Mankell, Wallander et Surprenant

20 juin 2026

J’ai toujours été un lecteur éclectique, variant la littérature dite sérieuse avec celle dite de genre. Pour des raisons que j’ignore, je suis peu attiré par la science-fiction. Enfant et adolescent, j’ai été introduit aux livres par la bande dessinée et les récits de guerre et d’aventure, notamment Tintin, Bob Morane et Arsène Lupin. À partir de l’âge de quinze ans, je me suis aventuré dans les auteurs classiques, français, anglais, américains, russes, tout en restant drogué aux polars.

Parmi ceux-ci, après l’inévitable passage par Conan Doyle, Agatha Christie, Chandler, Hammett, je me suis plongé, jeune adulte, dans les maîtres contemporains. Il y avait Japrisot, il y avait ce jeune loup qu’était à l’époque Michael Connelly, il y avait cette dame anglaise dont j’enviais l’élégance du style, P.D. James, il y avait aussi le maître suédois qu’est devenu au fil des ans Henning Mankell.

Je crois avoir lu tous ses polars. J’ai lu aussi plusieurs de ses romans, dont les excellents Profondeurs et Les chaussures italiennes. Dans les années 1990, la suite de polars mettant en scène l’enquêteur d’Istad, Kurt Wallander, est devenue un succès universel. Elle ne réinventait pas le genre, mais cristallisait son héros en une sorte de Maigret nordique, en plus obstiné et taciturne. À la fin d’un des derniers de la série, Une main encombrante, en 2012, après avoir spécifié qu’il ne publierait plus d’autres Wallander, Mankell revient sur la création de son personnage récurrent, aussi sur leur relation longue et, il faut le dire, malaisée.

«Dès le début de ma promenade printanière dans les champs autour de chez moi, je m’étais dit que j’allais créer un personnage qui me ressemblerait, et ressemblerait aussi au lecteur. Quelqu’un qui évoluerait sans cesse, mentalement et physiquement.»

«Il existe d’autres raisons qui font que Kurt Wallander a touché tant de lecteurs. Mais son aptitude au changement, voilà ce qui me paraît essentiel. C’est très simple, au fond: je ne peux écrire que des livres que j’ai moi-même envie de lire. Un livre où je saurais déjà, au bout d’un chapitre, tout ce qu’il y a à savoir sur le personnage principal, où je comprendrais qu’il ne va rien lui arriver d’important au cours des cent ou mille prochaines pages, c’est un livre que je n’ai pas envie de lire.»

En lisant hier Une main encombrante, paru il y a plus de vingt ans, peu de temps avant le décès de Mankell d’un cancer à l’âge de 67 ans, je pensais curieusement que Kurt Wallander me paraît aujourd’hui assez peu capable de changer. Son père qui peignait toujours des coqs de bruyère est décédé. Sa fille Linda vit avec lui et travaille dans la police, mais leur relation est, comme toujours toujours, tendue. Il est séparé de son épouse depuis longtemps, n’est pas en bons termes avec elle, ne cherche pas à rencontrer quelqu’un d’autre. Il pense plutôt à trouver une nouvelle maison et à adopter un chien. Partout éclate sa fatigue, couplée à sa proverbiale opiniâtreté. En un mot, Wallander, à la fin de sa carrière d’enquêteur, est un grincheux auquel il est difficile de s’attacher. Ce n’est pas une critique. C’est plutôt l’évolution d’un personnage dont son créateur, lui-même aux prises avec la maladie et père d’une œuvre diversifiée, souhaitait peut-être se débarrasser. D’ailleurs, à la fin de L’Homme inquiet, le dernier tome de la série, Wallander commence à souffrir d’une maladie cognitive, comme si Mankell voulait s’assurer qu’il ne reviendrait pas.

Mankell, grand écrivain, a réussi à rendre inoubliable un personnage ordinaire, aigri et sombre, qui ne fait à peu près jamais preuve de fantaisie. J’essaie d’imaginer une situation où j’irais prendre un verre avec Wallander. Serait-il aimable ou même accessible? Peut-être couperait-il court à la rencontre au bout de dix minutes pour aller réfléchir à son enquête dans son bureau ou à son appartement de Mariagatan qui n’est jamais décrit?

