Surprenant à «Œuvres de chair» samedi le 22

19 octobre 2011

Samedi le 22 octobre, je participerai en compagnie d’une vingtaine d’écrivains à l’événement Œuvres de chair, dans le cadre du festival Québec en toutes lettres.
L’evenement se tiendra à l’hôtel Pur, au 395 de la Couronne, et sera constitué de deux segments.
Dès 19 heures, le premier, Tentative de séduction, consistera en une sorte de speed-dating littéraire, l’écrivain devant transmettre sa passion pour une œuvre en cinq minutes.
A partir de 21 heures, les visiteurs seront conviés a des Rendez-vous clandestins, des rencontres de type blind-date avec des auteurs dans des chambres.
Le sergent André Surprenant m’a assuré qu’il participerait a l’aventure.

http://www.quebecentouteslettres.com


«La peur de l’eau», adapté de «On finit toujours par payer», sur les écrans en janvier 2012.

17 septembre 2011

«La peur de l’eau», du réalisateur Gabriel Pelletier, sera lancé en janvier 2012.

Produit par Nicole Robert de Go Films, le long métrage a été tourné en majeure partie aux Îles-de-la-Madeleine en automne 2010. Il met en vedette, dans le rôle du sergent André Surprenant, Pierre-François Legendre. La distribution comprend Sandrine Bisson, Pascale Bussières, Isabelle Cyr, Normand D’Amour, Paul Doucet, Maxime Dumontier, Alexandre Goyette, Germain Houde, Michel Laperrière, Sylvain Vigneau et enfin Stéphanie Lapointe dans le rôle de Rosalie.

La musique est de Laurent Eyquem. Le groupe Karkwa a aussi participé à la trame sonore.

Le film sera distribué par Remstar.

Pour plus d’information:

http://www.facebook.com/Peurdeleau

 


Décalages

20 juillet 2011

Au retour d’un voyage de trois mois, le décalage horaire est beaucoup plus facile à gérer que le décalage du regard. On retrouve ses proches, sa maison, mais on a perdu son horizon mental. De la navigation hauturière, on passe au cabotage quotidien, avec son lot d’obligations. Il faut repeindre les cadres de fenêtre, décaper la porte d’entrée, payer les comptes, aller remplir les bonbonnes de propane et reprendre le travail.

Le manuscrit sur lequel on a travaillé en Espagne, en France et à Istanboul, et qu’on n’a pas lu depuis des semaines, attend une avant-dernière mise à niveau.

On jongle avec l’idée de reprendre et d’achever – finalement – cette histoire qui mène un de ses alter ego en Irlande.

On se dira que ça attendra la fin des chaleurs.

 


Je suis un nécessaire Wisigoth

10 juin 2011

Rome – est-il besoin de le rappeler? – est la Ville Éternelle.

Qui plus est, tous les chemins y mènent.

Aussi je ne suis guère surpris de m’y retrouver pour la troisième ou la quatrième fois, je ne suis pas certain, cette fois, décalage décisif, après vingt-huit ans de négligence.

Est-ce la maturité, cette engeance si trompeuse? J’ai presque l’impression de la voir pour de vrai, pour la première fois. Ce qui me frappe, c’est le côté tortue. Rome vit sous une carapace épaisse, d’où elle se permet d’observer en dilettante le flot des envahisseurs.

Rome, capitale de l’empire romain, puis siège des papes, puis capitale de la république italienne, a toujours envahi. Elle prétend toujours, d’une certaine façon, au titre de «Capitus Mundi». Pourtant, Rome a toujours été envahie. Par différentes hordes de barbares, à partir du Ve siècle, Vandales, Wisigoths et tutti quanti, puis par différents peuples, dont les Français pas plus tard qu’au XIXe, les Allemands et les Alliés au XXe.

Rome a toujours survécu miraculeusement, intégrant dans sa toile les reliefs de ces divers avatars, si bien qu’aujourd’hui la ville est une courtepointe d’éléments qui s’étalent sur vingt-cinq siècles.

Rome est aussi, beauté oblige, une des villes les plus visitées sur la planète. Curieusement, cela se passe assez bien. Les Romains, peuple marchand et éminemment pratique, ont depuis longtemps compris qu’ils ont besoin de la manne de ces bénins et nécessaires Wisigoths, qui ne menacent en rien la survie de leur carapace millénaire.


Une Ferrari sur la Staromestske Namesti, ou le billet de 200 kopecks, ou je ne sais pas pourquoi j’aime Prague

2 juin 2011

Dernier soir à Prague.

