Mankell, Wallander et Surprenant

20 juin 2026

J’ai toujours été un lecteur éclectique, variant la littérature dite sérieuse avec celle dite de genre. Pour des raisons que j’ignore, je suis peu attiré par la science-fiction. Enfant et adolescent, j’ai été introduit aux livres par la bande dessinée et les récits de guerre et d’aventure, notamment Tintin, Bob Morane et Arsène Lupin. À partir de l’âge de quinze ans, je me suis aventuré dans les auteurs classiques, français, anglais, américains, russes, tout en restant drogué aux polars.

Parmi ceux-ci, après l’inévitable passage par Conan Doyle, Agatha Christie, Chandler, Hammett, je me suis plongé, jeune adulte, dans les maîtres contemporains. Il y avait Japrisot, il y avait ce jeune loup qu’était à l’époque Michael Connelly, il y avait cette dame anglaise dont j’enviais l’élégance du style, P.D. James, il y avait aussi le maître suédois qu’est devenu au fil des ans Henning Mankell.

Je crois avoir lu tous ses polars. J’ai lu aussi plusieurs de ses romans, dont les excellents Profondeurs et Les chaussures italiennes. Dans les années 1990, la suite de polars mettant en scène l’enquêteur d’Istad, Kurt Wallander, est devenue un succès universel. Elle ne réinventait pas le genre, mais cristallisait son héros en une sorte de Maigret nordique, en plus obstiné et taciturne. À la fin d’un des derniers de la série, Une main encombrante, en 2012, après avoir spécifié qu’il ne publierait plus d’autres Wallander, Mankell revient sur la création de son personnage récurrent, aussi sur leur relation longue et, il faut le dire, malaisée.

«Dès le début de ma promenade printanière dans les champs autour de chez moi, je m’étais dit que j’allais créer un personnage qui me ressemblerait, et ressemblerait aussi au lecteur. Quelqu’un qui évoluerait sans cesse, mentalement et physiquement.»

«Il existe d’autres raisons qui font que Kurt Wallander a touché tant de lecteurs. Mais son aptitude au changement, voilà ce qui me paraît essentiel. C’est très simple, au fond: je ne peux écrire que des livres que j’ai moi-même envie de lire. Un livre où je saurais déjà, au bout d’un chapitre, tout ce qu’il y a à savoir sur le personnage principal, où je comprendrais qu’il ne va rien lui arriver d’important au cours des cent ou mille prochaines pages, c’est un livre que je n’ai pas envie de lire.»

En lisant hier Une main encombrante, paru il y a plus de vingt ans, peu de temps avant le décès de Mankell d’un cancer à l’âge de 67 ans, je pensais curieusement que Kurt Wallander me paraît aujourd’hui assez peu capable de changer. Son père qui peignait toujours des coqs de bruyère est décédé. Sa fille Linda vit avec lui et travaille dans la police, mais leur relation est, comme toujours toujours, tendue. Il est séparé de son épouse depuis longtemps, n’est pas en bons termes avec elle, ne cherche pas à rencontrer quelqu’un d’autre. Il pense plutôt à trouver une nouvelle maison et à adopter un chien. Partout éclate sa fatigue, couplée à sa proverbiale opiniâtreté. En un mot, Wallander, à la fin de sa carrière d’enquêteur, est un grincheux auquel il est difficile de s’attacher. Ce n’est pas une critique. C’est plutôt l’évolution d’un personnage dont son créateur, lui-même aux prises avec la maladie et père d’une œuvre diversifiée, souhaitait peut-être se débarrasser. D’ailleurs, à la fin de L’Homme inquiet, le dernier tome de la série, Wallander commence à souffrir d’une maladie cognitive, comme si Mankell voulait s’assurer qu’il ne reviendrait pas.

Mankell, grand écrivain, a réussi à rendre inoubliable un personnage ordinaire, aigri et sombre, qui ne fait à peu près jamais preuve de fantaisie. J’essaie d’imaginer une situation où j’irais prendre un verre avec Wallander. Serait-il aimable ou même accessible? Peut-être couperait-il court à la rencontre au bout de dix minutes pour aller réfléchir à son enquête dans son bureau ou à son appartement de Mariagatan qui n’est jamais décrit?

J’ai créé le personnage d’André Surprenant un matin d’automne 2002. Ça s’est fait en quelques minutes.