J’ai créé le personnage d’André Surprenant un matin d’automne 2002. Ça s’est fait en quelques minutes.

«Le vendredi 19, le sergent-détective André Surprenant se leva tôt, fit deux fois le tour du Gros-Cap à bicyclette, déjeuna avec appétit et se présenta au poste de la Sûreté avant huit heures. Grand, mince, la démarche souple et le cheveu de jais, il se faisait régulièrement demander s’il avait du sang indien.»

Je ne savais pas encore que je commençais une série, mais je doutais, ou j’espérais peut-être, que ça pouvait être le cas. Aussi lui ai-je donné une enfance et des goûts qui ressemblaient un peu aux miens. J’avançais instinctivement, mais les puissants modèles, Wallander, Dalgleish (P.D. James), Brunetti (Donna Leon), Maigret, Bosch (Connelly), étaient là, comme une tablée d’oncles disparates. D’emblée, j’ai eu l’envie de singulariser quelque peu Surprenant en le dotant d’un esprit plus intuitif que méthodique, un caractère un peu rebelle, ainsi qu’une âme fragile et sensible. Surprenant joue du piano, écoute de la musique classique, s’attache au sens caché des mots, éprouve de l’empathie pour les victimes, même pour les meurtriers. Il joue au hockey aussi, ça servira. Enfin, Surprenant est un amoureux partagé entre la mère de ses deux enfants et cette Geneviève Savoie monoparentale qui est sous ses ordres.

Pourquoi ressusciter Wallander ce matin? Je relis régulièrement des classiques du genre, du Faucon maltais de Hammet à Sea of troubles de Donna Leon aux Morts de la Saint-Jean de Mankell au Chien des Baskerville de Conan Doyle. Je le fais souvent avant de m’attaquer à un nouveau polar. Nihil novum sub sole. Les styles et les intrigues s’articulent autour de schémas millénaires. Il y a aussi Homère, Sophocle et Shakespeare. Mon Surprenant né en 1961 à Iberville est un personnage qui évolue. Le dernier livre le montre à 54 ans, un genou fragile, plus aussi mince, mais toujours amoureux de sa Geneviève, touché par le sort des migrants et des femmes exposées à la violence domestique. Où s’en va-t-il? Que deviendra-t-il? La machine est en marche. Je m’éveille le matin au milieu d’idées dérivant sur des rêves.

En pensant à Mankell et à P.D. James, mes maîtres d’il y a trente ans dont les étoiles diminuent, il me vient aussi cette pensée: les livres s’apparentent à la chanson, cet art évanescent qui meuble notre quotidien mais qui s’inscrit peu dans la durée. Pour une mélodie qui est reprise et qui résiste à deux ou trois décennies, combien de milliers d’autres sombrent dans l’oubli? Combien de ces personnages de roman, ces ombres chatoyantes que chaque lecteur échafaude en solo dans sa tête, s’incrusteront dans la psyché populaire?

Très, très peu. C’est pire que les spermatozoïdes. Alors chapeau et merci, monsieur Mankell. Votre minimaliste Kurt Wallander obstiné et grognon parcourt toujours la Scanie en cherchant la clé de l’énigme.


«Un monde sans dieux»: vivre avec le livre qui vient de paraître

13 juin 2026

Un monde sans dieux, le neuvième Surprenant est paru le 31 mars dernier, il y a deux mois et demi. Le roman est encore en évidence en librairie, mais la vague de recensions et d’entrevues est passée. Le livre vit sa vie d’objet d’art itinérant, acheté, emprunté en bibliothèque, passé de main à main entre amies. J’emploie le féminin à dessein, la majorité de mes lecteurs étant des lectrices.

J’ai terminé un manuscrit qui restera peut-être dans les cartons, dans ce grenier de récits qui sert de réserve pour des livres à venir. Le prochain Surprenant est dans sa phase de gestation, des idées, des impressions se greffant insensiblement à un noyau original. Je n’ai pas relu Un monde sans dieux depuis que je l’ai traversé une dernière fois, muni des précieux conseils de la réviseure, en novembre dernier. Je vis une période de décantation, le dernier livre se déposant de façon inégale sur le fond de mes souvenirs. Certaines péripéties pâlissent, sombrent dans des fosses océanes dont seule la lecture pourrait les repêcher. Des scènes et des personnages demeurent plus vivants, sentinelles postées sur les remparts de l’oubli. Ainsi, des livres passés, l’écrivain chérit certains passages qui le ramènent le plus souvent à une émotion.

