Tournage aux Îles en septembre

26 juillet 2010

Le tournage de La peur de l’eau, adaptation cinématographique de mon roman On finit toujours par payer, débutera le 14 septembre prochain aux Iles-de-la-Madeleine.

L’équipe du réalisateur Gabriel Pelletier comprendra 50 techniciens et 20 comédiens, de même que des figurants madelinots. La productrice Nicole Robert, présidente de Go Films, évalue à un demi-million de dollars les retombées économiques pour l’arphipel.


Retour de Berlin

8 juillet 2010

Je reviens d’un bref séjour à Berlin.

Quelques images dans le kaléidoscope.

Au musée The story of Berlin, ces deux extraits de film, jouant l’un en face de l’autre: de part et d’autre du mur en construction, en août 1961, les habitants des deux Berlin, surveillés par des gardes, se font des signes de la main, s’embrassent à distance, pleurent, observent, incrédules, la construction de ce mur qui allait les séparer pendant vingt-huit ans et trois mois.

Vingt-trois heures, sur les bords de la Spree, en face de l’Île aux musées, cette piste de danse sous les palmiers, où, sous une pluie fine, une trentaine de mordus dansent le tango.

Toujours au bord de la Spree, dans le magnifique schlossgarten du château de Charlottenbourg, une vieille dame très belle, très droite, qui marche mélancoliquement dans l’orangeraie.

Le tsumani de hourras qui soulève les terrasses du Hackescher Markt quand l’Allemagne marque le premier but contre les Argentins.

Les nuées de jeunes pédalant sur d’antiques bicyclettes.

Phénix renaissant de ses cendres après la deuxième guerre mondiale, le cauchemar du Mur et la réunification, Berlin est en passe de redevenir une grande capitale européenne, au confluent de l’est et de l’ouest. Avec ses grues, ses vieux édifices trash, ses monticules de gravats, sa faune artistique, sa population multiculturelle, cette ville est un laboratoire social.


Le gardien de sécurité helvète et les Bleus

1 juillet 2010

Aéroport de Zurich, mercredi 06h45.

Devant le scanner, tandis que je dépose ma ceinture, mon ordinateur, ma monnaie, dans les bacs de plastique, l’homme – petit, rondouillet, la cinquantaine grisonnante – me tend brusquement la main et me dit: «Français? Mes condoléances.» Le tout avec un fort accent allemand.

Je serre la main, interdit. J’ai peut-être dit «Bonjour!», mais je ne suis pas français, ou si peu. Et cet homme paraît diablement sérieux.

La déconfiture des Bleus en Afrique du Sud a été si spectaculaire que je ne m’interroge qu’une seconde sur l’origine de ses sympathies.

Ce Suisse est aussi imperturbable qu’un garde. Est-ce un pince-sans-rire? Compatit-il vraiment avec ma «souffrance», qui peut être la sienne puisque l’équipe suisse a été elle aussi éliminée en phase de groupes?

Je me dirige vers l’arche électronique en me disant que les deux hypothèses sont aussi drôles l’une que l’autre.


La Barcelone de Ruiz Zafon

30 juin 2010

Le jeu de l’ange, paru l’an dernier, est un roman étrange, à la fois convenu et original.

Après le succès planétaire de L’ombre du vent, l’auteur, qui serait maintenant scénariste à Hollywood, en reprend les ingrédients principaux: ambiance gothique, amours contrariées, rebondissements, jeux de miroir, passion pour les livres, le tout assaisonnée à la catalane.

Il ne faut pas s’y méprendre. Si Le jeu de l’ange est racontée du point de vue du narrateur, ce Daniel Martin écrivain, amoureux et enquêteur, le personnage principal demeure la Barcelone de l’entre-deux-guerres, ville mythique, démesurée, qui est évoquée avec une flamboyance gaudienne. Du Barn aux Jardins Güell, du Raval aux plages de la Bogatell et à la colline de Montjuic, le lecteur, plus particulièrement l’amoureux de Barcelone, se promène, plan virtuel ou souvenirs en tête, dans les dédales de la vieille ville portuaire.

Comme le genre l’exige, la ville n’est pas parée de ses atours les plus rieurs. Les feuilles sont mortes, les ruelles, glauques, les nuages, rouges, ocres, saturés des relents des usines. Les gens y traînent des existences sordides, marquées par la déveine et les inégalités sociales, lesquelles sont compensées par l’humour et la solidarité.

