Le mort du chemin des Arsène finaliste au Prix du création littéraire de la ville de Québec

4 mars 2010

Le mort du chemin des Arsène est finaliste pour l’obtention du Prix de création littéraire de la ville de Québec (catégorie adulte), qui sera attribué le 30 mars prochain.

Les deux autres œuvres en lice sont Ce qui s’endigue, d’Annie Cloutier, paru chez Triptyque, et Le chat proverbial de Hans-Jürgen Greif, publié à L’instant même.

Dans la catégorie jeunesse, les trois œuvres finalistes sont:

Le naufrage d’un héros, de Diane Bergeron, Éditions Pierre Tisseyre

Aréna – tome 1 – Panache, de Sylvain Hotte, Les Intouchables

La nuit Woolf, de Lyne Richard, Québec Amérique.

Les prix de création littéraire de la ville de Québec sont décernés conjointement par la ville de Québec et le Salon international du livre de Québec.


J.D. Salinger : mourir deux fois

30 janvier 2010

L’écrivain J.D. Salinger est mort cette semaine dans sa retraite de Cornish, au New Hampshire. Il avait 91 ans.

Pour la majorité, il restera l’auteur de The catcher in the rye, roman publié en 1951 et vendu depuis à plus de 60 millions d’exemplaires. La narration inimitable de Holden Caulfield, dans un slang américain malheureusement galvaudé par les traductions françaises, a accompagné des générations de lecteurs et marqué la littérature de la deuxième moitié du vingtième siècle.

Le succès du livre a eu pour pendant l’éclipse prématurée de son auteur. Salinger, né à Manhattan d’un père juif et d’une mère irlando-écossaise, a peu publié. Un recueil de nouvelles écrites entre 1948 et 1953, Franny and Zooey en 1961 et Raise high the roof beam, carpenters et Seymour: an introduction en 1963. Ensuite, l’écrivain, fuyant la publicité, se réfugia dans sa propriété du New Hampshire, qu’il fit entourer d’une clôture haute de deux mètres. Les dernières oeuvres, courtes, de même que deux ou trois nouvelles, sont toutes centrées sur la famille Glass, et notamment Seymour Glass, qui se suicida peu après son mariage dans la mémorable nouvelle A perfect day for bananafish.

Comme tous les grands ermites, Salinger devint un mythe, d’autant plus que son œuvre maîtresse, The catcher in the rye, continuait à se vendre à plus de 250,000 exemplaires par année. La question qui hanta et qui hante toujours lecteurs et critiques est évidemment de savoir s’il continuait à travailler et si sa production demeurait d’aussi grande qualité. Selon la rumeur, Salinger a toujours écrit, en prétendant qu’il le faisait strictement pour lui et que ne pas publier lui procurait une grande paix. Toujours selon la légende, des manuscrits seraient enfermés dans un coffre-fort à Cornish. Sa carrière d’écrivain tronquée ne lui aura pas attiré que des éloges. Norman Mailer dira de lui: «Salinger est le plus grand esprit à n’être jamais sorti du collège.»

Parmi les éléments biographiques dignes de mention (ils sont nombreux), je note que Salinger a servi dans l’infanterie pendant la deuxième guerre mondiale. Il a notamment débarqué en Normandie, combattu la dernière grande offensive allemande dans les Ardennes et découvert les camps nazis en Allemagne. À la fin de la guerre, il a été traité pour «fatigue du combat», probablement un euphémisme pour le syndrome de stress post-traumatique. Selon divers exégètes, qui ont beau jeu, cette blessure psychologique ne serait pas étrangère au ton grinçant de l’œuvre et à la misanthropie de l’écrivain.

J’ai lu et relu Salinger, surtout dans la vingtaine. Plus que par Holden Caulfield, j’ai été marqué par la saga de la famille Glass et par l’énigmatique personnage de Seymour. La nouvelle A perfect day for bananafish et sa finale aussi simple que percutante sont gravées dans ma mémoire, de même que le chaud après-midi new-yorkais décrit dans Raise high the roof beam, carpenters.

