Nouvelle recension pour «Une Sentinelle sur le rempart»

8 mars 2019

Suit un article d’Anne-Marie Aubin, paru dans Journal Mobiles, Saint-Hyacinthe, le 4 mars dernier.

 

Si vous êtes un adepte des romans de Jean Lemieux — ou des autobiographies —, vous apprécierez ce récit intime et touchant relatant son enfance à Iberville jusqu’à sa très récente retraite de l’Institut universitaire en santé mentale de Québec, en passant par ses premières années de carrière aux Îles-de-la-Madeleine. Une autobiographie qui se lit comme un roman.

Un bilan à l’heure de la retraite

Entre deux urgences sur son téléavertisseur, Jean Lemieux se raconte : « J’écris ces pages dans la chambre de garde de l’hôpital psychiatrique où je travaille depuis vingt-trois ans, dans six mois, je quitterai […]. J’arrive, pour paraphraser Miron, au bout d’un long voyage abracadabrant. »

Lemieux, enfant, taille une lucarne dans les rideaux de sa chambre pour se fabriquer « une vue sur l’univers ». Adolescent rebelle, il cherche à devenir quelqu’un. Étudiant, il hésite entre les sciences et les « matières molles ». Ce grand lecteur, inscrit en lettres puis en sciences au collégial, poursuit ses études en médecine à l’Université de Montréal.

Le futur médecin se révèle un peu bohème et idéaliste : « Cinq mois avant la fin de mon internat, je ne sais toujours pas ce que je vais faire […] ce que je voudrais, c’est voyager, fuir, aller voir ailleurs. » L’aventure vers l’ailleurs se déroule aux Îles-de-la-Madeleine.

Ces îles inspirantes et merveilleuses

Déménager en région éloignée pour pratiquer la médecine aux Îles-de-la-Madeleine en 1980, voilà un réel défi pour un jeune diplômé. L’omnipraticien apprend beaucoup et s’adapte rapidement à la pratique en milieu isolé.

Il écoute ses patients qui ont tant à raconter : « Une consultation au bureau est autant un événement social qu’un acte médical. […] Peu porté vers la science, je suis happé par les histoires de mes ouailles. L’écrivain en puissance est en présence d’une galerie de personnages […] »

Ces insulaires, leur langage et leur humour le fascinent et l’inspirent. Le vocabulaire maritime émaille son récit : « Je me retrouve dans la position du capitaine du Titanic tournant inexorablement vers l’iceberg. J’ai décidé de ne pas couler avec le bateau. Je sauterai à la mer au moment que j’aurai choisi. »

L’aventure incroyable d’une primipare sur le point d’accoucher, transportée en snowmobile en pleine tempête, est digne d’un film. Et que dire des propos émouvants et savoureux de Narcisse, cet homme en fin de vie ?

L’écrivain soigne le médecin

À certains moments, nous partageons son angoisse : comment annoncer les mauvaises nouvelles à un patient, aux parents ? Comment rentrer chez soi et retrouver une vie de famille ?

Parfois, le manque de sommeil, l’inquiétude, l’épuisement prennent le dessus devant, entre autres absurdités, les graves conséquences des réformes du ministre Barrette : « […] les administrations des nouveaux mégaétablissements sont soumises à des méthodes de gestion soviétiques, les intervenants du réseau ont l’impression d’être figurants dans un drame absurde. »

Heureusement, la lecture, l’écriture, la musique, les voyages meublent depuis longtemps la vie de Jean Lemieux. Inspiré sans doute par Tchekhov, Céline ou Jacques Ferron — son mentor —, Lemieux a toujours su conjuguer avec ses deux passions : la médecine et la littérature. Il a grugé sur ses nuits afin de s’offrir le plaisir d’écrire tout en exerçant sa profession : « Au cœur de cette houle incessante, tempête ou clapotis, je demeure un conjoint, un père, un écrivain… »

Le docteur observateur, humaniste, nourrit l’écrivain : « Si j’écris des histoires de meurtre, est-ce parce que j’ai envie de tuer quelqu’un ? » Trouvant son inspiration dans le décor, l’actualité et les gens qu’il côtoie, l’auteur se réfugie dans l’imaginaire pour survivre.

Ce bilan de carrière d’une grande authenticité témoigne de l’amour d’un médecin pour ses patients. Fidèle à lui-même, Jean Lemieux raconte avec brio, et non sans humour, la pratique de la médecine vue de l’intérieur. Jamais amer, il témoigne de l’empathie et du désir de servir, malgré les aberrations du système. Une lecture captivante !