«Le vendredi 19, le sergent-détective André Surprenant se leva tôt, fit deux fois le tour du Gros-Cap à bicyclette, déjeuna avec appétit et se présenta au poste de la Sûreté avant huit heures. Grand, mince, la démarche souple et le cheveu de jais, il se faisait régulièrement demander s’il avait du sang indien.»

Je ne savais pas encore que je commençais une série, mais je doutais, ou j’espérais peut-être, que ça pouvait être le cas. Aussi lui ai-je donné une enfance et des goûts qui ressemblaient un peu aux miens. J’avançais instinctivement, mais les puissants modèles, Wallander, Dalgleish (P.D. James), Brunetti (Donna Leon), Maigret, Bosch (Connelly), étaient là, comme une tablée d’oncles disparates. D’emblée, j’ai eu l’envie de singulariser quelque peu Surprenant en le dotant d’un esprit plus intuitif que méthodique, un caractère un peu rebelle, ainsi qu’une âme fragile et sensible. Surprenant joue du piano, écoute de la musique classique, s’attache au sens caché des mots, éprouve de l’empathie pour les victimes, même pour les meurtriers. Il joue au hockey aussi, ça servira. Enfin, Surprenant est un amoureux partagé entre la mère de ses deux enfants et cette Geneviève Savoie monoparentale qui est sous ses ordres.

Pourquoi ressusciter Wallander ce matin? Je relis régulièrement des classiques du genre, du Faucon maltais de Hammet à Sea of troubles de Donna Leon aux Morts de la Saint-Jean de Mankell au Chien des Baskerville de Conan Doyle. Je le fais souvent avant de m’attaquer à un nouveau polar. Nihil novum sub sole. Les styles et les intrigues s’articulent autour de schémas millénaires. Il y a aussi Homère, Sophocle et Shakespeare. Mon Surprenant né en 1961 à Iberville est un personnage qui évolue. Le dernier livre le montre à 54 ans, un genou fragile, plus aussi mince, mais toujours amoureux de sa Geneviève, touché par le sort des migrants et des femmes exposées à la violence domestique. Où s’en va-t-il? Que deviendra-t-il? La machine est en marche. Je m’éveille le matin au milieu d’idées dérivant sur des rêves.

En pensant à Mankell et à P.D. James, mes maîtres d’il y a trente ans dont les étoiles diminuent, il me vient aussi cette pensée: les livres s’apparentent à la chanson, cet art évanescent qui meuble notre quotidien mais qui s’inscrit peu dans la durée. Pour une mélodie qui est reprise et qui résiste à deux ou trois décennies, combien de milliers d’autres sombrent dans l’oubli? Combien de ces personnages de roman, ces ombres chatoyantes que chaque lecteur échafaude en solo dans sa tête, s’incrusteront dans la psyché populaire?

Très, très peu. C’est pire que les spermatozoïdes. Alors chapeau et merci, monsieur Mankell. Votre minimaliste Kurt Wallander obstiné et grognon parcourt toujours la Scanie en cherchant la clé de l’énigme.


«Un monde sans dieux»: vivre avec le livre qui vient de paraître

13 juin 2026

Un monde sans dieux, le neuvième Surprenant est paru le 31 mars dernier, il y a deux mois et demi. Le roman est encore en évidence en librairie, mais la vague de recensions et d’entrevues est passée. Le livre vit sa vie d’objet d’art itinérant, acheté, emprunté en bibliothèque, passé de main à main entre amies. J’emploie le féminin à dessein, la majorité de mes lecteurs étant des lectrices.

J’ai terminé un manuscrit qui restera peut-être dans les cartons, dans ce grenier de récits qui sert de réserve pour des livres à venir. Le prochain Surprenant est dans sa phase de gestation, des idées, des impressions se greffant insensiblement à un noyau original. Je n’ai pas relu Un monde sans dieux depuis que je l’ai traversé une dernière fois, muni des précieux conseils de la réviseure, en novembre dernier. Je vis une période de décantation, le dernier livre se déposant de façon inégale sur le fond de mes souvenirs. Certaines péripéties pâlissent, sombrent dans des fosses océanes dont seule la lecture pourrait les repêcher. Des scènes et des personnages demeurent plus vivants, sentinelles postées sur les remparts de l’oubli. Ainsi, des livres passés, l’écrivain chérit certains passages qui le ramènent le plus souvent à une émotion.