Je ne sais si J.D. Salinger, ce drôle de pistolet, ce Ducharme avant l’heure, nous a ménagé quelques surprises. Je ne peux m’empêcher de l’espérer, bien que, à sa façon, il nous ait donné une leçon dans l’art d’utiliser, pour mettre en évidence cinq cents pages de prose, cinquante ans de silence.

(pour terminer, cette excellente notice nécrologique dans le New York Times)

http://www.nytimes.com/2010/01/29/books/29salinger.html?ref=obituaries


Interdire les feux de plage sur la Grave aux Iles-de-la-Madeleine: le triomphe de l’infantilisme

29 janvier 2010

Il existe aux Iles-de-la-Madeleine un site extraordinaire, appelé familièrement «la Grave».

Une grave, pour les Acadiens et probablement pour les Français du dix-huitième siècle en général, désignait une plage de galets propice au séchage du poisson, notamment de la morue. Il existe des «graves» ailleurs qu’aux Iles, il y en a une à Natashquan, par exemple.

La Grave, aux Iles, est située à Havre-Aubert, principal lieu de peuplement et chef-lieu de l’archipel jusqu’aux années soixante. Il s’agit d’une anse pierreuse, dessinant un magnifique arc-de-cercle entre les collines des Demoiselles à l’ouest et le Cap Gridley à l’est. Il y subsiste des salines, des magasins de l’en-premier, des premiers temps de la colonie acadienne. Certains bâtiments sont authentiques, d’autres ont été restaurés ou rebâtis selon des critères stricts, le lieu ayant été déclaré «site historique» par le ministère des Affaires Culturelles il y a plus de vingt ans.

La Grave est éminemment touristique. L’été, spécialement lors du festival acadien en août, on y vient de partout aux Iles pour célébrer, dans un lieu qui possède pour tout Madelinot une valeur spéciale, puisque tout un chacun possède au moins un ancêtre qui y a habité. Les beaux soirs, on fait parfois des feux de grève.

Il semblerait qu’un de ces feux ait un certain soir causé des soucis quant à la sécurité des vieux bâtiments historiques, bâtis en bois. Si bien que les élus et les instances gouvernementales mijotent un règlement visant à interdire carrément les feux de grève sur la Grave. Du moins, c’est ma compréhension du problème.

Un site «PROTEGEONS NOTRE DROIT DE FAIRE DE PETITS FEUX DE CAMP SUR LA GRAVE!!!» s’est constitué sur Facebook.

Il semblerait qu’on évalue la possibilité de faire des feux de camp, mais seulement dans des coupoles…

Le problème, comparé aux malheurs qui accablent Haïti ou l’avenir de la planète, est lilliputien.

Néanmoins, il témoigne d’un véritable cancer. Qu’on l’appelle «rectitude politique», « interventionnisme bête», «infantilisme», «psychose de la sécurité», il procède du même principe, omniprésent dans notre paysage politico-socio-culturel: les êtres humains sont irresponsables, il faut les règlementer.

Depuis trois cent ans, les Madelinots font des feux sur la grève. Pourrait-on, au lieu d’enfermer tout le monde dans un règlement bébête (et impossible à appliquer), faire un peu d’information sur les dangers particuliers que présentent les feux de camp près de bâtiments en bois? Est-ce trop simple? Les gens sont-ils trop idiots?

Si ce problème est lilliputien, il témoigne tout de même d’un fâcheux travers de notre monde aseptisé.


Jardin, grenier, dépotoir

12 janvier 2010

L’écrivain, cet animal mystérieux, est un omnivore.

Il se nourrit d’abord des mots des autres. Je ne connais pas d’écrivain qui n’ait été, à plein temps ou à certaines périodes de sa vie, un grand lecteur. Histoires, images, personnages entrent ainsi, pêle-mêle, dans une cuve à fermentation dont sortira, un jour, si l’apprenti possède le courage de se colleter quotidiennement avec le néant, une nouvelle fiction, laquelle nourrira à son tour d’autres accros de l’imaginaire.