Dans le cas d’Un monde sans dieux, je crois que ce qui reste de plus cher, ce sont les scènes où Surprenant et Geneviève rencontrent Jessica Bessette, cette libraire impliquée dans la vie du père Francisco Bernal d’une façon que je ne divulgâcherai pas ici. Ce personnage m’a amenée dans des zones inédites, qui regardent aussi le couple Geneviève-Surprenant. C’est le miracle de l’écriture: certains épisodes du neuvième Surprenant apporte un regard nouveau sur une relation qui naît dans le premier et qui constitue l’épine dorsale de la série.

Cette Jessica Bessette, je m’en ennuie. J’aimerais savoir ce qu’elle est devenue. J’aimerais prendre un verre, un café, avec elle près du Richelieu, ma rivière natale.

Parce que la série Surprenant, c’est avant tout, du moins j’espère, une galerie de personnages qui n’existent pas seulement dans mon fichier-maître mais aussi dans mon cœur.


La constellation Robitaille-Blackburn-Bellavance ou les personnages de traverse

13 Mai 2026

J’ai toujours eu une passion pour l’Irlande, pour des raisons autant familiales que musicales que littéraires. J’y suis allé les deux premières fois en 1993 et 1996, subjugué par leur musique traditionnelle et la parenté transatlantique entre le Québec et l’Irlande.

Aussi après l’écriture du Trésor de Brion, en 1994, j’ai travaillé pendant plus de quatre ans sur un roman «irlandais» qui n’a jamais vu le jour sous forme de roman, mais qui a plutôt été transformé, plus de quinze ans plus tard, dans une nouvelle, La Tête de violon. Ce court texte est d’abord paru dans le numéro 60 de la revue Alibis, avant d’être réédité, dernière transformation, dans la collection de poche de Québec Amérique en 2016.

Les écrivains, êtres écologiques ou rapaces, sont des recycleurs ou des charognards selon le point de vue. Personne n’écrit de prose sans s’inspirer de ses lectures. Les œuvres non-publiées d’un auteur peuvent servir de dépotoirs d’idées, de situations ou de personnages dans lequel le romancier va glaner des éléments pour usage ultérieur.

Ainsi, une partie de mon roman irlandais inachevé de 1995-1999 s’est retrouvé dans La Marche du fou, paru en 2000 mais commencé aussi tôt qu’en 1984. Ce roman d’apprentissage a pour héros Jacques Robitaille, la jeune vingtaine, bâchelier en Histoire et amoureux volage. Sa mère? Nulle autre qu’Anne Cassidy, l’héroïne du roman avorté, qui deviendra celle dont la mort déclenchera l’enquête d’André Surprenant dans La Tête de violon.

Ce Jacques Robitaille (1972-) a pour copine Mélanie Blackburn (1975-) dite Black ou encore Blackburn Mélanie. Violoncelliste au conservatoire, barmaid à ses heures, Blackburn Mélanie «a l’amour joyeux, une peau laiteuse, pâle, très douce, une enveloppe de rousse tendue sur un squelette souple et querelleur». Notre Jacques Robitaille l’abandonne néanmoins pour partir en voyage en Asie après avoir vendu sa vieille Honda et liquidé son assurance-vie. Il y rencontrera, en Thaïlande, sa némésis, Alison Wright. Je n’en dis pas plus pour l’instant.

Après La Marche du fou, j’ai écrit six romans pour les premiers lecteurs, parus à la courte échelle. Le personnage principal, FX Bellavance, huit ans, a pour mère Marie Blackburn (1968-), infirmière, sœur aînée de Mélanie, qui devient alors tante Mélanie. Dans le quatrième tome de la série, Le fil de la vie, une autre sœur, France Blackburn (1966-2004), meurt subitement dans un accident, ce qui enclenche un questionnement sur la mort chez notre petit FX. Tante Mélanie joue du violoncelle au domicile de la famille Blackburn au Lac Saint-Jean et parle une première fois de ce qui deviendra un thème du Mort du chemin des Arsène, le deuxième Surprenant, l’âme du violon.