Dans le cas d’Un monde sans dieux, je crois que ce qui reste de plus cher, ce sont les scènes où Surprenant et Geneviève rencontrent Jessica Bessette, cette libraire impliquée dans la vie du père Francisco Bernal d’une façon que je ne divulgâcherai pas ici. Ce personnage m’a amenée dans des zones inédites, qui regardent aussi le couple Geneviève-Surprenant. C’est le miracle de l’écriture: certains épisodes du neuvième Surprenant apporte un regard nouveau sur une relation qui naît dans le premier et qui constitue l’épine dorsale de la série.

Cette Jessica Bessette, je m’en ennuie. J’aimerais savoir ce qu’elle est devenue. J’aimerais prendre un verre, un café, avec elle près du Richelieu, ma rivière natale.

Parce que la série Surprenant, c’est avant tout, du moins j’espère, une galerie de personnages qui n’existent pas seulement dans mon fichier-maître mais aussi dans mon cœur.


Belle recension de Norbert Spehner sur le site «Huis clos»

19 avril 2026

Dans l’univers du polar québécois et de l’Amérique française, Norbert Spehner n’a plus besoin de présentation. Depuis plus de trente ans, il recense, répertorie, dissèque, analyse l’évolution de la littérature policière et fantastique d’ici, avec une constance et un zèle exemplaires. Norbert, comme chacun l’appelle familièrement, n’est pas un lecteur complaisant. Il met parfois en scène son avatar, le pinailleur, qui ramène gentiment, comme un chien de berger, ses ouailles aux bases de la narration efficace et élégante.

Nous lui devons entre autres Le Détectionnaire paru en 2016, véritable bible des personnages composant l’imaginaire policier d’ici.

Voici sa récente recension de Un monde sans dieux.

«LE CAS DU PRÊTRE ASSASSINÉ:

UNE ENQUÊTE DU SERGENT-DÉTECTIVE SURPRENANT

En 1991, alors que je faisais mes recherches qui devaient aboutir avec la publication du premier tome de la série « Le roman policier en Amérique française », j’ai découvert « La lune rouge », premier polar de Jean Lemieux. En ce début des années 90, dans le désert relatif de la production policière de l’époque (si on compare à aujourdhui), alors que le genre avait encore du mal à s’imposer dans un univers d’éditeurs réticents, j’ai été impressionné par la qualité de ce récit captivant dont l’action se passe aux îles de la Madeleine. Deux femmes ont été assassinées et le docteur (tiens donc…) François Robidoux mène l’enquête. Il faudra attendre 2003 pour que paraisse « On finit toujours par payer », la première enquête d’André Surprenant, dont l’action se passe aussi aux Îles. Depuis, j’ai lu tous les romans de cette excellente série, dont ce neuvième volet, « Un monde sans Dieux » qui vient de paraître.

Le meurtre d’un prêtre, le 8 novembre 2015, est le point de départ de cette intrigue dont l’action se passe principalement à Montréal, avec des visites de témoins à Chambly, Rivière-des-Prairies, et des liens avec la Colombie, pays d’origine de la victime.

Qui a assassiné le père Francisco Bernal, alias Père Paco, l’ami des défavorisés du sud-est de Montréal, et dont le cadavre, lardé de coups de couteau, a été retrouvé derrière l’église Notre-Dame-de-Guadalupe ? Qui pouvait bien en vouloir à cet homme engagé, grand défenseur des prostituées, des itinérants et des travailleurs saisonniers exploités par des employeurs sans scrupules ?

En fouillant le passé du « prêtre en bicycle » , l’enquêteur et ses collègues découvrent qu’il avait été journaliste en Colombie,, qu’il enquêtait sur les cartels et qu’en représailles, ces derniers avaient enlevé et probablement exécuté son épouse Dolores ! Cette tragédie a eu deux conséquences: sa fuite au Canada et sa vocation de prêtre. Mais il y a plus…Il fréquentait Jessica, une libraire de Chambly et s’apprêtait à défroquer pour vivre avec elle ! Deux hommes s’objectaient vivement à cette relation: le frère de Jessica, un hommme brutal et sans scrupules, qui pratique l’exploitation éhontée de migrants, et son ex-mari, un type vindicatif et jaloux. Les deux hommes deviennent des suspects potentiels !

Mais Surprenant et son équipe ne sont pas au bout de leurs peines, car une jeune prostituée mexicaine, une protégée de la victime, disparaît, ce qui met un caïd local, chef des Bleus, trafiquant de drogue et tenancier de bordel, dans la ligne de mire des policiers ! De plus, un cas de corruption au sein du groupe de flics, et le meurtre du ripou concerné viennent compliquer leur tâche.

