«Le médecin malgré lui» dans le Devoir

18 novembre 2018

Louis Cornellier, dans le Devoir du 17 novembre a livré cette intelligente critique d’Une Sentinelle sur le rempart.

 

Jean Lemieux est médecin et romancier. Comme Jacques Ferron, son mentor, se plaît-il à répéter. Critique de polars au Devoir, Michel Bélair a souvent souligné la qualité des romans de Lemieux, en parlant d’une « écriture efficace et toujours juste » et de personnages « bien campés, échappant la plupart du temps aux gros traits et à la caricature ». En résumé, écrivait Bélair en 2009, « Lemieux sait raconter les histoires ».

Dans Une sentinelle sur le rempart (Québec Amérique, 2018, 208 pages), c’est, pour la première fois, la sienne qu’il raconte, celle du petit hockeyeur d’Iberville, friand de lecture, devenu médecin presque malgré lui. « Je pratique ce métier depuis près de quarante ans, écrit-il aujourd’hui, sans jamais m’être départi du sentiment d’être un imposteur. J’ai toujours porté en moi cet autre rêve : écrire. »

Comme ses prédécesseurs tiraillés entre l’appel de la médecine et celui de la littérature, comme les Ferron et Tchekhov, par exemple, Lemieux n’est pas tout à fait un médecin comme les autres. Au cégep, en 1971, il n’appartient pas au camp des « bolés ». Tenté par le hasch et le psychédélisme, il coule ses cours de science et décide de s’inscrire en lettres, avant de revenir vers les sciences en vue de devenir médecin.

L’appel littéraire

Ce déchirement entre ces deux vocations ne le quittera jamais vraiment. La médecine s’imposera, finalement, mais non sans peine, et, reconnaît Lemieux, « pour combler un vide intérieur, accomplir un exploit, devenir quelqu’un ».

Cette présence permanente de l’appel littéraire chez lui est ce qui rend son « parcours de médecin » particulièrement digne d’intérêt. Lemieux s’avoue notamment « peu porté vers la science » et plus attiré par les histoires de ses patients. Il aime surtout « questionner une personne, l’examiner, la comprendre », confie-t-il. « Les liens que je tisse avec mes patients m’intéressent beaucoup plus que le traitement de leurs maladies. »

 « Le médecin, comme le soldat ou le policier, est mû par le désir de servir. Cette dimension est tellement évacuée du discours courant, centré sur la rémunération et l’accessibilité aux soins, que ce discours provienne des médias, des réseaux sociaux, du gouvernement ou des fédérations de médecins, que je me ferai probablement taxer de naïf, de partial ou… d’idéaliste. »

Dans le corps médical, les docteurs en humanité de ce type sont plutôt rares. Bien des raisons, évidemment, expliquent la froideur qui est devenue la norme dans cet univers, et les médecins n’en sont certes pas les seuls responsables. Je me permets néanmoins de formuler l’hypothèse suivante : si plus de médecins fréquentaient assidûment et réellement la littérature, si les grandes oeuvres étaient présentées comme une école de vie au coeur de la formation médicale, les malades auraient moins souvent l’impression d’être traités comme du menu fretin et les médecins, comme de simples exécutants.

Plutôt modeste, Lemieux ne se présente jamais comme un médecin extraordinaire. Son parcours, cependant, l’a mené sur des chemins peu fréquentés. Omnipraticien pendant plus de dix ans aux îles de la Madeleine, où il a notamment accompagné Georges Langford sur scène à la basse, Lemieux a appris à pratiquer une médecine de campagne peu portée sur le surdiagnostic et semble en avoir tiré une sagesse thérapeutique : soigner, au fond, c’est d’abord accompagner.

Il s’est ensuite consacré aux soins physiques des patients de l’Institut universitaire en santé mentale de Québec. Encore là, nous sommes loin de la médecine à paillettes. « Aux Îles ou à l’Institut, note Lemieux, j’ai travaillé toute ma vie en région éloignée, dans un archipel avec pas de clefs, dans une citadelle avec plein de clefs. » Plus encore, le doc romancier dit avoir « toujours travaillé selon un salaire horaire », ce qui ajoute à sa marginalité, aussi relative soit-elle.

La vocation et l’argent

Retraité depuis l’été dernier, Lemieux, avant de quitter l’hôpital, a fait des pieds et des mains pour contrer les effets délétères de l’administration libérale en santé. « Si j’écris des histoires de meurtre, demande-t-il, est-ce parce que j’ai envie de tuer quelqu’un ? » Peiné par la mauvaise réputation qui afflige les médecins depuis quelques années, notamment pour des raisons de rémunération gargantuesque, Lemieux veut nous convaincre que, quoi qu’on en pense, le médecin « est mû par le désir de servir ».

J’ai envie de le croire. Sa description de son travail, de ses nuits de garde, de ses rencontres avec les patients ne laisse pas de doute : les médecins, en général, se donnent à fond, trop, même, souvent. Le problème avec eux, s’il y en a un, n’est pas là. Quand Lemieux lâche, au détour d’une des quelques complaintes qui parsèment son livre, qu’il aurait « volontiers gagné moins pour vivre plus », j’ai envie de le prendre au mot.

Pourquoi, en effet, ne pas réduire raisonnablement le salaire des médecins et, avec l’argent ainsi épargné, en former plus ? De cette façon, les patients seraient mieux servis, par plus de médecins animés par la vocation, moins épuisés, plus heureux et, aurais-je le goût d’ajouter, de retour parmi nous. Je rêve : les médecins écrivains m’inspirent.


La vie ne tient qu’à un fil. Oui, mais lequel?

8 octobre 2018

Le Fil de la vie, paru en 2005 et récipiendaire du prix de la ville de Québec et du salon du livre de Québec (jeunesse), a fait l’objet d’une réédition aux éditions de la courte échelle. Il reparaîtra en novembre prochain.

