Un monde sans dieux, le neuvième Surprenant est paru le 31 mars dernier, il y a deux mois et demi. Le roman est encore en évidence en librairie, mais la vague de recensions et d’entrevues est passée. Le livre vit sa vie d’objet d’art itinérant, acheté, emprunté en bibliothèque, passé de main à main entre amies. J’emploie le féminin à dessein, la majorité de mes lecteurs étant des lectrices.
J’ai terminé un manuscrit qui restera peut-être dans les cartons, dans ce grenier de récits qui sert de réserve pour des livres à venir. Le prochain Surprenant est dans sa phase de gestation, des idées, des impressions se greffant insensiblement à un noyau original. Je n’ai pas relu Un monde sans dieux depuis que je l’ai traversé une dernière fois, muni des précieux conseils de la réviseure, en novembre dernier. Je vis une période de décantation, le dernier livre se déposant de façon inégale sur le fond de mes souvenirs. Certaines péripéties pâlissent, sombrent dans des fosses océanes dont seule la lecture pourrait les repêcher. Des scènes et des personnages demeurent plus vivants, sentinelles postées sur les remparts de l’oubli. Ainsi, des livres passés, l’écrivain chérit certains passages qui le ramènent le plus souvent à une émotion.
Dans le cas d’Un monde sans dieux, je crois que ce qui reste de plus cher, ce sont les scènes où Surprenant et Geneviève rencontrent Jessica Bessette, cette libraire impliquée dans la vie du père Francisco Bernal d’une façon que je ne divulgâcherai pas ici. Ce personnage m’a amenée dans des zones inédites, qui regardent aussi le couple Geneviève-Surprenant. C’est le miracle de l’écriture: certains épisodes du neuvième Surprenant apporte un regard nouveau sur une relation qui naît dans le premier et qui constitue l’épine dorsale de la série.
Cette Jessica Bessette, je m’en ennuie. J’aimerais savoir ce qu’elle est devenue. J’aimerais prendre un verre, un café, avec elle près du Richelieu, ma rivière natale.
Parce que la série Surprenant, c’est avant tout, du moins j’espère, une galerie de personnages qui n’existent pas seulement dans mon fichier-maître mais aussi dans mon cœur.

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Publié par jeanlemieux