Sans être un thriller haletant, avec fusillades, poursuites et tout le boum boum pas toujours intéressant, « Un monde sans dieux » (plus relax) est plutôt un modèle exemplaire et captivant de roman policier de procédure policière dont les héros ne sont ni des Sherlock Holmes ni des Harry Callahan*, mais des professionnels qui agissent méthodiquement, patiemment, selon les règles du genre: examen minutieux des scènes de crime (où Surprenant éprouve une curieuse impression de déjà vu *), autopsie, interrogatoires de témoins et de suspects, etc…Avec en prime, un dénouement crédible et satisfaisant.

Les personnages sont « réels » et bien typés, pas des clichés sur patte. Ils évoluent dans un contexte réaliste, et mènent leurs investigations sans abus de technologie miracle ! L’auteur en profite aussi pour évoquer quelques maux de notre époque troublée, « ce monde sans dieux » qui hante les personnages: trafic de drogue et d’êtres humains, itinérance et misère humaine dans les grandes villes, problèmes d’intégration et exploitation des immigrants, etc…

Un autre bon roman de cette série qui a été adaptée à la télé en 2023 par Yannick Savard et écrite par Marie-Ève Bourassa et Maureen Martineau.

UN MONDE SANS DIEUX, de Jean Lemieux, Montréal, Québec Amérique, 2026, 304 pages.

note 9/10

Harry Callahan : flic incarné par Clint Eastwood, du genre qui tire d’abord et qui cause (peu) ensuite !

LE COIN DU PINAILLEUR:

Petite coquetterie littéraire: L’impression de déjà vu que l’enquêteur ressent, notamment sur la première scène de crime, est reliée à un épisode de « Chronique d’une mort annoncée », de Gabriel Garcia Marquez qui semble être un des romans favoris de Surprenant (et celui de Lemieux ?). Mais le lien avec l’intrigue, quoique souvent évoqué, va s’avérer plutôt ténu et un peu décevant…»


«Un monde sans dieux»: excellente critique de Michel Bélair dans Le Devoir

4 avril 2026

«André Surprenant vieillit bien. Pas facilement, mais bien. On le connaît depuis ses débuts avec la Sûreté du Québec, aux îles de la Madeleine — où il menait d’ailleurs sa précédente enquête, L’affaire des Montants, prix Saint-Pacôme 2025 —, puis à Québec, avant qu’il passe au Service de police de la Ville de Montréal comme sergent détective à l’escouade des crimes majeurs. On le retrouve ici, au milieu de la cinquantaine, dans sa neuvième enquête depuis que Jean Lemieux raconte ses histoires. Surprenant n’a rien du superhéros, on le sait. C’est plutôt un homme complexe, intelligent, conscient du monde écartelé dans lequel nous vivons de plus en plus ; jusqu’à un certain point, on peut penser qu’il est aussi le complice de son créateur…

C’est alors qu’il est plongé avec sa famille élargie dans la fête d’anniversaire de sa blonde, au beau milieu de la vraie vie ordinaire, que le téléphone ramène brutalement le détective à sa vie de policier. On vient de retrouver, derrière son église du Centre-Sud de Montréal, près du Village, le corps sans vie du père Paco, le « prêtre en bicycle » défenseur des démunis en tous genres. Un personnage de tous les combats prenant tout autant le parti des travailleurs étrangers que des prostituées du quartier et des minorités sexuelles. Un homme engagé. Dérangeant. Le genre d’affaire, donc, qu’on ne peut pas donner à quelqu’un d’autre, quelles que soient les circonstances.

Sur place, sous la pluie froide, Surprenant éprouve une impression de déjà-vu en analysant la scène de crime ; cela le poursuivra tout au long de l’enquête et fera en sorte que Gabriel García Márquez (!) devienne presque un témoin clé de toute cette histoire qui se déroulera sur plusieurs niveaux à la fois. L’enquêteur et son équipe ne mettront pas beaucoup de temps à découvrir le passé militant du père Paco, ancien journaliste d’enquête en Colombie, devenu prêtre à la suite de l’enlèvement de sa femme par un puissant cartel. Son militantisme a trouvé à s’exprimer au Québec quand l’homme d’Église a constaté le traitement que certains exploitants agricoles font subir aux travailleurs étrangers. En fouillant un peu, Surprenant découvre que Paco faisait aussi pression sur les caïds du quartier, de même qu’il fréquentait assidûment une libraire mère de deux enfants et qu’il s’apprêtait à défroquer. Ce ne sont donc pas les coupables possibles qui manquent.

