Les Turcs ont occupé Budapest pendant plus de cent cinquante ans aux seizième et dix-septième siècles. À part le culte du café, ils ont laissé aux Hongrois des bains thermaux.
Hier donc, je me présente aux bains Széchenyi, situés dans le Varosliget, le grand parc central de la ville. Il fait six ou sept degrés celsius. N’empêche, le vaste bassin d’eau chaude, d’où s’échappe une vapeur dense, est envahi par des cohortes de baigneurs béats. J’enfile mon maillot, traverse des salles semées de bains de diverses températures, puis l’espace inhospitalier qui me sépare du spa géant, turquoise sous le ciel gris.
Miracle! L’eau de source, la plus chaude de la ville, m’enveloppe de sa douceur minérale. Je fais quelques brasses dans la buée, me laisse asperger par les jets qui jaillissent des figures sculptées ou du fond de tuiles bleues: c’est le pied, comme disent les Cousins. Le plus intéressant demeure d’observer la faune ambiante. Ils est facile de distinguer les touristes des locaux. Les premiers exhibent, à des degrés divers, tous les signes de l’hésitation ou du ravissement. Les seconds devisent avec leurs voisins, tranquillement, avec une familiarité créée par une longue habitude.
Dans un coin de la piscine, des hommes âgés, immergés jusqu’aux omoplates, jouent aux échecs. Les pièces sont en plastique, de même que l’échiquier déplié sur une rampe de pierre. Je les observe. Ce sont d’excellents joueurs. À n’en pas douter, ils sont ici plusieurs fois par semaine, une sorte d’amicale de retraités aquatiques, joignant les plaisirs du corps à ceux de l’esprit.
Budapest, le Paris de l’est, la grande dame du Danube, est une ville absolument étonnante.
Publié par jeanlemieux 