On voit que le phénomène de cannibalisation ne s’arrête pas aux personnages mais concerne aussi les idées ou les images. Ainsi, Anne Cassidy, violoneuse douée mais discrète, cache son violon dans sa garde-robe, comme Louis-Marie Gaudet, l’ami effacé de la victime dans Le Mort du chemin des Arsène.

Mélanie Blackburn reprendra d’ailleurs du service dans Prague sans toi, cette fois dans le rôle d’une violoncelliste à l’OSQ amie d’Eva Panenka (1976-), l’épouse tchèque de Patrick Robillard (1973-), doctorant en littérature égaré à Prague. Dans ce livre, le couple Eva-Patrick a deux enfants, Florence et Milan. Qui garde Florence et Milan quand les parents sont sortis? FX Bellavance devenu grand, bien sûr.

C’est une coquetterie d’écrivain de lier ainsi des personnages issus de romans différents. L’usage traduit aussi un réel amour des personnages, l’envie de les faire renaître, quelques années plus tard, dans un environnement différent. Ces clins d’œil ne sont pas des faits isolés. Ainsi tous les personnages principaux de mes «romans-romans» portent des noms de famille qui commencent par Robi, François Robidoux dans La lune rouge, Jacques Robitaille dans La Marche du fou, Patrick Robillard dans Prague sans toi, Michèle Dagenais-Robinson dans La Dame de la rue des Messieurs.

Un des premiers devoirs d’un écrivain est de ne pas se prendre trop au sérieux. J’ai aussi des analogues des François Pignon si chers au cinéaste Francis Veber. Deux ou trois Normand Vaillancourt traînent dans mes romans ou nouvelles.


Le soleil andalou et le cœur espagnol

3 Mai 2026

Je marchais l’autre jour dans les rues de Grenade, dans ce quartier de l’Albaicin où bat le vieux coeur maure de la ville, en cherchant, comme Brassens ou Charlebois dans «Limoilou» ou encore Lelièvre dans «Tombouctou», des rimes en «lou».

Limoilou, Marilou, loup, jaloux, Milou si on a fréquenté Tintin, loue du verbe louer, sous-loue quand on part en voyage, filou, zoulou, il n’y en a pas des tonnes. Mais andalou est le plus chic et le plus évocateur quand on est né en 1954 à Iberville. Pour l’adolescent qui fréquentait le Séminaire de Saint-Jean, «andalou» référait à ces classiques: le flamenco, les belles femmes sombres et provocantes, le rouge, la corrida, la sangria, la guitare, le spectre de la Guerre civile, Hemingway chaud à Pampelune, plus tard ce restaurant étrange sur l’avenue du Parc, décoré de rideaux à pompons, où je me suis initié, avec ma blonde du temps, à ce délice inédit, la paella (qui vient plutôt de Valence).

Malaga, Grenade, El Gastor, Ronda, me voici à Séville, capitale de l’Andalousie. La ville demeure mystérieuse, vivante et charmante, lovée autour de son noyau arabe et de sa cathédrale monumentale surmontée de la Giralda. Le tout est certainement touristique, mais aussi bon enfant. Les rues demeurent essentiellement animés par des Sévillans et de belles et sombres Sévillanes qui me ramènent illico à la Carmen de Bizet et aux remparts que j’ai encore évoqués dans le dernier Surprenant.

Début mai, le soleil, le si implacable soleil qui ferme tous les volets l’après-midi, est déjà au rendez-vous, mais sous ses atours printaniers. Je n’ai aucune autorité pour discuter de l’âme espagnole, mais pour moi, elle a toujours été associée à une certaine véhémence, mélange de rigueur, de passion et de cruauté. Ce que j’observe aujourd’hui, c’est la belle amabilité, le cœur, d’Européens beaucoup plus tolérants et souples que dans mes imaginations d’adolescent. À tel point que m’est venue, sous le soleil andalou et au milieu du désastre provoqué par le Bouffon Orange, cette pensée: l’Europe est le dernier espoir du monde.