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LEMIEUX, Jean. Une sentinelle sur le rempart : Parcours d’un médecin, Montréal, Éditions Québec Amérique, 2018, 206 pages.


Voeux pour l’an 2019

1 janvier 2019

Cette année, je nous souhaite à tous une planète. Pour y vivre. Pour que nos enfants et leurs descendants puissent y vivre. Pour que les humains de partout puissent y vivre.
L’année 2018 pourrait constituer, comme 1945, comme 1968, comme 1989, une année-charnière. Cette fois, il ne s’agit pas de la fin d’une guerre, d’un mouvement planétaire de contestation, de la chute d’un rideau de fer, mais d’une possible prise de conscience RÉELLE de l’échéance climatique.
Nous avons vécu des canicules, des tsunamis, des feux de forêts, un changement tangible et senti du climat. Sans parler des extinctions d’espèces, des conflits meurtriers, des famines, du début des grandes migrations de masse.
2018 aura été été utile si 2019 marque sa continuation. Alors demandons-nous en ce jour de l’an ce que nous pouvons faire concrètement pour lutter contre l’hégémonie du capitalisme pétrolier.


«Le médecin malgré lui» dans le Devoir

18 novembre 2018

Louis Cornellier, dans le Devoir du 17 novembre a livré cette intelligente critique d’Une Sentinelle sur le rempart.

 

Jean Lemieux est médecin et romancier. Comme Jacques Ferron, son mentor, se plaît-il à répéter. Critique de polars au Devoir, Michel Bélair a souvent souligné la qualité des romans de Lemieux, en parlant d’une « écriture efficace et toujours juste » et de personnages « bien campés, échappant la plupart du temps aux gros traits et à la caricature ». En résumé, écrivait Bélair en 2009, « Lemieux sait raconter les histoires ».

Dans Une sentinelle sur le rempart (Québec Amérique, 2018, 208 pages), c’est, pour la première fois, la sienne qu’il raconte, celle du petit hockeyeur d’Iberville, friand de lecture, devenu médecin presque malgré lui. « Je pratique ce métier depuis près de quarante ans, écrit-il aujourd’hui, sans jamais m’être départi du sentiment d’être un imposteur. J’ai toujours porté en moi cet autre rêve : écrire. »

Comme ses prédécesseurs tiraillés entre l’appel de la médecine et celui de la littérature, comme les Ferron et Tchekhov, par exemple, Lemieux n’est pas tout à fait un médecin comme les autres. Au cégep, en 1971, il n’appartient pas au camp des « bolés ». Tenté par le hasch et le psychédélisme, il coule ses cours de science et décide de s’inscrire en lettres, avant de revenir vers les sciences en vue de devenir médecin.

L’appel littéraire

Ce déchirement entre ces deux vocations ne le quittera jamais vraiment. La médecine s’imposera, finalement, mais non sans peine, et, reconnaît Lemieux, « pour combler un vide intérieur, accomplir un exploit, devenir quelqu’un ».

Cette présence permanente de l’appel littéraire chez lui est ce qui rend son « parcours de médecin » particulièrement digne d’intérêt. Lemieux s’avoue notamment « peu porté vers la science » et plus attiré par les histoires de ses patients. Il aime surtout « questionner une personne, l’examiner, la comprendre », confie-t-il. « Les liens que je tisse avec mes patients m’intéressent beaucoup plus que le traitement de leurs maladies. »

 « Le médecin, comme le soldat ou le policier, est mû par le désir de servir. Cette dimension est tellement évacuée du discours courant, centré sur la rémunération et l’accessibilité aux soins, que ce discours provienne des médias, des réseaux sociaux, du gouvernement ou des fédérations de médecins, que je me ferai probablement taxer de naïf, de partial ou… d’idéaliste. »

Dans le corps médical, les docteurs en humanité de ce type sont plutôt rares. Bien des raisons, évidemment, expliquent la froideur qui est devenue la norme dans cet univers, et les médecins n’en sont certes pas les seuls responsables. Je me permets néanmoins de formuler l’hypothèse suivante : si plus de médecins fréquentaient assidûment et réellement la littérature, si les grandes oeuvres étaient présentées comme une école de vie au coeur de la formation médicale, les malades auraient moins souvent l’impression d’être traités comme du menu fretin et les médecins, comme de simples exécutants.

