Une vie avec Hemingway – 2 – «The Paris wife» de Paula McLain

Parmi les biographies romancées, on trouve du meilleur et du pire. The Paris wife de Paula McLain, traduit sous un titre, Madame Hemingway, inférieur à l’original, est un roman intéressant, qui donne un aperçu saisissant de ce qu’a pu être Hemingway pour ses proches.

Le livre est écrit au je, le point de vue étant celui de Hadley Richardson, la première épouse d’Hemingway, associée à sa période parisienne. L’auteur s’est astreinte à une recherche minutieuse et a littéralement moulé son récit sur la vie réelle du couple, documentée à partir des fonds disponibles, notamment la correspondance entre les jeunes époux.

Le résultat est, même pour un aficionado comme moi, empreint de vérité. Mieux, le point de vue subjectif permet de pénétrer à l’intérieur de la psyché troublée de l’écrivain, son rapport aux femmes, à sa famille, à la mort, à l’écriture. Avec minutie, on n’assiste aux fréquentations, aux fiançailles, au mariage, au déménagement à Paris, aux années de vaches maigres, aux premiers essais littéraires du jeune reporter, aux tensions grandissantes dans le couple, au recours de plus en plus fréquent à l’alcool, enfin à l’instauration de cet étrange ménage à trois entre Hemingway, Hadley et Pauline Pfeiffer, qui allait devenir sa deuxième femme, celle de Key West.

Quand on sait ce qui est advenu d’Hemingway après 1928, c’est avec tristesse que l’on assiste à l’éclatement de son premier mariage. Il publiera bien L’adieu aux armes en 1929, mais la meilleure partie de sa production et sa contribution la plus importante à la littérature datent des années parisiennes passées avec Hadley et son premier fils Jack dit Bumby. Par la suite, il devait devenir un pochard plus ou moins génial, se figer dans une caricature de lui-même, se prendre dans la toile de son mythe d’écrivain à succès.

Il dira un jour, dans un élan de nostalgie ou un éclair de lucidité: «J’aurais dû mourir avant d’aimer une autre femme qu’Hadley».

En avril 1961, alors qu’il travaillait à ce qui allait devenir, de façon posthume, Paris est une fête, Ernest Hemingway passa un rare, et dernier, appel téléphonique à Hadley. «Tu es partout dans ce livre», lui dit-il. Il allait se tuer quelques semaines plus tard. Certains penseront que, déprimé, il n’avait pu tolérer de revivre, par l’écriture, ses années de jeunesse.

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