Belle recension de Norbert Spehner sur le site «Huis clos»

19 avril 2026

Dans l’univers du polar québécois et de l’Amérique française, Norbert Spehner n’a plus besoin de présentation. Depuis plus de trente ans, il recense, répertorie, dissèque, analyse l’évolution de la littérature policière et fantastique d’ici, avec une constance et un zèle exemplaires. Norbert, comme chacun l’appelle familièrement, n’est pas un lecteur complaisant. Il met parfois en scène son avatar, le pinailleur, qui ramène gentiment, comme un chien de berger, ses ouailles aux bases de la narration efficace et élégante.

Nous lui devons entre autres Le Détectionnaire paru en 2016, véritable bible des personnages composant l’imaginaire policier d’ici.

Voici sa récente recension de Un monde sans dieux.

«LE CAS DU PRÊTRE ASSASSINÉ:

UNE ENQUÊTE DU SERGENT-DÉTECTIVE SURPRENANT

En 1991, alors que je faisais mes recherches qui devaient aboutir avec la publication du premier tome de la série « Le roman policier en Amérique française », j’ai découvert « La lune rouge », premier polar de Jean Lemieux. En ce début des années 90, dans le désert relatif de la production policière de l’époque (si on compare à aujourdhui), alors que le genre avait encore du mal à s’imposer dans un univers d’éditeurs réticents, j’ai été impressionné par la qualité de ce récit captivant dont l’action se passe aux îles de la Madeleine. Deux femmes ont été assassinées et le docteur (tiens donc…) François Robidoux mène l’enquête. Il faudra attendre 2003 pour que paraisse « On finit toujours par payer », la première enquête d’André Surprenant, dont l’action se passe aussi aux Îles. Depuis, j’ai lu tous les romans de cette excellente série, dont ce neuvième volet, « Un monde sans Dieux » qui vient de paraître.

Le meurtre d’un prêtre, le 8 novembre 2015, est le point de départ de cette intrigue dont l’action se passe principalement à Montréal, avec des visites de témoins à Chambly, Rivière-des-Prairies, et des liens avec la Colombie, pays d’origine de la victime.

Qui a assassiné le père Francisco Bernal, alias Père Paco, l’ami des défavorisés du sud-est de Montréal, et dont le cadavre, lardé de coups de couteau, a été retrouvé derrière l’église Notre-Dame-de-Guadalupe ? Qui pouvait bien en vouloir à cet homme engagé, grand défenseur des prostituées, des itinérants et des travailleurs saisonniers exploités par des employeurs sans scrupules ?

En fouillant le passé du « prêtre en bicycle » , l’enquêteur et ses collègues découvrent qu’il avait été journaliste en Colombie,, qu’il enquêtait sur les cartels et qu’en représailles, ces derniers avaient enlevé et probablement exécuté son épouse Dolores ! Cette tragédie a eu deux conséquences: sa fuite au Canada et sa vocation de prêtre. Mais il y a plus…Il fréquentait Jessica, une libraire de Chambly et s’apprêtait à défroquer pour vivre avec elle ! Deux hommes s’objectaient vivement à cette relation: le frère de Jessica, un hommme brutal et sans scrupules, qui pratique l’exploitation éhontée de migrants, et son ex-mari, un type vindicatif et jaloux. Les deux hommes deviennent des suspects potentiels !

Mais Surprenant et son équipe ne sont pas au bout de leurs peines, car une jeune prostituée mexicaine, une protégée de la victime, disparaît, ce qui met un caïd local, chef des Bleus, trafiquant de drogue et tenancier de bordel, dans la ligne de mire des policiers ! De plus, un cas de corruption au sein du groupe de flics, et le meurtre du ripou concerné viennent compliquer leur tâche.

Sans être un thriller haletant, avec fusillades, poursuites et tout le boum boum pas toujours intéressant, « Un monde sans dieux » (plus relax) est plutôt un modèle exemplaire et captivant de roman policier de procédure policière dont les héros ne sont ni des Sherlock Holmes ni des Harry Callahan*, mais des professionnels qui agissent méthodiquement, patiemment, selon les règles du genre: examen minutieux des scènes de crime (où Surprenant éprouve une curieuse impression de déjà vu *), autopsie, interrogatoires de témoins et de suspects, etc…Avec en prime, un dénouement crédible et satisfaisant.

Les personnages sont « réels » et bien typés, pas des clichés sur patte. Ils évoluent dans un contexte réaliste, et mènent leurs investigations sans abus de technologie miracle ! L’auteur en profite aussi pour évoquer quelques maux de notre époque troublée, « ce monde sans dieux » qui hante les personnages: trafic de drogue et d’êtres humains, itinérance et misère humaine dans les grandes villes, problèmes d’intégration et exploitation des immigrants, etc…

Un autre bon roman de cette série qui a été adaptée à la télé en 2023 par Yannick Savard et écrite par Marie-Ève Bourassa et Maureen Martineau.