Andalou rime aussi, pas parfaitement, avec doux.


Belle recension de Norbert Spehner sur le site «Huis clos»

19 avril 2026

Dans l’univers du polar québécois et de l’Amérique française, Norbert Spehner n’a plus besoin de présentation. Depuis plus de trente ans, il recense, répertorie, dissèque, analyse l’évolution de la littérature policière et fantastique d’ici, avec une constance et un zèle exemplaires. Norbert, comme chacun l’appelle familièrement, n’est pas un lecteur complaisant. Il met parfois en scène son avatar, le pinailleur, qui ramène gentiment, comme un chien de berger, ses ouailles aux bases de la narration efficace et élégante.

Nous lui devons entre autres Le Détectionnaire paru en 2016, véritable bible des personnages composant l’imaginaire policier d’ici.

Voici sa récente recension de Un monde sans dieux.

«LE CAS DU PRÊTRE ASSASSINÉ:

UNE ENQUÊTE DU SERGENT-DÉTECTIVE SURPRENANT

En 1991, alors que je faisais mes recherches qui devaient aboutir avec la publication du premier tome de la série « Le roman policier en Amérique française », j’ai découvert « La lune rouge », premier polar de Jean Lemieux. En ce début des années 90, dans le désert relatif de la production policière de l’époque (si on compare à aujourdhui), alors que le genre avait encore du mal à s’imposer dans un univers d’éditeurs réticents, j’ai été impressionné par la qualité de ce récit captivant dont l’action se passe aux îles de la Madeleine. Deux femmes ont été assassinées et le docteur (tiens donc…) François Robidoux mène l’enquête. Il faudra attendre 2003 pour que paraisse « On finit toujours par payer », la première enquête d’André Surprenant, dont l’action se passe aussi aux Îles. Depuis, j’ai lu tous les romans de cette excellente série, dont ce neuvième volet, « Un monde sans Dieux » qui vient de paraître.

Le meurtre d’un prêtre, le 8 novembre 2015, est le point de départ de cette intrigue dont l’action se passe principalement à Montréal, avec des visites de témoins à Chambly, Rivière-des-Prairies, et des liens avec la Colombie, pays d’origine de la victime.

Qui a assassiné le père Francisco Bernal, alias Père Paco, l’ami des défavorisés du sud-est de Montréal, et dont le cadavre, lardé de coups de couteau, a été retrouvé derrière l’église Notre-Dame-de-Guadalupe ? Qui pouvait bien en vouloir à cet homme engagé, grand défenseur des prostituées, des itinérants et des travailleurs saisonniers exploités par des employeurs sans scrupules ?

En fouillant le passé du « prêtre en bicycle » , l’enquêteur et ses collègues découvrent qu’il avait été journaliste en Colombie,, qu’il enquêtait sur les cartels et qu’en représailles, ces derniers avaient enlevé et probablement exécuté son épouse Dolores ! Cette tragédie a eu deux conséquences: sa fuite au Canada et sa vocation de prêtre. Mais il y a plus…Il fréquentait Jessica, une libraire de Chambly et s’apprêtait à défroquer pour vivre avec elle ! Deux hommes s’objectaient vivement à cette relation: le frère de Jessica, un hommme brutal et sans scrupules, qui pratique l’exploitation éhontée de migrants, et son ex-mari, un type vindicatif et jaloux. Les deux hommes deviennent des suspects potentiels !

Mais Surprenant et son équipe ne sont pas au bout de leurs peines, car une jeune prostituée mexicaine, une protégée de la victime, disparaît, ce qui met un caïd local, chef des Bleus, trafiquant de drogue et tenancier de bordel, dans la ligne de mire des policiers ! De plus, un cas de corruption au sein du groupe de flics, et le meurtre du ripou concerné viennent compliquer leur tâche.