J’ai parlé de fermentation. J’aurais pu employer les mots rumination, germination, synthèse, ou mutation. Tout artiste est un recycleur, voire un nécrophage, et je ne fais pas exception à la règle. J’erre depuis quelques semaines dans ce que je pourrais appeler mon jardin, mon grenier, mon dépotoir ou mon charnier. S’y trouvent, en divers états d’achèvement, mes fragments d’histoires. Certaines ont près de cent pages, d’autres se résument à un bref synopsis. Je relis. J’écris, bien sûr. Je rajoute des bouts à l’une ou à l’autre, les «essayant» comme s’il s’agissait de vêtements. Je pratique même des boutures, amalgamant deux mondes, transposant des lieux et des personnages, insufflant une nouvelle vie à un récit moribond.

De ce laboratoire jaillira bientôt, si les astres sont propices, une histoire qui de fraiera un chemin, de version en version, jusqu’à l’état de livre. À quoi reconnaitrai-je, parmi ces plantes plus ou moins vivaces qui encombrent mes serres, celle qui fleurira? Un jour, une histoire ou un projet s’impose, naturellement. Je sais alors que je ne pourrai trouver le repos que lorsque je l’aurai mené à terme.

En attendant, je poursuis mes expériences.


Les mystères de Ferron

14 décembre 2009

J’aime lire. J’aime aussi relire, mais pas n’importe quoi. Certains livres ont marqué mon parcours. J’aime les retrouver après cinq ou dix ans d’absence, pour respirer leur parfum ou sonder leur mystère.

J’ai beaucoup lu Ferron quand j’étais au collège. Un soir d’automne 1973, j’ai même eu l’occasion de l’apercevoir à un lancement aux Éditions du Jour, rue Saint-Denis. En compagnie de deux autres cégépiens, j’y avais été amené par Jean-Marie Poupart, notre professeur d’essai, qui avait eu la folle générosité de nous entasser dans sa Coccinelle.

Aussi impressionné qu’invisible, j’errais entre les célébrités, les beaux parleurs et les pique-assiettes.  Je reconnus Ferron, un verre de vin à la main, dans un coin de la pièce. Le front dégarni, très grand, les épaules voûtées comme un oiseau de proie, il souriait en écoutant discourir quelque prétendant au génie. Il m’avait paru absent, s’abandonnant à la fête par obligation ou par désoeuvrement, l’esprit occupé à autre chose, probablement aux dérives oniriques qu’il élaborait dans son cabinet entre deux patients.

J’avais déjà lu ses romans. L’un en particulier, Les confitures de coing, m’avait tant frappé que je lui avais consacré un long travail où je le comparais au Château de Kafka.

« J’eus l’impression, déjà éprouvée en mon adolescence, de disposer de moi, aussi libre qu’un dieu, au milieu d’un monde déférent, tout à ma dévotion. »

Le héros du récit est un banal fonctionnaire, François Ménard, habitant la Rive-Sud de Montréal. De l’autre côté du fleuve, illuminé dans une nuit peuplée d’engoulevents, se trouve le Château, qui n’est pas sans rappeler celui de Prague. Une nuit, Ménard est tiré de sa vie sans histoire par un coup de téléphone: il est convoqué à la morgue de Montréal, pour y rencontrer Frank Archibald Scott, sorte d’alter ego anglophone, pourtant originaire comme lui du comté de Maskinongé.

S’en suit une sorte de quête initiatique, qui tient à la fois de l’histoire, de la poésie, de l’autobiographie et de la psychanalyse, parsemée de trouvailles philosophiques et de traits d’esprit. Le tout est complexe, le caractère déjanté du récit se trouvant mis en relief par un style aussi sinueux que la Rivière du Loup, qui semble puiser ses racines, malgré quelques néologismes, dans le dix-huitième siècle. Frank Archibald Scott finira empoisonné, ce qui fournira au narrateur à la fois sa revanche et sa rédemption.