Dernier scotch dans ce café de la Staromestske où les serveurs cultivent d’authentiques sourires.

23 heures. La place de la Vieille-Ville est encombrée de touristes et d’indigènes, mais aussi de roadies qui démontent une scène, et un Rialto de pacotille, dans le sillage d’un spectacle donné par d’authentiques Italiens, commandité par un hôtel de luxe et je ne sais quels contribuables.

Soudain, Deus ex machina ou l’inverse, apparaît, montée sur un véhicule de remorquage, une vraie de vraie Ferrari. Stationnement interdit? Vol? Toujours est-il que le bolide rouge, frappé du célèbre cheval, est exhibé comme une prise par les employés de la fourrière municipale, probablement morts de rire.

La Ferrari sort du décor par la rue Dlouha. Rire féroces, libérateurs, de la clientèle du café, surtout des quelques Tchèques. Une Ferrari, remorquée, ça fait du bien. Surtout quand 40,000 personnes se sont massées, il y a deux semaines, sur la Place Saint-Wenceslas, pour protester contre la hausse du coût de la vie.

Devant moi, les fourmis oranges, multiples, employés municipaux dont le destin consiste à ramasser les dégâts, s’affairent à faire disparaître les détritus, résidus, traces, artéfacts qu’ont laissés derrière eux les dizaines de milliers de piétons, touristes, mendiants, travailleurs, hurluberlus, qui ont traversé la Staromestske Namesti aujourd’hui. Les Pragois n’en finissent plus de ramasser derrière la visite. Ils utilisent pour ce faire un arsenal sophistiqué, mais toujours orange: des pelles à angle droit, des petits traîneaux sur roulettes, des aspirateurs monoplace, des camions qui sentent le diesel, mais surtout une patience, ou une résignation, qui évoquent les années de noirceur autrichiennes, allemandes, soviétiques.

Patience qui n’est par ailleurs exempte d’une certaine rancœur. Les Tchèques sont «libres» depuis 1992, mais pas plus riches, enfin pour la plupart. La Terre déferle sur Prague mais les Tchèques, sauf les nantis, ne peuvent aller nulle part. D’où, possiblement, cette baboune post-communiste dont parlent les touristes sur la place de la Vieille Ville.

Je ne sais pas pourquoi j’aime Prague. La ville est en voie de venisification. Le sympathique orchestre de jazz du U Prince a disparu. Je soupçonne le clarinettiste d’avoir passé subrepticement l’instrument à gauche. Déjà, il y a deux ans, il devait s’asseoir entre ses solos.

Le centre-ville exhale certainement un charme singulier. Prague demeure pourtant, parmi les capitales européennes, une déesse mineure, d’abord par sa taille (1,300,000 habitants), puis par ce qu’il y a réellement à voir: à comparer avec Paris, Londres, Madrid, Rome, Vienne, Prague apparaît presque comme une ville provinciale. Quelques rues, quelques arrêts de métro, et on se retrouve en pleine tranquillité.

La capitale des rois de Bohême, ce nom l’indique plus que n’importe quoi, doit son attrait à un indicible charme. Mais aussi à ce fait historique: elle a été peu touchée par les deux grandes guerres du vingtième siècle. Le centre-ville est à peu près intact. Au confluent des influences allemandes et slaves, à mi-chemin entre Paris et Moscou sur un axe, entre Berlin et Vienne sur l’autre, la ville, chrétienne et juive, est en pleine Mitteleuropa. Il y flotte un parfum de grandeur passée, l’ombre des forêts qui l’ont toujours entourée, et le chant toujours présent de la Vltava, nom si imprononçable que les Allemands l’ont transformé en Moldaü.

On n’aime jamais autant que quand on ignore pourquoi.

Je pourrais parler des ombres, littéraires ou musicales. Kafka, mais aussi Mozart que les Pragois ont adulé. Et derrière lui, Da Ponte, Casanova, Dvorak, Kundera…

Je suis revenu de mon dernier séjour, en octobre 2009, avec un billet de 200 kopecks en poche. À Dorval, j’ai songé à le changer. Mais qu’est-ce que 200 kopecks? Un peu plus de dix dollars. J’ai rangé dans le tiroir de ma table de chevet, avec quelques euros, mon écusson de Champion peewee A 1966 et mon couteau suisse. Ce billet de 200 kopecks, un jour, peut-être, servirait.

