Publiée par Morgane Marvier sur le site Carnets noirs, une entrevue audio réalisée à l’extérieur du Théâtre Lac-Brome.
Une vie avec Hemingway – 2 – «The Paris wife» de Paula McLain
5 juillet 2013Parmi les biographies romancées, on trouve du meilleur et du pire. The Paris wife de Paula McLain, traduit sous un titre, Madame Hemingway, inférieur à l’original, est un roman intéressant, qui donne un aperçu saisissant de ce qu’a pu être Hemingway pour ses proches.
Le livre est écrit au je, le point de vue étant celui de Hadley Richardson, la première épouse d’Hemingway, associée à sa période parisienne. L’auteur s’est astreinte à une recherche minutieuse et a littéralement moulé son récit sur la vie réelle du couple, documentée à partir des fonds disponibles, notamment la correspondance entre les jeunes époux.
Le résultat est, même pour un aficionado comme moi, empreint de vérité. Mieux, le point de vue subjectif permet de pénétrer à l’intérieur de la psyché troublée de l’écrivain, son rapport aux femmes, à sa famille, à la mort, à l’écriture. Avec minutie, on n’assiste aux fréquentations, aux fiançailles, au mariage, au déménagement à Paris, aux années de vaches maigres, aux premiers essais littéraires du jeune reporter, aux tensions grandissantes dans le couple, au recours de plus en plus fréquent à l’alcool, enfin à l’instauration de cet étrange ménage à trois entre Hemingway, Hadley et Pauline Pfeiffer, qui allait devenir sa deuxième femme, celle de Key West.
Quand on sait ce qui est advenu d’Hemingway après 1928, c’est avec tristesse que l’on assiste à l’éclatement de son premier mariage. Il publiera bien L’adieu aux armes en 1929, mais la meilleure partie de sa production et sa contribution la plus importante à la littérature datent des années parisiennes passées avec Hadley et son premier fils Jack dit Bumby. Par la suite, il devait devenir un pochard plus ou moins génial, se figer dans une caricature de lui-même, se prendre dans la toile de son mythe d’écrivain à succès.
Il dira un jour, dans un élan de nostalgie ou un éclair de lucidité: «J’aurais dû mourir avant d’aimer une autre femme qu’Hadley».
En avril 1961, alors qu’il travaillait à ce qui allait devenir, de façon posthume, Paris est une fête, Ernest Hemingway passa un rare, et dernier, appel téléphonique à Hadley. «Tu es partout dans ce livre», lui dit-il. Il allait se tuer quelques semaines plus tard. Certains penseront que, déprimé, il n’avait pu tolérer de revivre, par l’écriture, ses années de jeunesse.
Une vie avec Hemingway – 1 – L’adieu aux armes
1 juillet 2013L’été de mes quinze ans, j’ai découvert, entre autres choses, les grands romans.
Depuis l’enfance, je dévorais des livres de toutes sortes, romans d’aventure, policiers, biographies de musiciens, histoires de guerre, sans entrer en contact direct avec ce qui constituait le corpus des «auteurs de référence», les Russes, Tchekhov, Dostoievski, Tolstoi, les Américains, ceux de la «génération perdue» plus Steinbeck et Faulkner, et surtout les Français, de Ronsard aux Existentialistes en passant par les Lumières, les feuilletonnistes du XIXe, Gide et Saint-Exupéry.
De ces passages obligés, les auteurs québécois, encore «canadiens», formaient la portion congrue, tolérée, Laure Conan, Ringuet, Gabrielle Roy, Hubert Aquin, Victor-Lévy Beaulieu, Anne Hébert et, immanquable dans la mêlée, ce personnage, le docteur Ferron.
Cet été 69, marqué par la séparation des Beatles et le festival de Woodstock, je me procurai, coup sur coup, à l’aide d’une allocation spéciale de mes parents, qui ne me refusaient rien quand il s’agissait de livres, La Chartreuse de Parme, de Stendhal, et L’adieu aux armes, d’Ernest Hemingway. Du premier auteur, je reparlerai certainement un jour. Les deux romans, lus en quelques jours, l’un à la suite de l’autre, m’ont troublé. Je quittais, en même temps que la prime adolescence, l’univers de la littérature de genre pour pénétrer dans un autre monde, où les livres étaient plus dérangeants que divertissants.