UN MONDE SANS DIEUX, de Jean Lemieux, Montréal, Québec Amérique, 2026, 304 pages.

note 9/10

Harry Callahan : flic incarné par Clint Eastwood, du genre qui tire d’abord et qui cause (peu) ensuite !

LE COIN DU PINAILLEUR:

Petite coquetterie littéraire: L’impression de déjà vu que l’enquêteur ressent, notamment sur la première scène de crime, est reliée à un épisode de « Chronique d’une mort annoncée », de Gabriel Garcia Marquez qui semble être un des romans favoris de Surprenant (et celui de Lemieux ?). Mais le lien avec l’intrigue, quoique souvent évoqué, va s’avérer plutôt ténu et un peu décevant…»


«Un monde sans dieux»: excellente critique de Michel Bélair dans Le Devoir

4 avril 2026

«André Surprenant vieillit bien. Pas facilement, mais bien. On le connaît depuis ses débuts avec la Sûreté du Québec, aux îles de la Madeleine — où il menait d’ailleurs sa précédente enquête, L’affaire des Montants, prix Saint-Pacôme 2025 —, puis à Québec, avant qu’il passe au Service de police de la Ville de Montréal comme sergent détective à l’escouade des crimes majeurs. On le retrouve ici, au milieu de la cinquantaine, dans sa neuvième enquête depuis que Jean Lemieux raconte ses histoires. Surprenant n’a rien du superhéros, on le sait. C’est plutôt un homme complexe, intelligent, conscient du monde écartelé dans lequel nous vivons de plus en plus ; jusqu’à un certain point, on peut penser qu’il est aussi le complice de son créateur…

C’est alors qu’il est plongé avec sa famille élargie dans la fête d’anniversaire de sa blonde, au beau milieu de la vraie vie ordinaire, que le téléphone ramène brutalement le détective à sa vie de policier. On vient de retrouver, derrière son église du Centre-Sud de Montréal, près du Village, le corps sans vie du père Paco, le « prêtre en bicycle » défenseur des démunis en tous genres. Un personnage de tous les combats prenant tout autant le parti des travailleurs étrangers que des prostituées du quartier et des minorités sexuelles. Un homme engagé. Dérangeant. Le genre d’affaire, donc, qu’on ne peut pas donner à quelqu’un d’autre, quelles que soient les circonstances.

Sur place, sous la pluie froide, Surprenant éprouve une impression de déjà-vu en analysant la scène de crime ; cela le poursuivra tout au long de l’enquête et fera en sorte que Gabriel García Márquez (!) devienne presque un témoin clé de toute cette histoire qui se déroulera sur plusieurs niveaux à la fois. L’enquêteur et son équipe ne mettront pas beaucoup de temps à découvrir le passé militant du père Paco, ancien journaliste d’enquête en Colombie, devenu prêtre à la suite de l’enlèvement de sa femme par un puissant cartel. Son militantisme a trouvé à s’exprimer au Québec quand l’homme d’Église a constaté le traitement que certains exploitants agricoles font subir aux travailleurs étrangers. En fouillant un peu, Surprenant découvre que Paco faisait aussi pression sur les caïds du quartier, de même qu’il fréquentait assidûment une libraire mère de deux enfants et qu’il s’apprêtait à défroquer. Ce ne sont donc pas les coupables possibles qui manquent.

Comme à l’habitude, André Surprenant ne se contente pas d’enquêter, car c’est lorsque tout est en jeu qu’il ressemble le plus à son alter ego, Jean Lemieux. Le policier pense, analyse, ressent, bref, il vit en faisant percevoir au lecteur, grâce à son humour implacable et à son sens aigu du mot juste, la complexité du monde qui nous entoure. Évidemment, l’intrigue est solidement construite et, bien sûr, il trouvera le coupable, mais ce n’est pas le plus important ici. C’est plutôt qu’Un monde sans dieux s’impose tout au long comme une sorte de leçon de vie toute simple permettant de mieux négocier le monde de tous les jours. C’est énorme.»

Michel Bélair, Le Devoir, 4 avril 2026


Lancement de «Un monde sans dieux» le 1er avril à Québec

28 mars 2026

C’est mercredi le 1er avril – ceci n’est pas un poisson – que «Un monde sans dieux», le neuvième tome de la série Surprenant, sera lancé.

L’événement aura lieu de 17h30 à 19h30 à la librairie du Quartier, 1120 avenue Cartier, à Québec. Il y aura du monde, des livres, du plaisir, aussi l’occasion de se procurer le roman avant le congé de Pâques.