Je prendrai l’avion demain avec un billet de 200 kopecks – qui sait, c’est peut-être le même? – dans mon portefeuille.


Les goélands d’Istamboul

26 Mai 2011

La nuit, les goélands tournent au-dessus de la Mosquée Bleue. Réfléchissant les feux des minarets, ils évoquent presque les jeux électroniques que vendent, jusque passé minuit, sur des étals de fortune, l’un ou l’autre des innombrables marchands de la rue.

Les goélands survolent aussi Sainte-Sophie, dont l’éclat, plus cuivré, les met moins en valeur. Parfois, ils échappent aux projecteurs et s’évadent, à tire d’aile, vers la Corne d’Or, le Bosphore ou la mer de Marmara.

Une ville vous atteint toujours comme une vague, plus ou moins forte ou émouvante. Istamboul est une vague de fond, partie d’aussi loin, d’aussi longtemps, que Constantinople. Le monde n’a pas de centre, mais, pendant des siècles, Byzance, puis Constantinople ont prétendu à ce titre.

L’empire ottoman, on a tendance à l’oublier, n’est tombé qu’il y a 89 ans. Les Turcs, eux, ne l’oublient pas. Istamboul, aujourd’hui, malgré les inégalités sociales, le conflit kurde et les tensions religieuses, affiche une vitalité stupéfiante. Istamboul n’est pas la Turquie. Dans sa partie européenne, pour le moins, Istamboul est résolument tournée vers l’Occident, à tel point qu’il faut se demander pendant combien de temps l’Europe se passera de ce pays de 78 millions d’habitants.

Quand j’entre dans Sainte-Sophie (qui est en fait Sainte Sagesse), consacrée en l’an 415, j’ai l’impression de sortir de la révolte des Patriotes. Au palais de Topkapi, le brasero offert par Louis XV à je ne sais quel Sultan, apparaît comme un exhibit récent. Dans ce contexte, la majorité de Stephen Harper et la fièvre orange qui a balayé le Québec apparaissent aussi fugaces que ces éclats d’ailes que j’entrevois dans le ciel d’Istamboul.

Dans le cas du gouvernement conservateur, je me garde une petite gêne. En 1453, quand Mehmet II a pris Constantinople, qui aurait dit que l’empire ottoman allait durer 469 ans?


Appel à tous: Fernandel à Iberville.

11 Mai 2011

Je déguste de la rascasse au basilic, Quai du Port, à Marseille, quand soudain, admirant la «Bonne Mère» de la cathédrale Notre-Dame-de-la-Garde, surgit dans mon cerveau embrumé par le Bandol, cet étrange souvenir: Fernandel à Iberville.

Fernand Joseph Désiré Contandin, dit Fernandel (1903-1971) vit le jour au 73 boulevard Clave, à Marseille. Chacun connaît sa carrière de comédien et de chanteur. Des profondeurs de mon enfance, je le vois sous les traits de Don Camillo, mais surtout dans son rôle dans La vache et le prisonnier, dans lequel il interprétait un Français fuyant les camps de travail allemands en compagnie d’une vache, seulement pour reprendre le train pour l’Allemagne quand il avait passé la frontière française.

Cet homme déambulant patiemment avec une brave vache me rappelait singulièrement, par ailleurs, mon grand-père Jos, lequel avait émigré de Farnham à Iberville à pied en convoyant la laiterie familiale.

Je tiens de source sûre que Fernandel, au faîte de sa gloire, dans les années 50 ou 60, alors que De Gaulle déclarait qu’il était le seul Français aussi célèbre que lui, s’est produit au Cercle Saint-Charles (dit «le Sacre Saint-Charles») à Iberville, hameau québécois des plus humbles.

La juxtaposition de Fernandel et du Sacre-Saint-Charles me laisse pantois.

Je lance donc un appel à tous: quelqu’un peut-il me confirmer que je n’ai pas la berlue?

M’est venu aussi un de mes remords les plus cuisants: Jacques Brel, lors de sa tournée d’adieu, a chanté à Saint-Jean, en 1968. Mon frère m’a signalé le fait. Je ne sais pas où j’en étais dans mes hormones, je n’y suis pas allé.


En regardant le rugby à Montpellier

6 Mai 2011

Vous entrez au Fitzpatrick, où vous avez déjà regardé le Barça étrangler le Real Madrid dans la demi-finale de la Ligue des Champions.