Ce livre pour jeunes de 7 ans et plus parle du deuil d’un proche.

C’est le 22 février, à huit heures quarante-sept minutes, que le malheur, comme un éclair malfaisant, est entré dans la maison. Ce matin-là, papa nous a réunis dans la cuisine pour nous annoncer que tante France avait eu un grave accident de voiture.

Quand FX apprend la mort de sa tante, un énorme trou se creuse dans son ventre et sa tête s’emplit de questions. Des questions auxquelles même les adultes ont parfois de la difficulté à répondre. Heureusement, sa cousine Éloïse est là. Avec elle, les choses sont toujours plus simples et FX comprend que le malheur peut se mêler au bonheur, comme le font la vanille et le chocolat dans la crème glacée marbrée.

Le fil de la vie 2018


«Une sentinelle sur le rempart» aux bouquineries de Chrystine Brouillet

30 septembre 2018

Chrystine Brouillet, écrivaine mais aussi animatrice essentielle du livre au Québec, a commenté mon petit dernier le 29 septembre sur les ondes de TVA.


«Une sentinelle sur le rempart» dans Polar, noir et blanc

26 septembre 2018

Voici la recension de France Lapierre de Une sentinelle sur le rempart dans le blog Polar, noir et blanc.


Causerie et séance de signature le 29 septembre à Québec

18 septembre 2018

Le samedi 29 septembre prochain, à 14 heures, j’aurai le plaisir de m’entretenir avec Marie-Hélène Vaugeois, de la librairie du même nom, au sujet d’Une Sentinelle sur le rempart.

L’événement aura lieu au Café Castelo, 1298 avenue Maguire. Le tout sera suivi d’une séance de signature à la librairie, juste à côté.

Parmi les sujets abordés, la médecine, mon parcours des Îles-de-la-Madeleine à l’Institut universitaire en santé mentale de Québec, la double vie médecin-écrivain, sans compter évidemment la tourmente engendrée par la récente réforme de la Santé.


«Une sentinelle sur le rempart»: lancement le 13 septembre au Pub Galway à Québec

5 septembre 2018

Le lancement de ma première incursion (ou excursion?) à l’extérieur de la fiction aura lieu le 13 septembre à 17h00 à l’étage du Pub Galway, avenue Cartier, à Québec.

Tout le monde est bienvenu.

 

Au cœur de la tourmente du système de santé

Une sentinelle sur le rempart – Parcours d’un médecin

De quoi est fait le quotidien d’un médecin, surtout dans un système de santé grevé par des mesures gouvernementales qui suscitent la controverse? Ce récit autobiographique du médecin et écrivain Jean Lemieux trouvera un écho certain, à quelques semaines de la période électorale…

Qu’est-ce qui pousse un jeune sain d’esprit à devenir médecin? Comment la pratique se vit-elle au jour le jour? De quoi est fait le combat d’un chef de service aux prises avec la réforme du système de santé? Jean Lemieux revient sur son parcours d’omnipraticien, depuis ses études à l’Université de Montréal jusqu’à sa retraite de l’Institut universitaire en santé mentale de Québec en juillet dernier, en passant par ses douze années de pratique aux Îles-de-la-Madeleine. Le ton intime et émouvant du récit nous plonge au cœur de la réalité médicale, des nuits de garde aux réflexions portant sur la vie et la mort, les effets des nouvelles règles de gouvernance, et sa crainte de se retirer alors qu’il y a un cruel manque de relève en omnipratique.

À l’instar du médecin et écrivain québécois Jacques Ferron, qu’il considère comme son père littéraire, Jean Lemieux se voue avec un égal bonheur à ses deux carrières, une double identité qu’il revendique depuis la parution de son premier roman en 1991. Ce premier récit, qui se dévore comme un roman, est porté par une écriture fine et sensible parsemée de pointes d’humour, qui séduira tout autant les passionnés de médecine et d’actualité que les amateurs de littérature.

Inv_Sentinelle

 

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«Une sentinelle sur le rempart» en librairie le 12 septembre

3 août 2018

J’ai soixante-trois ans, bientôt soixante-quatre. J’écris ces pages dans la chambre de garde de l’hôpital psychiatrique où je travaille depuis vingt-trois ans. Dans six mois, je quitterai l’établissement pour prendre, sinon une retraite définitive, du moins un long congé au bout duquel j’évaluerai si j’ai envie de pratiquer quelques heures par semaine la médecine. J’arrive, pour paraphraser Miron, au bout d’un long voyage abracadabrant.

Qu’est-ce qui pousse un jeune sain d’esprit à devenir médecin? Que ressent-on quand on pénètre dans un laboratoire d’anatomie peuplé de 41 cadavres? Quand on entreprend sa première garde d’interne? Quand on doit annoncer à des parents que leur fils est en état de mort cérébrale, à un patient de 44 ans en pleine forme que son échographie révèle une masse au pancréas? Que vit un médecin au quotidien?

 

J’ai écrit d’octobre 2017 à avril 2018 un récit autobiographique centré sur la médecine. J’y reviens sur mon parcours d’omnipraticien, de mes débuts aux Îles-de-la-Madeleine jusqu’à mes années de pratique en milieu psychiatrique. J’emmène le lecteur avec moi pendant mes gardes de nuit. Je lui fais partager mon combat de chef de service aux prises avec la réforme du système de santé. Mais le récit intime commence bien avant, à Iberville, dans le logement en haut de la pharmacie Gareau et Lemieux, à Saint-Jean-sur-Richelieu, sur les bancs du collège où je vivais mon rêve psychédélique, à Montréal, dans l’amphithéâtre de première année de médecine.

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