Sans être un thriller haletant, avec fusillades, poursuites et tout le boum boum pas toujours intéressant, « Un monde sans dieux » (plus relax) est plutôt un modèle exemplaire et captivant de roman policier de procédure policière dont les héros ne sont ni des Sherlock Holmes ni des Harry Callahan*, mais des professionnels qui agissent méthodiquement, patiemment, selon les règles du genre: examen minutieux des scènes de crime (où Surprenant éprouve une curieuse impression de déjà vu *), autopsie, interrogatoires de témoins et de suspects, etc…Avec en prime, un dénouement crédible et satisfaisant.

Les personnages sont « réels » et bien typés, pas des clichés sur patte. Ils évoluent dans un contexte réaliste, et mènent leurs investigations sans abus de technologie miracle ! L’auteur en profite aussi pour évoquer quelques maux de notre époque troublée, « ce monde sans dieux » qui hante les personnages: trafic de drogue et d’êtres humains, itinérance et misère humaine dans les grandes villes, problèmes d’intégration et exploitation des immigrants, etc…

Un autre bon roman de cette série qui a été adaptée à la télé en 2023 par Yannick Savard et écrite par Marie-Ève Bourassa et Maureen Martineau.

UN MONDE SANS DIEUX, de Jean Lemieux, Montréal, Québec Amérique, 2026, 304 pages.

note 9/10

Harry Callahan : flic incarné par Clint Eastwood, du genre qui tire d’abord et qui cause (peu) ensuite !

LE COIN DU PINAILLEUR:

Petite coquetterie littéraire: L’impression de déjà vu que l’enquêteur ressent, notamment sur la première scène de crime, est reliée à un épisode de « Chronique d’une mort annoncée », de Gabriel Garcia Marquez qui semble être un des romans favoris de Surprenant (et celui de Lemieux ?). Mais le lien avec l’intrigue, quoique souvent évoqué, va s’avérer plutôt ténu et un peu décevant…»


«Un monde sans dieux»: excellente critique de Michel Bélair dans Le Devoir

4 avril 2026

«André Surprenant vieillit bien. Pas facilement, mais bien. On le connaît depuis ses débuts avec la Sûreté du Québec, aux îles de la Madeleine — où il menait d’ailleurs sa précédente enquête, L’affaire des Montants, prix Saint-Pacôme 2025 —, puis à Québec, avant qu’il passe au Service de police de la Ville de Montréal comme sergent détective à l’escouade des crimes majeurs. On le retrouve ici, au milieu de la cinquantaine, dans sa neuvième enquête depuis que Jean Lemieux raconte ses histoires. Surprenant n’a rien du superhéros, on le sait. C’est plutôt un homme complexe, intelligent, conscient du monde écartelé dans lequel nous vivons de plus en plus ; jusqu’à un certain point, on peut penser qu’il est aussi le complice de son créateur…

C’est alors qu’il est plongé avec sa famille élargie dans la fête d’anniversaire de sa blonde, au beau milieu de la vraie vie ordinaire, que le téléphone ramène brutalement le détective à sa vie de policier. On vient de retrouver, derrière son église du Centre-Sud de Montréal, près du Village, le corps sans vie du père Paco, le « prêtre en bicycle » défenseur des démunis en tous genres. Un personnage de tous les combats prenant tout autant le parti des travailleurs étrangers que des prostituées du quartier et des minorités sexuelles. Un homme engagé. Dérangeant. Le genre d’affaire, donc, qu’on ne peut pas donner à quelqu’un d’autre, quelles que soient les circonstances.

Sur place, sous la pluie froide, Surprenant éprouve une impression de déjà-vu en analysant la scène de crime ; cela le poursuivra tout au long de l’enquête et fera en sorte que Gabriel García Márquez (!) devienne presque un témoin clé de toute cette histoire qui se déroulera sur plusieurs niveaux à la fois. L’enquêteur et son équipe ne mettront pas beaucoup de temps à découvrir le passé militant du père Paco, ancien journaliste d’enquête en Colombie, devenu prêtre à la suite de l’enlèvement de sa femme par un puissant cartel. Son militantisme a trouvé à s’exprimer au Québec quand l’homme d’Église a constaté le traitement que certains exploitants agricoles font subir aux travailleurs étrangers. En fouillant un peu, Surprenant découvre que Paco faisait aussi pression sur les caïds du quartier, de même qu’il fréquentait assidûment une libraire mère de deux enfants et qu’il s’apprêtait à défroquer. Ce ne sont donc pas les coupables possibles qui manquent.