Comme à l’habitude, André Surprenant ne se contente pas d’enquêter, car c’est lorsque tout est en jeu qu’il ressemble le plus à son alter ego, Jean Lemieux. Le policier pense, analyse, ressent, bref, il vit en faisant percevoir au lecteur, grâce à son humour implacable et à son sens aigu du mot juste, la complexité du monde qui nous entoure. Évidemment, l’intrigue est solidement construite et, bien sûr, il trouvera le coupable, mais ce n’est pas le plus important ici. C’est plutôt qu’Un monde sans dieux s’impose tout au long comme une sorte de leçon de vie toute simple permettant de mieux négocier le monde de tous les jours. C’est énorme.»

Michel Bélair, Le Devoir, 4 avril 2026


Le fichier-maître et le clan Surprenant

27 février 2025

Le dernier Surprenant paru en octobre dernier, L’Affaire des Montants, était le huitième. J’élabore actuellement l’intrigue du neuvième. Pour ce faire, je mets à jour un fichier-maître, sorte de tableau de bord sur lequel j’inscris l’essentiel des données relatives aux multiples personnages de la série et aussi de mes autres romans.

Ce fichier Word compte plus de 130 entrées. Nom, prénom, date de naissance, attributs caractéristiques, traits physiques, occupation, rôle dans les différents romans sont compilés de façon succincte de façon à me démêler et surtout à éviter les invraisemblances, la trame des différents Surprenant respectant une chronologie greffée sur des faits socio-politiques réels.

Ainsi, avant de m’atteler au prochain livre, dont l’action devrait se situer à Montréal quelque part en 2015, je dois remettre à jour mon disque dur mental, relire par exemple Nos meilleurs amis sont les morts, pour me remettre en mémoire les derniers événements dans le clan Surprenant.

Parce qu’il faut bien employer le mot clan. Dès On finit toujours par payer, j’ai utilisé la double intrigue: d’un côté l’enquête policière ponctuelle, avec des références au passé; de l’autre la famille du personnage central, André Surprenant, sa conjointe, son ex, ses beaux-parents, ses trois enfants, dont une fille issue d’un amour d’un soir, les conjoints de ces derniers, un petit-fils, sans compter sa famille d’Iberville, ses parents, ses oncles, son frère. La saga s’étalant désormais sur plus de seize ans, ça fait du monde, beaucoup de monde, qui suffirait à eux seuls à meubler une télésérie.

Pour mémoire, voici l’essentiel du clan Surprenant en décembre 2014, dernier moment évoqué dans L’Affaire des Montants.

Habitent avenue de L’Épée à Outremont dans la maison héritée de l’oncle architecte Roger Surprenant:

  • André Surprenant, 53 ans, sergent-détective au SPVM
  • Geneviève Savoie, 43 ans, enquêtrice à la SQ
  • William Leduc, 20 ans, fils d’une première union de Geneviève
  • Olivier Leduc, 18 ans, fils d’une première union de Geneviève
  • (de façon intermittente) Émilie Normandeau-Nguyen, 20 ans, blonde plus ou moins steady de William

Enfants Surprenant (vivent à Montréal ou autour):

  • Maude Surprenant, 29 ans, professeur de lettres, vit avec son chum Julien Massicotte et leur fils de 5 ans, Paul.
  • Félix Surprenant, 28 ans, fricoteux dans l’informatique et la comptabilité, dont la blonde Sabrina «Bouba» Stottlemyre, consultante en événementiel, revient d’un break sabbatique en Asie.
  • Laurie Leblanc, 26 ans, policière au SPVM, et sa blonde Inge Feuerbach, dont le champ d’activité est à déterminer.

Clan Chiodini:

  • Maria Chiodini, 51 ans, première conjointe de Surprenant et mère de ses deux premiers enfants, vit en Toscane.
  • Giannina Chiodini, née Bosselli, 81 ans, mère de Maria, vit rue Dante avec
  • Guiseppe Chiodini, 82 ans, père de Maria.
  • les jumeaux Marco et Mario Chiodini, 49 ans, entrepreneurs en construction.