L’adieu aux armes, l’histoire d’amour d’un jeune Américain engagé comme ambulancier sur le front italien pendant la Première Guerre et d’une infirmière britannique, demeure à ce jour un de mes romans préférés. Je l’ai lu quatre ou cinq fois, en anglais ou en français. S’y mêlent tous les ingrédients de la fiction romantique: la guerre, la mort, l’amour entre deux jeunes gens de nationalités différentes, en plus de cet élément essentiel, le ton, la signature Hemingway.
De cette première lecture est née ma fascination pour l’auteur, qui dure depuis 44 ans. Il n’est pas exagéré d’avancer qu’Ernest Hemingway, aujourd’hui hors de vogue, a marqué un demi-siècle de littérature américaine ou mondiale. Sa prose incisive, dénudée, répétitive, allusive a servi de modèle à des générations d’écrivains. Ses romans, encore plus ses nouvelles, reposent sur une structure arachnéenne. Est plus important ce qui est tu que ce qui est dit, ce qui arrive que ce qui est décrit. Il est l’inventeur de la célèbre théorie de l’iceberg, dont à peine 10% émerge de la surface. Le lecteur doit sentir l’iceberg sans qu’on lui montre.
Ma fascination pour Hemingway est d’autant plus prenante que sa notoriété repose sur un double paradoxe:
1) l’homme est aussi imbuvable que l’écrivain est important.
2) la qualité de sa production a décliné, plus ou moins brutalement selon les analystes, dès qu’il a atteint la trentaine. Il allait vivre, célébre, à Key West, à Cuba, en Idaho, sans compter les voyages en Afrique et en Europe, jusqu’à 61 ans, âge auquel il a imité son père en se tirant une balle dans la tête.
Hemingway, alcoolique, violent, narcissique, s’est marié quatre fois, le plus souvent après des épisodes de double vie plus ou moins déclarés. Il était mythomane, rancunier, peut-être bipolaire selon l’étiquette actuelle. Il a trahi ses conjointes, ses mentors, ses amis, et a terminé sa vie dans une triste paranoïa. Blessé pendant la première guerre, il souffrait probablement de syndrome de stress post-traumatique, avait bu tout sa vie de façon extravagante, avait subi plusieurs commotions cérébrales, et avait embarrassé l’armée américaine en s’improvisant officier lors de la libération de Paris.
D’abord journaliste, cet homme, qui se levait chaque matin pour travailler debout à un écritoire, posément, obstinément, un peu comme Flaubert, avait écrit, parmi des romans parfois ordinaires, de grands livres, Le soleil se lève aussi, L’Adieu aux armes, déjà cité, Le vieil homme et la mer, et cette dernière merveille, Paris est une fête, en plus des nouvelles, qui sont probablement ce qu’il a réussi de mieux.
Cet homme difficile, insupportable, conservateur, était aussi fragile, sujet aux cauchemars. Ce géant, au physique comme au moral, ne pouvait dormir dans le noir.
De ma fréquentation avec l’oeuvre est venue ma fascination pour l’homme et sa légende. J’ai lu de multiples biographies, relu ses livres les plus achevés, cherché à comprendre comment ça marchait. Aussi, comment cet homme issu de la bourgeoisie du Mid-West était-il devenu la première véritable star littéraire américaine?
Avec le temps, sa notoriété s’étiole. Il est maintenant un auteur de la première moitié du vingtième siècle, qui doit autant sa réputation à ses excès qu’à son oeuvre. A posteriori, sa vie de débutant fauché à Paris, ses parties de pêche à Cuba, ses safaris en Afrique, son rôle de correspondant de guerre, font partie d’un univers révolu, romantique, hollywoodien.
Ses enfants, ses petit-enfants, différents amis, sa dernière épouse ont écrit des livres relatant leur vie avec Papa, cet intéressant avatar d’Hemingway. Aucun de ces livres n’approche, par la charge émotionnelle, la justesse du portrait psychologique, la fidélité aux faits, le roman de Paula McLean, The Paris wife, traduit en français sous le titre Madame Hemingway.