Au plaisir de vous retrouver.


La télésérie «Détective Surprenant» voyage en Europe

23 mars 2026

Bonne nouvelle aujourd’hui: la première saison de la télésérie «Détective Surprenant», «La fille aux yeux de pierre» sera diffusée avec sous-titres par Canal+ Pologne.

Cette première saison est déjà à l’affiche sur des chaînes de streaming en Irlande, au Royaume-Uni et aux États-Unis, sous le titre Murder on the island.

Les deux saisons sont disponibles au Québec sur Illico+.


Une nouvelle enquête de Surprenant, «Un monde sans dieux», en librairie le 31 mars

10 mars 2026

Le neuviève tome – si l’on excepte les nouvelles – des enquêtes d’André Surprenant sera disponible en librairie le mardi 31 mars prochain. Un monde sans dieux, publié chez Québec Amérique, est campé à Montréal et en Montérégie.

L’histoire commence le 8 novembre 2015, le soir de l’anniversaire de Geneviève. En plus de se passer en novembre, le «mois des morts», le récit s’articule autour d’un deuil récent: Nicole Goyette, la mère du sergent-détective du SPVM, est décédée quelques semaines plus tôt du cancer du rein qui la rongeait déjà dans L’Affaire des Montants.

Dimanche 8 novembre 2015. André Surprenant quitte la soirée d’anniversaire de sa blonde pour se précipiter sur une scène de crime. L’abbé Francisco Bernal, le « père Paco » pour les défavorisés du sud-est de Montréal, a été sauvagement poignardé derrière l’église Notre-Dame-de-Guadalupe.

Crime passionnel? Liquidation d’un défenseur des prostituées, des itinérants et des travailleurs saisonniers contre les exploiteurs? Le sergent-détective du SPVM éprouve un étrange sentiment de déjà-vu. Il découvre aussi que, malgré ses bonnes œuvres, le célèbre prêtre en bicycle n’était pas un saint. 

Entre les ombres des cartels, de l’Église catholique et de la corruption policière, au cours d’une enquête qui le mènera de la Montérégie à Rivière-des-Prairies et dont les sources plongent au cœur de l’Amérique latine, Surprenant en vient à se demander : Francisco Bernal a-t-il été tué parce qu’il voulait vivre dans un monde sans dieux?


Rencontre à la librairie La Liberté vendredi 13 février

10 février 2026

Je participerai à une rencontre avec Michel Roberge, blogueur littéraire, à la librairie La Liberté, route de l’Église, à Québec, le vendredi 13 février de 17 à 19 heures.

L’événement a lieu dans le cadre de la série Quelques nuances de… consacrée aux auteurs de polars québécois. Il s’agit d’entrevues en direct autour du parcours de l’écrivain, de son univers, de ses livres et parfois… de sa vie. Le tout est suivi ou parsemé de questions du public.

https://www.facebook.com/events/857049180424524?acontext=%7B%22event_action_history%22%3A[%7B%22mechanism%22%3A%22attachment%22%2C%22surface%22%3A%22newsfeed%22%7D]%2C%22ref_notif_type%22%3Anull%7D


Le retour de Surprenant aux Îles-de-la-Madeleine

22 janvier 2026

Alors que la deuxième saison de Détective Surprenant, Le baron de l’archipel, devient disponible sur Illico+ aujourd’hui, j’ai envie de revenir sur les circonstances qui m’ont amené, en 2019, à écrire le roman qui a servi de base à son intrigue.

Il s’agit des Demoiselles de Havre-Aubert, le sixième tome de la série. Les deux premiers, On finit toujours par payer et Le Mort du chemin des Arsène, étaient campés aux Îles-de-la-Madeleine. Le troisième, L’Homme du jeudi, voyait Surprenant à Lac-Beauport et à Québec. Enfin, les quatrième et cinquième, Le mauvais côté des choses et Les Clefs du silence, marquaient l’arrivée d’André Surprenant à l’escouade des crimes majeurs du SPVM à Montréal.

Beaucoup de facteurs militaient dans ce transfert à Montréal, dont le désir d’aborder des milieux criminels plus complexes, sans compter mon affection personnelle pour Montréal, berceau de ma famille et ville où j’ai fait mes études de médecine.

Néanmoins de nombreux lecteurs s’ennuyaient de «Surprenant aux Îles». Après deux intrigues longues et multiformes, avec des protagonistes nombreux, alors que je travaillais depuis un ou deux ans sur un livre qui mettait du temps à aboutir, il m’est venu le désir d’écrire un Surprenant plus simple, plus court, campé aux Îles-de-la-Madeleine. Et ce d’autant plus que les droits de la série venaient d’être acquis par Version 10 en vue d’en faire une télésérie.

