Les Gitans

Avant-hier soir, des échos de violon m’ont happé alors que je déambulais rue Celetna.

Par la vitrine d’un grand restaurant, j’aperçus un quatuor de musiciens s’exécutant devant une assemblée de dîneurs. J’entrai. Le violoniste, debout, le regard morne mais le geste superbe, maniait son instrument avec une virtuosité consommée. Un guitariste obèse syncopait un 4/4  savant. Un contrebassiste aussi imposant, de longs cheveux noués en une queue de cheval, tissait des lignes de basse originales et complexes, l’air profondement ennuyé. Enfin, un pianiste s’escrimait de façon compétente sur un clavier électronique.

Je commandai un verre. La majorité des clients, tout à leur repas, n’écoutaient guère. Ces musiciens qui, manifestement, arrondissaient leurs fins de mois en jouant pour les touristes, étaient pourtant extraordinaires d’invention et de précision. À leur allure, à la chaleur de leurs manières, à la liberté de leurs improvisions, au chromatisme audacieux de leurs solos, je conclus bientôt, peut-être à tort,  que le quatuor était composé de gitans.

Ils furent bientôt rejoints par un jeune accordéoniste, qui manifesta autant de virtuosité. Subjugué, je les écoutai jusqu’à la fermeture. Ils ramassèrent leurs instruments, échangeant rires, accolades et cigarettes, parlant dans une langue qui ne me paraissait pas être vraiment du tchèque.

Hier soir, je les ai encore aperçus par la vitrine. Ils étaient encore au poste, gagnant stoïquement leur vie en jouant pour les touristes de la vieille ville. Quelle était leur vie quand ils quittaient le ghetto touristique?

Huit à treize millions de Roms (ou Gitans ou Tsiganes) vivent à travers le monde. En République Tchèque, ils seraient entre 150,000 et 300,000. Depuis juillet 2009, le Canada impose un visa aux ressortissants tchèques, dans le but avoué d’endiguer une vague d’immigration de la part des Roms qui se disent persécutés. Le gouvernement tchèque dément que sa minorité fait l’objet de mauvais traitements.

One Response to Les Gitans

  1. Liceal dit :

    Première incursion sur votre blog. J’aime beaucoup votre écriture, que je connaissais un peu via vos mini-romans à la courte échelle.
    Les roms sont sans cesse repoussés. Peuple nomade, obligé de se sédentariser. Continuellement poursuivi par de multiples stéréotypes, dont celui de voleurs. Ils sont une image nostalgique de la liberté, du voyageur. Une image idéalisée par notre perception de « gadjo ».Ils ont aussi subi l’extermination nazie pendant la seconde guerre.
    Grâce et dénuement d’Alice Ferney est un roman remarquable mettant en scène une bibliothécaire qui se propose d’amener la lecture à un groupe de gitans. Un roman sans concession, bouleversant et qui nous fait prendre conscience de la lutte menée par ce peuple pour survivre mais surtout pour avoir le droit d’être un peuple libre, un peuple continuellement sur les routes, mais rattrapé par la course du monde.

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