Les printemps meurtriers de Knowlton prise 2
29 avril 2013C’est avec plaisir que je participerai cette année à la deuxième édition des Printemps meurtriers de Knowlton, du 17 au 19 mai.
Je participerai plus particulièrement à la rencontre L’influence des lieux, le dimanche 19 à 13 heures au Théâtre du Lac-Brome, en compagnie de Jacques Savoie et de Jacques Côté.
L’animation sera assurée par François Lévesque.
Ce festival est une occasion unique de rencontrer et de côtoyer des auteurs et des amateurs de polar. La formule est innovatrice et originale et le site, enchanteur.
«L’homme du jeudi» en nomination pour le prix du meilleur roman policier en français au Canada
20 avril 2013L’homme du jeudi, publié aux éditions de la courte échelle en avril 2012, est en nomination pour le Prix Arthur-Ellis, catégorie «best crime writing in french», en compagnie de quatre excellents romans:
Mario Bolduc, La Nuit des albinos: Sur les traces de Max O’Brien (Libre Expression)
André Jacques, De pierres et de sang (Druide)
Martin Michaud, Je me souviens (Goélette)
Richard Ste Marie, L’inaveu (Alire)
Le dévoilement aura lieu à Toronto le 30 mai. Le prix est remis, par vote de jury, par la Crime writers of Canada.
Machu Pichu: une merveille
13 avril 2013Beaucoup de choses ont été dites à propos du Machu Pichu, ce refuge inca perché à 3000 mètres d’altitude. Le site, «découvert» en 1911 par un explorateur américain, Hiran Bingham, est visité quotidiennement par plus de 2000 touristes ou randonneurs et a acquis une notoriété mondiale. Comme les pyramides d’Égypte, c’est un site à voir, une fois dans sa vie.
Cette notoriété se double d’un certain mysticisme. Machu Pichu, la place-forte ayant échappé aux Espagnols, est à la base du mythe de la cité perdue, repris dans d’innombrables récits d’aventure, que ce soit «Le temple du Soleil» d’Hergé, «Les mystérieuses cités d’or» ou encore la série des Indiana Jones, dont le personnage central aurait d »ailleurs été inspiré par Bingham. Les Incas, dynastie ayant à peine duré un siècle avant d’être matée par les Espagnols vers 1540, avaient un mode de vie qui peut paraître utopique. Adorateurs du Soleil, férus d’astronomie, vivant de troc, unis par une organisation sociale à la fois simple et raffinée, ils attirent la sympathie. On connaît peu leur mode de vie et leur histoire, principalement parce qu’ils n’utilisaient pas une langue écrite, mais des quipus, sorte de corde tissée de noeuds.
Le site lui-même est saisissant par sa situation. Perchées à flanc de montagnes couvertures de végétation touffue, au haut d’une rivière bouillonnante, entouré de sentiers serpentant entre les cimes, les ruines, étonnamment bien conservées dans ce pays sujet aux tremblements de terre, offrent un coup d’oeil inoubliable. On y trouve des merveilles d’invention, tel cette horloge solaire en granit dont les ombres indiquaient avec une précision confondante l’heure du jour.
Machu Pichu est évidemment envahi par des hordes de touristes, à tel point que l’ONU a recommandé de restreindre son accès à 2500 personnes par jour. Il semble que l’entreprise ait échoué l’an dernier, les touristes ayant fait une sorte de grève, bloquant l’accès des autobus. En haute saison, de juin à octobre, plus de 4000 personnes arpentent la cité perdue. Le plus beau chemin pour y accéder est par le Inca trail. Encore là, 500 personnes par jour prennent le départ de ce trek de quatre jours en montagne.
Sacsayhuaman ou le mystère inca
11 avril 2013À trois kilomètres au-dessus de Cuzco, au Pérou, à 3500 mètres d’altitude, les Incas ont bâti, au quinzième siècle, un gigantesque temple, Sacsayhuaman. La place centrale est entourée de trois rangées de murailles constituées de blocs de pierre colossaux, si habilement imbriqués qu’ils ne laissent passer aucun jour.