La place de Jacques Ferron dans la littérature française est unique. Je mentirais si je prétendais qu’il n’a eu aucune influence dans mon choix de choisir la médecine plutôt que la littérature quand j’ai quitté le cégep. Ai-je bien fait? Ce soir encore, tandis que j’écris ces paragraphes entre deux patients, il ne me vient aucune réponse simple.

Après tout, la vie ne l’est pas.


Au salon du livre de Montréal

15 novembre 2009

Je participerai au salon du livre de Montréal cette semaine.

Je serai au stand des Éditions de la courte échelle samedi le 21 de 13 à 15 heures et de 19h30 à 20h30.

Dimanche le 22, je serai présent de 14 à 16 heures.

De plus, je participerai à l’animation À quelle famille appartenez-vous? à la Grande Place samedi de 18 à 19h30 en compagnie de Myriam Beaudoin, Alain Farah, Dominique Fortier, Michèle Plomer et Michel Rabagliati. Jean Fugère animera l’événement.


Le chasseur de pistou finaliste au prix Tamarack 2010

2 novembre 2009

Le chasseur de pistou, paru à la courte échelle en 2007 dans la collection Premier roman, est finaliste pour le Prix Tamarack en Ontario.

Ce prix est relié au programme La forêt de la lecture, qui invite les jeunes de l’Ontario à lire en leur permettant de voter pour leurs livres préférés (romans ou documentaires) parmi une sélection des meilleurs romans canadiens rédigés en français.


Temps perdus en Syldavie

24 octobre 2009

Samedi, onze heures. Je sirote un café sur Staromestski Namesti, la place de la vieille ville, sous un brûleur qui réchauffe doucement l’air d’octobre.

Je perds mon temps. Je ne me précipite pas vers un musée, une tour, un parc, une promenade en bateau sur la Vlatva. Je sirote un café et j’écris ce post sur la page-titre d’un exemplaire écorné des Lettres à Lucilius de Sénèque.

En effet, notre erreur est de ne voir la mort que devant nous, alors qu’elle est ne grande partie derrière: son domaine est le passé. Agis donc, cher Lucilius, comme tu me l’as écris: saisis-toi de tous les instants.

Ce petit livre traîne depuis plus d’un an dans la poche gauche de mon parka. J’en parcours quelques lignes chez le dentiste, dans l’autobus, entre deux rendez-vous, en un mot dans les trous que me laisse le tyran Agenda.

Que faire de ce temps, denrée si précieuse? Pourquoi le consacrer à forger de la fiction dans un univers qui se désagrège?

Franz Kafka est mort de la tuberculose à quarante-et-un ans. Il a passé presque toute sa vie à grandir, étudier, travailler, écrire autour de cette place de la vieille ville de Prague. La ville ne se gêne pas pour récupérer son ombre. Kafka in Prague. On trouve son image quasi chaplinesque, cette silhouette noire avec un chapeau, sur des posters, des tasses, des t-shirts. Avant de mourir, Kafka avait ordonné à son ami Max Brod de brûler tous ses manuscrits. Brod n’en a rien fait. J’allais écrire heureusement, sans y réfléchir. En quoi l’œuvre de cet homme torturé, ce long délire auto-accusatoire qui préfigure les grands totalitarismes du vingtième siècle, nous aide-t-elle à vivre?

Sénèque aurait-il jugé que Kafka avait perdu son temps en alignant ses mots? Pendant que je perds le mien en notant ces pensées dans un petit livre écorné, je n’ai d’autre réponse que celle-ci: les mots sont des détonateurs subtils, consolants et subversifs, qui possèdent parfois le pouvoir de durer et d’infléchir la marche du monde.

À défaut, ils nous en laissent l’illusion, ce qui n’est pas rien.


Les bains Széchenyi à Budapest

21 octobre 2009

Les Turcs ont occupé Budapest pendant plus de cent cinquante ans aux seizième et dix-septième siècles. À part le culte du café, ils ont laissé aux Hongrois des bains thermaux.