C’est de ce désir qu’est né Les Demoiselles de Havre-Aubert. Surprenant étant maintenant sergent-détective au SPVM, il fallait trouver un prétexte pour le faire enquêter sur le territoire de la SQ aux Îles. L’intrigue commence donc, après un incipit identique à la finale des Clefs du silence, sur le meurtre d’un Madelinot dans un comptoir de prêt sur gages de Verdun. L’intrigue se situe en août. Surprenant et Geneviève partent en vacances aux Îles. Surprenant enquêtera donc en catimini, plus ou moins en touriste, pendant le festival acadien de Havre-Aubert.

Les Demoiselles de Havre-Aubert ont connu un bon succès. La première saison de la télésérie Détective Surprenant a été mise en ondes en décembre 2023. J’ai compris que mon personnage et ma série avait désormais au moins deux pôles, Montréal et les Îles-de-la-Madeleine. Après un septième titre, Nos meilleurs amis sont les morts, dont l’action se déroule à Montréal et en Mauricie, Surprenant est retourné aux Îles, cette fois à Havre-aux-Maisons, pour un polar de Noël, L’Affaire des Montants.

Le prochain livre à paraître à la fin-mars, Un monde sans dieux, se déroule à Montréal et en Montérégie. C’est encore loin, mais il y a fort à parier qu’André Surprenant retournera aux Îles la prochaine fois.

Quant à la deuxième saison de Détective Surprenant diffusée à partir d’aujourd’hui, je ne dévoile rien, sinon que c’est bien bon.


Nuit de la lecture à la maison de la Littérature de Québec le 24 janvier

12 janvier 2026

J’aurai le grand plaisir de participer à la Nuit de la lecture à la Maison de la littérature à Québec le 24 janvier prochain à partir de 19 heures.

Aux côtés de Sophie Bienvenu, Gabriel Boulianne-Tremblay, Daniel Grenier, Natalie Jean, Jocelyn Sioui, Alex Thibodeau et Christiane Vadnais, je lirai des extraits de mes œuvres, dont probablement un bout du livre à paraître à la fin-mars.

Ce bel événement est présenté en collaboration avec l’UNÉQ.


La tête en jachère

15 décembre 2025

Jeudi matin, tôt, j’ai envoyé pour la quatrième fois à Québec Amérique le manuscrit de Un monde sans dieux, le neuvième Surprenant. Il s’agissait de mes suggestions et réactions quant à la révision linguistique. Les trois premiers envois concernaient les versions éditoriales, de fin-août à fin-octobre.

Quand le livre me reviendra, il sera «monté» ou «en épreuves», c’est-à-dire prêt à être envoyé chez l’imprimeur. À moins de coquilles ou de mini-catastrophes ayant échappé à beaucoup de regards, plus rien à changer.

Sur Facebook, j’évoque le départ des personnages comme autant d’invités ayant squatté dans ma tête pendant les derniers neuf mois. Certains reviendront, dont les plus importants qui forment l’entourage familial et professionnel du héros. La plupart disparaîtront dans la fosse commune des personnages à usage unique, contenu dans un seul livre de fiction.

Je ressens un soulagement, aussi un manque. Je suis «en vacances» pour la période des Fêtes. L’imagination est une terre qu’il faut mettre parfois en jachère.

Pas trop longtemps. La terre travaille, tout le temps, comme le bois qui se tord chaque jour imperceptiblement sous les éléments.. Le dixième Surprenant est déjà quelque part, indistinct, sous forme de larve ou mêmes d’atomes. Entretemps, il y a ce roman abandonné, presque fini, mais ayant manqué sa cible, qui attend que je lui prête attention.

Suis-je en vacances pour les Fêtes? Pas vraiment.


«L’Affaire des Montants» reçoit le prix Saint-Pacôme du roman policier 2025

5 octobre 2025

Hier, le 4 octobre, j’ai eu le grand plaisir de recevoir, à Saint-Pacôme-de-Kamouraska, le prix Saint-Pacôme du roman policier pour le dernier Surprenant, L’Affaire des Montants, publié l’an dernier chez Québec Amérique.

Y étaient aussi finalistes Chrystine Brouillet, pour Le Regard des autres, aux éditions Druide, et Ronald Lavallée, pour Le Crime du garçon exquis, aux éditions Fides, deux excellents romans.

Je salue la très belle organisation de l’événement et l’accueil chaleureux de la communauté de Saint-Pacôme. La Société du roman policier de Saint-Pacôme distribue ses prix depuis 2002, d’une façon remarquable, grâce à la passion de bénévoles et au soutien de la population et des institutions locales.

Pour l’écrivain, cet animal solitaire, recevoir ce type de reconnaissance est un honneur et une grande source de stimulation.