec leurs caractéristiques dans le plan du roman en cours, que l’écriture peut vraiment commencer.

Dans le cas du Surprenant VII, les personnages sont maintenant tous au poste. Je peux entreprendre la version 2.0 et espérer la terminer avant l’été.


L’écrivain en pyjama de Canadien

12 janvier 2021

Je n’invente rien avec ce titre emprunté à Dany Laferrière. J’y ajoute le sigle du CH.

Il y a plusieurs années, j’ai acheté à Montréal un pyjama de coton ouaté aux couleurs de l’équipe de hockey de mon enfance, le Canadien de Montréal. Il est si ancien que le haut arbore le nom d’Alexis Kovalev.

J’ai toujours ce pyjama, au grand déplaisir de ma blonde. Le truc s’est promené à travers le monde quand je voyageais au froid. Je ne l’ai jamais tant porté que depuis le 18 mars 2020 quand j’ai dû rentrer en hâte du Cambodge. Pandémie oblige, c’est désormais mon uniforme d’écrivain matinal. Je ne le quitte souvent que pour aller marcher l’après-midi.

Depuis son retour à Québec, l’écrivain en pyjama n’a pas chômé. J’ai vu aux dernières retouches des Demoiselles de Havre-Aubert, sixième polar de la série Surprenant, paru en juin. J’ai réécrit, terminé un roman commencé il y a des années, qui paraîtra au printemps 2022 chez Québec Amérique. Cet été, j’ai écrit un récit autobiographique, qui est pour l’instant à cuver dans le cellier. Il faut parfois prendre du recul par rapport à un texte pour décider de sa valeur et de son devenir. J’ai écrit une nouvelle historique qui doit paraître dans un collectif en mars chez Septentrion. J’ai enfin commencé la conception et la rédaction d’un septième Surprenant, dont l’action se déroulera à Montréal.

En novembre dernier, j’ai aussi révisé le Surprenant IV, Le mauvais côté des choses, réédité en poche chez Québec Amérique. Le livre paraîtra la semaine prochain, plus précisément le 19 janvier, et ce malgré le couvre-feu et la fermeture des librairies.

Le confinement est l’état naturel de l’écrivain, dont le travail est solitaire. Je subis la pandémie comme tout le monde, avec son cortège de frustration, de peur et d’impuissance. Ce cataclysme mondial, dont nous avons toujours de la difficulté à voir la fin, aura peut-être le pouvoir de nous faire réviser nos valeurs et, espérons-le, de changer notre façon de vivre.

Les livres n’auront jamais été aussi utiles et précieux. L’écrivain en pyjama de Canadien, à défaut d’être toujours apte à se servir de son stéthoscope, reste donc à son poste, devant son écran. Suis-je juché en haut du grand mat, à la vigie, suis-je sur le pont ou dans la cale? Je ne sais pas. Chose certaine, nous sommes dans le même bateau.


«Les Demoiselles de Havre-Aubert»: deuxième réimpression

11 septembre 2020

Après quelques semaines de pénurie relative en librairie, secondaire aux conditions particulières de l’édition en temps de pandémie, la deuxième réimpression du dernier Surprenant est disponible.

Après avoir travaillé ce printemps et cet été sur d’autres projets, j’ai entrepris cette semaine la conception du Surprenant VII.


Le plaisir d’enquêter aux Îles

10 juillet 2020

Josée Boileau a écrit cette jolie recension des Demoiselles de Havre-Aubert dans l’édition du 4 juillet du Journal de Montréal.