Jardin, grenier, dépotoir

L’écrivain, cet animal mystérieux, est un omnivore.

Il se nourrit d’abord des mots des autres. Je ne connais pas d’écrivain qui n’ait été, à plein temps ou à certaines périodes de sa vie, un grand lecteur. Histoires, images, personnages entrent ainsi, pêle-mêle, dans une cuve à fermentation dont sortira, un jour, si l’apprenti possède le courage de se colleter quotidiennement avec le néant, une nouvelle fiction, laquelle nourrira à son tour d’autres accros de l’imaginaire.

J’ai parlé de fermentation. J’aurais pu employer les mots rumination, germination, synthèse, ou mutation. Tout artiste est un recycleur, voire un nécrophage, et je ne fais pas exception à la règle. J’erre depuis quelques semaines dans ce que je pourrais appeler mon jardin, mon grenier, mon dépotoir ou mon charnier. S’y trouvent, en divers états d’achèvement, mes fragments d’histoires. Certaines ont près de cent pages, d’autres se résument à un bref synopsis. Je relis. J’écris, bien sûr. Je rajoute des bouts à l’une ou à l’autre, les «essayant» comme s’il s’agissait de vêtements. Je pratique même des boutures, amalgamant deux mondes, transposant des lieux et des personnages, insufflant une nouvelle vie à un récit moribond.

De ce laboratoire jaillira bientôt, si les astres sont propices, une histoire qui de fraiera un chemin, de version en version, jusqu’à l’état de livre. À quoi reconnaitrai-je, parmi ces plantes plus ou moins vivaces qui encombrent mes serres, celle qui fleurira? Un jour, une histoire ou un projet s’impose, naturellement. Je sais alors que je ne pourrai trouver le repos que lorsque je l’aurai mené à terme.

En attendant, je poursuis mes expériences.

One Response to Jardin, grenier, dépotoir

  1. k dit :

    Cette fleur vous la reconnaîtrez d’entre toutes par la couleur qu’elle vous offrira, peut-être le rouge, par son odeur, celle de l’air salin. Par sa texture , fluide, voluptueuse.Le rythme s’imposera de lui-même tel Le Sacre au printemps..ou bien d’une sonate au Clair de Lune..et que dire de ce gôut doux-amer de mort et de sensualité…Vous saurez la reconnaître dès l’éclosion j’en suis convaincue,et nous l’offrirez .À ce moment, j’en prendrai grand soin , la contemplerai, la humerai et la dévorerai….comme celles fleurissant déjà dans mon jardin…

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