Comme à l’habitude, André Surprenant ne se contente pas d’enquêter, car c’est lorsque tout est en jeu qu’il ressemble le plus à son alter ego, Jean Lemieux. Le policier pense, analyse, ressent, bref, il vit en faisant percevoir au lecteur, grâce à son humour implacable et à son sens aigu du mot juste, la complexité du monde qui nous entoure. Évidemment, l’intrigue est solidement construite et, bien sûr, il trouvera le coupable, mais ce n’est pas le plus important ici. C’est plutôt qu’Un monde sans dieux s’impose tout au long comme une sorte de leçon de vie toute simple permettant de mieux négocier le monde de tous les jours. C’est énorme.»

Michel Bélair, Le Devoir, 4 avril 2026


Lancement de «Un monde sans dieux» le 1er avril à Québec

28 mars 2026

C’est mercredi le 1er avril – ceci n’est pas un poisson – que «Un monde sans dieux», le neuvième tome de la série Surprenant, sera lancé.

L’événement aura lieu de 17h30 à 19h30 à la librairie du Quartier, 1120 avenue Cartier, à Québec. Il y aura du monde, des livres, du plaisir, aussi l’occasion de se procurer le roman avant le congé de Pâques.

Au plaisir de vous retrouver.


La télésérie «Détective Surprenant» voyage en Europe

23 mars 2026

Bonne nouvelle aujourd’hui: la première saison de la télésérie «Détective Surprenant», «La fille aux yeux de pierre» sera diffusée avec sous-titres par Canal+ Pologne.

Cette première saison est déjà à l’affiche sur des chaînes de streaming en Irlande, au Royaume-Uni et aux États-Unis, sous le titre Murder on the island.

Les deux saisons sont disponibles au Québec sur Illico+.


Une nouvelle enquête de Surprenant, «Un monde sans dieux», en librairie le 31 mars

10 mars 2026

Le neuviève tome – si l’on excepte les nouvelles – des enquêtes d’André Surprenant sera disponible en librairie le mardi 31 mars prochain. Un monde sans dieux, publié chez Québec Amérique, est campé à Montréal et en Montérégie.

L’histoire commence le 8 novembre 2015, le soir de l’anniversaire de Geneviève. En plus de se passer en novembre, le «mois des morts», le récit s’articule autour d’un deuil récent: Nicole Goyette, la mère du sergent-détective du SPVM, est décédée quelques semaines plus tôt du cancer du rein qui la rongeait déjà dans L’Affaire des Montants.

Dimanche 8 novembre 2015. André Surprenant quitte la soirée d’anniversaire de sa blonde pour se précipiter sur une scène de crime. L’abbé Francisco Bernal, le « père Paco » pour les défavorisés du sud-est de Montréal, a été sauvagement poignardé derrière l’église Notre-Dame-de-Guadalupe.

Crime passionnel? Liquidation d’un défenseur des prostituées, des itinérants et des travailleurs saisonniers contre les exploiteurs? Le sergent-détective du SPVM éprouve un étrange sentiment de déjà-vu. Il découvre aussi que, malgré ses bonnes œuvres, le célèbre prêtre en bicycle n’était pas un saint. 

Entre les ombres des cartels, de l’Église catholique et de la corruption policière, au cours d’une enquête qui le mènera de la Montérégie à Rivière-des-Prairies et dont les sources plongent au cœur de l’Amérique latine, Surprenant en vient à se demander : Francisco Bernal a-t-il été tué parce qu’il voulait vivre dans un monde sans dieux?


Rencontre à la librairie La Liberté vendredi 13 février

10 février 2026

Je participerai à une rencontre avec Michel Roberge, blogueur littéraire, à la librairie La Liberté, route de l’Église, à Québec, le vendredi 13 février de 17 à 19 heures.

L’événement a lieu dans le cadre de la série Quelques nuances de… consacrée aux auteurs de polars québécois. Il s’agit d’entrevues en direct autour du parcours de l’écrivain, de son univers, de ses livres et parfois… de sa vie. Le tout est suivi ou parsemé de questions du public.

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