Dans cette Barcelone de carton-pâte, Zafon a bâti une intrigue tortueuse, abracadabrante, mais maîtrisée. Malgré son ampleur, on y retrouve la rigueur propre aux bons scénarios. L’intrigue repose néanmoins sur le surnaturel, ce qui, opposé au réalisme de l’ensemble, en accentue justement l’aspect baroque. Loin du réalisme magique de Garcia Marquez, on flirte ici avec le fantastique.

Le jeu de l’ange demeure une bon livre, ne serait-ce que par son décor.


«Le mort du chemin des Arsène» est finaliste au Prix des abonnés de la bibliothèque de Québec

17 juin 2010

Chaque année, le réseau des bibliothèques de Québec, qui regroupe vingt-cinq bibliothèques réparties dans les six arrondissements de la ville, décerne les «Prix des abonnés». Il s’agit de distinctions assorties de bourses, accordées selon le vote des lecteurs.

Le mort du chemin des Arsène est en lice cette année dans la catégorie Fiction, en compagnie de Le masque étrusque, de Louis Jolicœur, paru à L’instant même et de Aréna, 1, Panache de Sylvain Hotte, paru aux Intouchables.

Dans la catégorie Documentaire, les finalistes sont:

Destination LHJMQ – Dans les coulisses du hockey junior, Michel-André Roy, Flammarion Québec

Lieux de légendes et de mystère du Québec, Henri Dorion et Pierre Lahoud, Éditions de l’Homme

À table en Nouvelle-France, Yvon Desloges, Éditions du Septentrion

Dans la catégorie Jeunesse, les finalistes sont:

Mon papa ne pue pas, Andrée Poulin et Jean Morin, Éditions Isatis

Arthur et le yéti du lac Pichette, Johanne Mercier, Dominique et compagnie

Porthos et la menace aux yeux rouges, Denis Côté, Dominique et compagnie

Ces prix seront remis en octobre prochain.

Les abonnés peuvent aussi voter en ligne au www.bibliothequesdequebec.qc.ca jusqu’au 3 octobre.


Le voleur du Camp Nou

11 juin 2010

Avant-hier au Camp Nou à Barcelone, un jeune homme, discrètement, malgré deux gardiens de sécurité, a volé sous mes yeux quelques brins de la pelouse du stade de 98,000 sièges. Je crois sincèrement qu’il désirait les conserver, peut-être en faire une relique pour se protéger des aléas de l’existence.

La ferveur autour de la Barça, et de tout ce qui se rattache au futbol, atteint ici des proportions cosmiques. Je n’oserais écrire que le Canadien de Montréal, à comparer, ressemble à une équipe de province. 24 Coupes Stanley, ce n’est pas rien. Vu d’ici, le hockey est un sport régional, où l’excellence n’existe qu’en Amérique du Nord, en Scandinavie et en Europe de l’Est.

Début de la Coupe du Monde cet après-midi. Je ne sais pas si les Catalans sont vraiment derrière l’Espagne.


Barcelone, l’adolescente bigarrée

8 juin 2010

Le Saint-Laurent, avant de porter son nom chrétien, était Magtogoek, le «chemin qui marche».

À ce compte, la Rambla, ce grand boulevard ombragé qui draine le centre de Barcelone jusqu’à la statue de Colomb et, au-delà, à la mer, est un fleuve. Les gens, Barcelonais et touristes confondus, s’y laissent dériver, comme du bois de coupe, parfois sans autre but que d’être là, d’observer, d’admirer, de participer. Les indigènes ne paraissent pas moins désœuvrés que les visiteurs.

Barcelone, deuxième ville d’Espagne, est une métropole moderne et dynamique. Pourtant j’ai l’impression que personne n’y travaille beaucoup. Dans le centre, je cherche en vain ces cubes de verre dans lesquels de jeunes loups cravatés jonglent avec des deniers. Du haut du Montjuic, j’aperçois en périphérie des grues, des buildings, dont certains possèdent des formes inoubliables, dont ce phallus mauve familièrement surnommé «le Pénis». S’il se brasse des affaires, ce doit être là.