Famille Surprenant (Iberville)

  • Nicole Goyette, 79 ans, mère de Surprenant, lutte contre un cancer du rein grade IV.
  • Maurice Surprenant, 77 ans, père prodigue de Surprenant, ancien livreur de bière, ex-roadie psychédélique recyclé dans l’autofiction.
  • Jacques Surprenant, 51 ans, frère cadet de Surprenant, livreur de poulet Cocorico Express.
  • Marcel Surprenant, 81 ans, oncle de Surprenant, vieux garçon vivant dans un chalet près de la rivière-à-Barbottes.

Satellites

  • Louise Lachapelle, 69 ans, mère de Geneviève, problèmes cognitifs, vit à Laval.

Je compte donc, sans entrer dans l’équipe des crimes majeurs du SPVM, 22 personnages. Comment les évoquer, leur donner vie sans qu’ils prennent trop de place dans un polar centré sur l’action? Essentiellement en oscultant la majorité pour donner des rôles mineurs dans l’intrigue à certains d’entre eux.

Maintenant, qu’est-il survenu, pendant ces quelques mois, au sein de l’escouade de Surprenant?


«L’Affaire des Montants» dans le journal de Montréal

26 novembre 2024

Le 23 novembre dans le cahier week-end du Journal de Montréal, Josée Boileau a publié une excellente critique du dernier Surprenant, L’Affaire des Montants.

«QUI A OSÉ TUER UNE FILLE DES ÎLES?

Le détective André Surprenant, ce familier des Îles-de-la-Madeleine, y retourne en plein hiver pour enquêter sur un meurtre dont chacun s’étonne et pour lequel les soupçons s’éparpillent.

Il y a maintenant plus de vingt ans que Jean Lemieux, à la fois médecin et romancier prolifique, nous fait suivre les pas d’André Surprenant. On a connu le policier aux Îles-de-la-Madeleine, où il travaillait pour la Sûreté du Québec. Depuis quelques romans, on le retrouve au service de police de la ville de Montréal.

Avec L’Affaire des Montants, Lemieux réconcilie le présent et le passé du policier. Il l’avait déjà fait dans le précédent, Les Demoiselles de Havre-Aubert, mais c’était un concours de circonstances: Surprenant avait contribué à une enquête aux Îles parce qu’il s’y trouvait en vacances estivales.

Cette fois, le policier se déplace dans le but précis d’enquêter sur un meurtre. Et on est loin du soleil: c’est décembre, il fait froid, il vente ferme et Noël est dans quelques jours. Or, Surprenant a juré à sa chère Geneviève qu’il sera de retour à temps pour la fête.

C’est un défi, car le crime est particulier. La victime est une fille des Îles, mère d’adolescents, éleveuse de moutons, assassinée alors qu’elle promenait son chien dans le chemin des Montants. L’animal a été aussi abattu. Et l’arme était munie d’un silencieux.

Florence Turbide est par ailleurs la belle-fille d’un vieil ami de Surprenant – c’est même à sa demande que celui-ci accepte de se mêler de l’enquête. Le SPVM n’y fait pas objection, car il semble y avoir des liens avec la mafia montréalaise.

De même, la jeune Olivia Mansour, de la SQ des Îles, comprend rapidement l’intérêt d’avoir un policier aguerri à ses côtés.

Il faut dire que les soupçons vont de tous les côtés: un ex hargneux, un conjoint séducteur, un proche jaloux. Entre autres… Mais de là à les imaginer tueurs… Les policiers se perdent à sonder les opinions de chacun, sans oublier les mensonges et les omisssions qui compliquent la donne.

Surprenant cherche donc la meilleure stratégie à suivre, avant de conclure qu’il vaut mieux «qualifier (cette enquête) de hors-norme plutôt que de broche à foin».

DU SUSPENSE

Le lecteur, lui, se laisse balader sans problème sur les chemins de Havre-aux-Maisons, rendus à leurs habitants maintenant que les touristes sont partis. Justement, ceux-ci causent de plus en plus de soucis.

«Ce qui était à vendre maintenant, ce n’était plus le homard ou la saveur locale, c’étaient les Îles elles-mêmes.

Spéculation foncière, entreprise artisanale qui vire vers l’industrie, changements climatiques qui érodent les berges: les Îles changent. L’histoire se déroule en 2013, mais on comprend que le phénomène s’est accentué depuis.

Fidèle à son habitude, Jean Lemieux insère sans peine des considérations sociopolitiques extrêmement pertinentes à ce qui relève néanmoins du polar classique. Et ici, on s’interroge jusqu’à la fin.

Voilà pourquoi on ne se lasse pas du solide Surprenant.»