Hier donc, je me présente aux bains Széchenyi, situés dans le Varosliget, le grand parc central de la ville. Il fait six ou sept degrés celsius. N’empêche, le vaste bassin d’eau chaude, d’où s’échappe une vapeur dense, est envahi par des cohortes de baigneurs béats. J’enfile mon maillot, traverse des salles semées de bains de diverses températures, puis l’espace inhospitalier qui me sépare du spa géant, turquoise sous le ciel gris.

Miracle! L’eau de source, la plus chaude de la ville, m’enveloppe de sa douceur minérale. Je fais quelques brasses dans la buée, me laisse asperger par les jets qui jaillissent des figures sculptées ou du fond de tuiles bleues: c’est le pied, comme disent les Cousins. Le plus intéressant demeure d’observer la faune ambiante. Ils est facile de distinguer les touristes des locaux. Les premiers exhibent, à des degrés divers, tous les signes de l’hésitation ou du ravissement. Les seconds devisent avec leurs voisins, tranquillement, avec une familiarité créée par une longue habitude.

Dans un coin de la piscine, des hommes âgés, immergés jusqu’aux omoplates, jouent aux échecs. Les pièces sont en plastique, de même que l’échiquier déplié sur une rampe de pierre. Je les observe. Ce sont d’excellents joueurs. À n’en pas douter, ils sont ici plusieurs fois par semaine, une sorte d’amicale de retraités aquatiques, joignant les plaisirs du corps à ceux de l’esprit.

Budapest, le Paris de l’est, la grande dame du Danube, est une ville absolument étonnante.


Vendredi soir à Cracovie

19 octobre 2009

Vendredi soir, 20 heures, je déguste une Zywiec dans un bar sur le Rynek Główny, la grande place du marché de Cracovie.

Le bar, très éclairé, est minuscule, cinq mètres sur quatre, et pourvu de trois îlots et de hauts tabourets. Le tenancier, impeccable dans son veston de tweed boutonné, officie derrière son zinc. De deux petits haut-parleurs s’échappent des chansons à la fois mélancoliques et vigoureuses, scandées par une chanteuse polonaise à la voix généreuse. Si j’en juge mon voisin de droite qui en chantent toutes les strophes comme s’il les avait apprises à la maternelle, ces chansons sont ou folkloriques ou populaires ou les deux.

Mon voisin de droite, de toute évidence plus tout à fait à jeun, semble fermement décidé à célébrer la fin de sa semaine de travail, voire à conquérir le coeur d’une femme dans la trentaine, légèrement boulotte et qui s’amuse comme une folle en reprenant, chacun le devine, les refrains des chansons déferlant par les haut-parleurs. Mon voisin chante de plus en plus fort, il mime le jeu du violoniste, du guitariste, ce qui déclenche les sourires amusés des autres buveurs, lesquels semblent connaître Andrzej – je connais maintenant le prénom de la vedette – depuis belle lurette, qui sait? peut-être depuis la maternelle.

Andrzej, transporté, se met périlleusement debout sur le tabouret, à un mètre du sol et continue de hurler de plus belle. La belle tourbillonne, rit, l’aubergiste émet un avertissement qui semble plutôt bonhomme, les buveurs rient de plus belle et se mettent à chantonner eux aussi. De mon côté, j’évalue les possibles points de chute du vociférant, prêt à nous éviter, lui et moi, une fracture du fémur ou du crâne s’il s’avisait de tomber dans ma direction.

La porte s’ouvre, Deux policiers entrent. Alors que je pense qu’ils vont suggérer au funambule de cesser son cirque, ils le contournent sans lui prêter attention, échangent quelques mots avec l’homme au veston de tweed puis disparaissent sans mot dire, engoncés dans leur veste pare-balles.

J’ai le temps de finir ma bière avant qu’Andrzej, possiblement pris d’une crampe ou désireux de reprendre une gorgée de son étrange shooter violet, ne descende de son perchoir. Derrière les vitres, des groupes de jeunes habillés à la dernière mode occidentale arpentent la grande place de Cracovie. La chanteuse à la voix généreuse entonne une autre chanson ténébreuse.

C’est vendredi soir à Cracovie. J’ai croisé bien des ivrognes dans ma vie. Aucun n’était si triste ou heureux qu’Andrzej.