Prague et la question du parapluie

Voyage en Irlande avec un parapluie, de Louis Gauthier, m’a laissé une impression durable, si bien que je ne peux longtemps déambuler à l’étranger sous l’averse sans me replonger dans l’atmosphère de ce livre si particulier. En sandwich entre Le pont de Londres  et Voyage au Portugal avec un Allemand, il allait constituer le triptyque Voyage en Inde avec un grand détour, dont je ne parlerai pas, sinon pour dire que c’est excellent et récemment pourvu d’un appendice, Voyage au Maghreb en l’an mil quatre cent de l’Hégire, l’auteur ayant de la suite dans les idées.

Je ne suis pas à Dublin, mais à Prague, hors saison, sous la pluie. Il s’agit d’une première. J’ai bien essayé, depuis quelques années, mais l’ondée, fréquente en ce climat maussade, pour des raisons inconnues me fuyait. Aujourd’hui, le ciel était sans équivoque: gris, lourd, lâchant sur les pavés et les clochetons, selon des humeurs imprévisibles, des averses qui assombrissaient le rouge des toits. C’était plus que de la bruine, moins que des hallebardes, bien que celles-ci eussent cadré dans le décor.

Trois degrés celsius, La pluie fine, froide, faisait roucouler les gouttières et gonflait la Vltava sous le pont Charles. Muni de l’accessoire idoine, à savoir un parapluie qui fait poc! en s’ouvrant, j’étais content, d’autant plus que la ville me présentait, au milieu de la soirée, son visage des petites heures: des rues discrètement éclairées par les réverbères, où se pressent quelques fêtards attardés. Je marchais, à travers Mala Strana, dans ce décor de théâtre, quand je remarquai ce fait singulier: la presque totalité des passants circulaient ou sous des tuques, ou sous des capuchons ou encore tête nue, faisant fi de l’eau qui leur dégoulinait dans le cou.

Disposais-je d’un échantillon représentatif? Sûrement pas. Je risque cette hypothèse: après plus de quatre cent ans de joug autrichien, allemand, soviétique, après les dernières convulsions de l’économie européenne, le Pragois moyen accueille la pluie avec un mépris tranquille. Ce sont là, sans doute, les élucubrations d’un étranger. Néanmoins, je pose la question: quelle est la relation entre la République Tchèque et le parapluie?

Mon défunt professeur, Jean-Marie Poupart, écrivait: «Vivre sans amour équivaut à marcher sous la pluie sans imperméable». Qu’en est-il de ceux qui vont sans parapluie?

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