Le pub est sympathique. Pour peu, vous vous croiriez dans le Connemara plutôt qu’à Montpellier. Le serveur, irlandais de toute évidence, vous trouve rigolo quand vous commandez, en français, un Bushmills sans glace. Vous ne savez si c’est à cause de votre accent ou si c’est parce que le Bushmills straight est moins à la mode dans le Languedoc que dans les romans de Jack Higgins.

Dans l’espoir de venir à bout de vos profiterolles, vous vous plantez devant l’écran plat qui diffuse, en muet, le match de rugby qui oppose le Munster au Connaught. Vous êtes natif de Saint-Jean-sur-Richelieu, Québec. Tout ce que vous savez du rugby, c’est ce que Monsieur Brau, un coopérant français au caractère abrasif mais par ailleurs stimulant, vous a appris en trois séances en septembre 1967 au Séminaire. Alors, forcément, vous interprétez, vous extrapolez, et le plaisir de déduire les règles byzantines de ce sport viril vous rappelle le scrabble, vos quelques malheureuses expériences de «Meurtres et mystères», voire certains tournois arrosés de la Ligue Madelinienne de Tarot.

Mais voilà que vous entendez une flûte. Vous n’avez pas la berlue. Ce jeune homme et cette jeune fille, là, jouent un reel, d’abord de façon hésitante, puis honorablement. Personne n’écoute, pas plus que personne ne regarde le rugby. N’empêche! Le gars, là, sort une guitare accordée en DADGAD et, votre foi, tient son bout en accompagnant la flûtiste. Et un mec rapplique avec un étui de violon.

Ventre Saint-Gris! Ce cousin a une authentique swigne!

Salutations, pintes de Guinness, petit accord et ça repart à trois. La Banshee, et d’autres reels que vous avez déjà massacrés à la mandoline, un joueur de bodhran, le Connaught a perdu et vous allez rater votre train.

Vous rentrez à Sète par le 22h53, le cœur en Irlande.


Entre Georges, Georges et Georges

3 Mai 2011

Je suis à Sète, ville natale de Georges (Brassens). J’y suis déjà passé, brièvement, en 1974. Je me souvenais du cimetière marin, près de la Corniche. Georges B. n’y est pas, mais le lieu est touchant.

Je demeure dans un drôle d’hôtel, avec une courette intérieure et des clefs à peluche, qui me semble tout droit sorti d’un roman de Georges (Simenon). La ville a des allures provinciales. À vingt-trois heures, les volets sont fermés, les passants se font rares. Les petits bateaux de pêche tirent sur leurs amarres dans les canaux. Sous la pluie, les chalutiers dressent leurs ombres massives devant les quais luisants. On se croirait dans Le chien jaune ou Les demoiselles de Concarneau.

J’ai eu une pensée pour un autre Georges (Langford), auprès de qui, aux Îles-de-la-Madeleine, j’ai redécouvert le répertoire de Brassens que j’avais connu enfant, à des heures illicites, quand mon frère aîné bravait le couvre-feu familial. Par une curieux détour du destin, Georges B. était chanté aux Îles dans les années 70.

Entre tous ces Georges, il y a la mer, la poésie et du mystère.


Les grilles espagnoles

30 avril 2011

Je ne suis ni historien ni anthropologue.

En arpentant les étroites rues de Tolède, de Séville, de Ronda, je me suis plusieurs fois demandé pourquoi les fenêtres des maisons espagnoles, ces belles demeures blanches aux balcons ornés de fleurs, étaient si souvent garnies de grilles.

Noires, en fer forgé, elles constituent certainement un ornement, en plus de décourager les intrus. Mais pourquoi en installer à l’étage, où un voleur ne pourrait accéder qu’à l’aide d’une échelle? Faut-il en chercher l’origine dans les guerres contre les Maures? Faut-il remonter à l’Inquisition? Plus récemment, au triste régime de Franco?

L’Espagne voit, ou a vu, le monde extérieur à travers une grille.

Quand elles ne sont pas pourvues de grilles, les fenêtres des étages sont le plus souvent ceintes, à mi-hauteur, de ces garde-fous noirs, si jolis, qu’on retrouve aussi au Portugal. Patios et jardins intérieurs, univers clos, lourdes portes de bois bardées de ferrures: tout se passe comme s’il fallait séparer de façon claire le dedans du dehors, où l’ennemi peut toujours rôder.

Les grilles pourraient aussi exercer la fonction inverse: empêcher de sortir. Dans l’ancienne société puritaine, ultra-catholique, les jeunes filles y soupiraient peut-être dans l’attente de soupirants.