Certains de ces blocs pèsent des dizaines de tonnes. Comment les Incas, qui n’auraient pas connu la roue, les ont-ils montés, taillés, agencés?
Par ailleurs, comment peut-on conclure qu’ils ne connaissaient pas la roue?
Les Incas ont été balayés par la petite armée de Pizzaro, appuyée par des tribus rivales, et par les épidémies.
Que restera-t-il des monuments de notre civilisation dans six cent ans?
Prague et la question du parapluie
5 février 2013Voyage en Irlande avec un parapluie, de Louis Gauthier, m’a laissé une impression durable, si bien que je ne peux longtemps déambuler à l’étranger sous l’averse sans me replonger dans l’atmosphère de ce livre si particulier. En sandwich entre Le pont de Londres et Voyage au Portugal avec un Allemand, il allait constituer le triptyque Voyage en Inde avec un grand détour, dont je ne parlerai pas, sinon pour dire que c’est excellent et récemment pourvu d’un appendice, Voyage au Maghreb en l’an mil quatre cent de l’Hégire, l’auteur ayant de la suite dans les idées.
Je ne suis pas à Dublin, mais à Prague, hors saison, sous la pluie. Il s’agit d’une première. J’ai bien essayé, depuis quelques années, mais l’ondée, fréquente en ce climat maussade, pour des raisons inconnues me fuyait. Aujourd’hui, le ciel était sans équivoque: gris, lourd, lâchant sur les pavés et les clochetons, selon des humeurs imprévisibles, des averses qui assombrissaient le rouge des toits. C’était plus que de la bruine, moins que des hallebardes, bien que celles-ci eussent cadré dans le décor.
Trois degrés celsius, La pluie fine, froide, faisait roucouler les gouttières et gonflait la Vltava sous le pont Charles. Muni de l’accessoire idoine, à savoir un parapluie qui fait poc! en s’ouvrant, j’étais content, d’autant plus que la ville me présentait, au milieu de la soirée, son visage des petites heures: des rues discrètement éclairées par les réverbères, où se pressent quelques fêtards attardés. Je marchais, à travers Mala Strana, dans ce décor de théâtre, quand je remarquai ce fait singulier: la presque totalité des passants circulaient ou sous des tuques, ou sous des capuchons ou encore tête nue, faisant fi de l’eau qui leur dégoulinait dans le cou.
Disposais-je d’un échantillon représentatif? Sûrement pas. Je risque cette hypothèse: après plus de quatre cent ans de joug autrichien, allemand, soviétique, après les dernières convulsions de l’économie européenne, le Pragois moyen accueille la pluie avec un mépris tranquille. Ce sont là, sans doute, les élucubrations d’un étranger. Néanmoins, je pose la question: quelle est la relation entre la République Tchèque et le parapluie?
Mon défunt professeur, Jean-Marie Poupart, écrivait: «Vivre sans amour équivaut à marcher sous la pluie sans imperméable». Qu’en est-il de ceux qui vont sans parapluie?
Ferdinand von Schirach
14 janvier 2013Crimes, traduit chez Gallimard en 2011, est un recueil de nouvelles très particulier.
Paru en Allemagne en 2009 sous le titre Verbrechen, le livre est une collection de cas judiciaires, inspirés de l’expérience de l’auteur, un avocat criminaliste. Le tout serait sans intérêt sans le talent de von Schirach, qui réussit à pénétrer la psychologie des protagonistes. Il raconte l’histoire de ces criminels avec un style économe, ramassé, efficace, malgré tout émouvant. Au fil des pages, le lecteur découvre, en filigrane, une Allemagne moderne, multiculturelle, soumise à d’extraordinaires tensions sociales.
Le trésor de Brion maintenant en numérique
22 décembre 2012Le trésor de Brion, aux éditions Québec-Amérique, est maintenant disponible en format numérique.
Publié en 1995, réimprimé à plusieurs occasions, révisé en 2010, le roman raconte les aventures de Guillaume Cormier, 17 ans, pêcheur de moules à Havre-Aubert, et d’Aude Brousseau, son amoureuse de Québec, lancés sur la trace d’un trésor perdu au dix-huitième siècle.
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Publié par jeanlemieux