Barcelone est aussi un port, d’où rayonne des cargos, des bateaux de croisière. Sans être une station balnéaire, la ville possède de belles plages, à l’est de la Barceloneta. Y vit, carte de visite, l’héritage de Gaudi, de la Sagrada Familia au Parc Güell aux maisons qu’il a semées dans la ville, ces apologies du baroque et de la courbe. Les jeunes portent des tenues colorées, audacieuses. La ville veille jusqu’aux petites heures, se lève tard, un peu courbaturée. Le tissu social est une courtepointe, continentale, maghrébine, sud-américaine, asiatique, africaine. L’identité politique et la langue sont doubles, catalane et espagnole.

Pour toutes ces raisons, je m’éveille ce matin dans une ville adolescente, bigarrée, presque dénuée d’angoisse. Barcelone est une ville où on a simplement envie de vivre.


Le mort du chemin des Arsène mérite le prix Arthur-Ellis

28 Mai 2010

La Crime writers of Canada remettait hier soir, à Toronto, les prix Arthur-Ellis 2010.

Le mort du chemin des Arsène s’est vu décerné le prix du meilleur roman policier écrit en français.

Les autres lauréats sont:

– Howard Shrier pour  High Chicago (best novel)

Alan Bradley pour The sweetness of the bottom of the pie (best first novel)

Gloria Ferris pour The corpse flower (best unpublished first novel)

Barbara Hayward-Attard pour Haunted (best juvenile)

Dennis Richard Murphy pour Prisoner in paradise (best short story)

Terry Gould pour Murders without borders (best non-fiction)


Les petites infamies de Carmen Posadas

20 Mai 2010

En ce soir où j’ai rangé, superstition oblige, mon t-shirt polonais (Qui sait? Il servira peut-être bientôt à conjurer un éventuel départ de la chance?), j’ai envie de parler de ce drôle de petit livre qu’est Petites infamies de Carmen Posadas.

J’ai parlé de petit livre. Ce n’est pas péjoratif. En ces jours où les grands singes jaunes de Bornéo sont menacés de disparition, pourquoi consommer de l’huile de palme et pourquoi écrire un gros livre quand on peut en écrire un petit? N’est-ce pas Léopold Mozart, le père de l’autre, qui disait que «les petites choses sont grandes quand elles sont bien faites»? Petites infamies, comme son titre l’indique n’a rien à voir avec Cent ans de solitude ou Le quatuor d’Alexandrie. C’est un roman de 300 pages, à cheval entre le polar et la peinture de mœurs, campé dans une Espagne moderne mais intemporelle, qui emprunte à la fois à la tragédie grecque et à la littérature de gare.

Il y a d’abord ce délicieux premier chapitre où Néstor Chaffino, cuisinier de son état et par ailleurs atteint d’un cancer du poumon, meurt enfermé à quatre heures du matin dans une chambre froide Westinghouse dont la porte s’est refermée (par inadvertance?). Le reste s’en suit, dont cet étonnant chassé-croisé de personnages liés les uns aux autres par le passé, par le présent et par le futur.

Ce roman, dont l’édition originale date de 1998, n’est pas une grande œuvre, mais c’est un livre qui possède un parfum et une gueule, ce qui n’est pas si fréquent. Le récit témoigne d’une indéniable maestria narrative et d’une ironie corrosive, dont le titre n’est qu’une indication.


Villa Amalia: un film dérangeant

11 Mai 2010

Il est des films qui distillent des images insoutenables, tel un poison violent.

D’autres possèdent un pouvoir plus insidieux. Villa Amalia, réalisé par Benoît Jacquot d’après un roman de Pascal Quignard, est de ceux-là.

L’histoire est toute simple: une femme dans la cinquantaine, blessée par la trahison de son conjoint, quitte tout, erre un peu en Allemagne, un peu en Suisse, avant d’atterrir dans une île de la côte amalfitaine. Elle s’y loue une maison abandonnée, nage dans la Méditerranée et ne fait rien du tout. Elle enterre sa mère, revoit un père disparu pendant l’enfance.

Le cinéma français nous a habitué à des films bavards. Celui-ci, comme une partition musicale où alternent des mouvements contrastés, est meublé de silences émaillés de dialogues concis ou de conversations décousues. La résultante est une impression de mystère. On ne sait jamais trop ce qu’il y a dans la tête de cette pianiste fêlée qu’incarne (encore) délicieusement Isabelle Huppert.

Reste ce sentiment de la fuite possible, d’une vie qu’on peut réinventer à tout instant, sur une impulsion souveraine.