Plutôt modeste, Lemieux ne se présente jamais comme un médecin extraordinaire. Son parcours, cependant, l’a mené sur des chemins peu fréquentés. Omnipraticien pendant plus de dix ans aux îles de la Madeleine, où il a notamment accompagné Georges Langford sur scène à la basse, Lemieux a appris à pratiquer une médecine de campagne peu portée sur le surdiagnostic et semble en avoir tiré une sagesse thérapeutique : soigner, au fond, c’est d’abord accompagner.

Il s’est ensuite consacré aux soins physiques des patients de l’Institut universitaire en santé mentale de Québec. Encore là, nous sommes loin de la médecine à paillettes. « Aux Îles ou à l’Institut, note Lemieux, j’ai travaillé toute ma vie en région éloignée, dans un archipel avec pas de clefs, dans une citadelle avec plein de clefs. » Plus encore, le doc romancier dit avoir « toujours travaillé selon un salaire horaire », ce qui ajoute à sa marginalité, aussi relative soit-elle.

La vocation et l’argent

Retraité depuis l’été dernier, Lemieux, avant de quitter l’hôpital, a fait des pieds et des mains pour contrer les effets délétères de l’administration libérale en santé. « Si j’écris des histoires de meurtre, demande-t-il, est-ce parce que j’ai envie de tuer quelqu’un ? » Peiné par la mauvaise réputation qui afflige les médecins depuis quelques années, notamment pour des raisons de rémunération gargantuesque, Lemieux veut nous convaincre que, quoi qu’on en pense, le médecin « est mû par le désir de servir ».

J’ai envie de le croire. Sa description de son travail, de ses nuits de garde, de ses rencontres avec les patients ne laisse pas de doute : les médecins, en général, se donnent à fond, trop, même, souvent. Le problème avec eux, s’il y en a un, n’est pas là. Quand Lemieux lâche, au détour d’une des quelques complaintes qui parsèment son livre, qu’il aurait « volontiers gagné moins pour vivre plus », j’ai envie de le prendre au mot.

Pourquoi, en effet, ne pas réduire raisonnablement le salaire des médecins et, avec l’argent ainsi épargné, en former plus ? De cette façon, les patients seraient mieux servis, par plus de médecins animés par la vocation, moins épuisés, plus heureux et, aurais-je le goût d’ajouter, de retour parmi nous. Je rêve : les médecins écrivains m’inspirent.


La vie ne tient qu’à un fil. Oui, mais lequel?

8 octobre 2018

Le Fil de la vie, paru en 2005 et récipiendaire du prix de la ville de Québec et du salon du livre de Québec (jeunesse), a fait l’objet d’une réédition aux éditions de la courte échelle. Il reparaîtra en novembre prochain.

Ce livre pour jeunes de 7 ans et plus parle du deuil d’un proche.

C’est le 22 février, à huit heures quarante-sept minutes, que le malheur, comme un éclair malfaisant, est entré dans la maison. Ce matin-là, papa nous a réunis dans la cuisine pour nous annoncer que tante France avait eu un grave accident de voiture.

Quand FX apprend la mort de sa tante, un énorme trou se creuse dans son ventre et sa tête s’emplit de questions. Des questions auxquelles même les adultes ont parfois de la difficulté à répondre. Heureusement, sa cousine Éloïse est là. Avec elle, les choses sont toujours plus simples et FX comprend que le malheur peut se mêler au bonheur, comme le font la vanille et le chocolat dans la crème glacée marbrée.

Le fil de la vie 2018


«Une sentinelle sur le rempart» aux bouquineries de Chrystine Brouillet

30 septembre 2018

Chrystine Brouillet, écrivaine mais aussi animatrice essentielle du livre au Québec, a commenté mon petit dernier le 29 septembre sur les ondes de TVA.


«Une sentinelle sur le rempart» dans Polar, noir et blanc

26 septembre 2018

Voici la recension de France Lapierre de Une sentinelle sur le rempart dans le blog Polar, noir et blanc.


Causerie et séance de signature le 29 septembre à Québec

18 septembre 2018

Le samedi 29 septembre prochain, à 14 heures, j’aurai le plaisir de m’entretenir avec Marie-Hélène Vaugeois, de la librairie du même nom, au sujet d’Une Sentinelle sur le rempart.

L’événement aura lieu au Café Castelo, 1298 avenue Maguire. Le tout sera suivi d’une séance de signature à la librairie, juste à côté.

Parmi les sujets abordés, la médecine, mon parcours des Îles-de-la-Madeleine à l’Institut universitaire en santé mentale de Québec, la double vie médecin-écrivain, sans compter évidemment la tourmente engendrée par la récente réforme de la Santé.