Donna Leon ou le grand art

21 août 2012

«The man lay still, as still as a piece of meat on a slab, as still as death itself. Though the room was cold, his only covering was a thin cotton sheet that left his head and neck free. From a distance, his chest rose inordinately high, as though some sort of support had been wedged under his back, running the length of it. If this white form were a snow-covered mountain ridge and the viewer a tired hiker at the end of a long day, faced with the task of crossing it, the hiker would surely choose to walk along the entire length of the man to cross at the ankles and not the chest. The ascent was too high and too steep, and who knew what difficulties there would be descending the other side?»

(…)

«He did not wait, for he was beyond waiting, just as he was beyond being late or being on time. One might be tempted to say that the man simply was. But that would be untrue, for he was no more.»

 

Je lis Beastly things, vingt-et-unième roman mettant en vedette le commissario vénitien Guido Brunetti.

Je suis un fan terminal: je les ai tous lus, les dix derniers dans le texte original. Je n’ai plus la patience d’attendre des versions dans lesquelles, par ailleurs et comme toujours, il se perd quelque chose.

Donna Leon, née au New Jersey en 1942, vit depuis trente ans à Venise. Ses romans sont inimitables. On y chercherait en vain des intrigues complexes. L’essentiel, ici, est dans tout ce qui est autour, la peinture des personnages récurrents, de la société italienne en général et vénitienne en particulier, la finesse de l’observation psychologique et enfin une intimidante maîtrise de l’écriture, notamment des dialogues.

Les enquêtes du commissaire Brunetti se présentent en petits chapitres de 4 à 10 pages, parfaits de justesse, illustrant essentiellement une rencontre entre des personnages. Brunetti, toujours présent, discute avec le pathologiste, interroge un témoin, déjeune en famille, prend un café avec son assistant Viannello, est confronté par l’inimitable Vice-Questeur Guiseppe Patta, sonde le terrain auprès de l’inoubliable Signorina Elettra, etc. Certains tableaux, notamment ceux mettant en vedette son épouse Paola, personnage mythique, ses enfants, son père le comte plus ou moins véreux, ne font en rien avancer l’intrigue, mais s’insèrent dans un feuilleton au long cours, suivis par des millions de lecteurs.

Le procédé n’est pas nouveau. Ce qui place Donna Leon au sommet de sa confrérie, c’est l’intelligence, la justesse du trait, une ironie qui possède la particularité de n’être pas cynique, et surtout ce va-et-vient constant du point de vue dans les dialogues. Donna Leon ne se contente pas d’écrire ce qui est dit. Elle décortique les pensées des personnages, soupèse ce qui aurait pu être dit, décrit avec précision les traits physiques, les attitudes des protagonistes, ponctuant ses petits tableaux de répliques fines, suaves, assassines.

Donna Leon, très discrète publiquement, refuse obstinément que ses livres soient traduits en italien. Elle aimerait pouvoir continuer à vivre dans un relatif anonymat dans sa Venise d’adoption. C’est la grâce que je lui et que je me souhaite.


Retour sur la série Surprenant

30 juillet 2012

Anne-Marie Aubin, qui enseigne au cégep de Saint-Hyacinthe et qui a jadis veillé sur la gestation de La cousine des États et du Trésor de Brion, propose cet excellent article sur ce qu’il convient peut-être maintenant d’appeler la série Surprenant.


Les printemps meurtriers de Knowlton

14 Mai 2012

C’est avec grand plaisir que je participerai à la première édition des printemps meurtriers de Knowlton, du 18 au 20 mai prochain.

Je serai sur place du vendredi au dimanche. Samedi soir à 19 heures, au Théâtre Lac-Brome, je participerai à une rencontre animée par Sylvie Lauzon, en compagnie de Martin Winkler, auteur (entre autres) du roman Les invisibles. Le sujet abordé sera Polar et médecine. L’entrée est de 17$.

Ce nouveau festival du roman policier, où sera remis le Prix Tenebris, a vu le jour grâce à une remarquable équipe, animée par Johanne Seymour.


Au salon du livre de Québec

14 avril 2012

Je serai au kiosque des éditions de la courte échelle aujourd’hui samedi 14 avril de 14h30 à 15h30 ainsi que de 17h00 à 18h00.

Demain, je signerai de 11h30 à 12h30 avant de participer à une table ronde en compagnie des auteurs Jacques Côté, Florence Meney et Laurent Chabin, dont le thème sera: L’auteur de polar a-t-il remplacé Balzac ou Dickens?


La bande sonore de «L’homme du jeudi»

10 avril 2012

Mon dernier-né est, comme la plupart de ses prédécesseurs, un livre musical.

À treize ans, je pianotais et j’apprenais la théorie musicale dans le livre d’harmonie de ma jeune sœur.

À seize ans, faute d’être Maurice Richard ou Wolfie II, je me suis résigné à écrire des romans.

Ceux-ci, dès La lune rouge, ont porté des thèmes musicaux, par des citations de paroles de chansons, des évocations de compositeurs classiques, de Wolfie à Tchaikovski en passant par Dvorak, des morceaux de  musique traditionnelle (La Cousine des ÉtatsLe mort du chemin des Arsène), soit enfin par le pianotage du sergent André Surprenant, qui a appris le piano classique, jusqu’aux partitas et aux fugues de Bach quand même, sur le Steinway de son oncle Roger, architecte habitant Outremont, par ailleurs amant malheureux de la femme du recteur de l’université de Montréal.

L’homme du jeudi, cadet de cette famille de livres qui dépasse maintenant la douzaine (si j’étais dans les Pays d’En Haut, j’aurais droit à une prime), ne déroge pas à la tradition. La musique, le jazz notamment, y est très présente.

Voici quelques extraits de la «bande sonore»:

La chanson My foolish heart, qui réveillera de précieux souvenirs chez Surprenant, est une sorte de leitmotiv.

Le sergent, quelques chapitres avant la résolution de l’intrigue, entend, dans son Cherokee, Lush life, chanté par Ella Fitzgerald:

D’autres scènes font intervenir W.A. Mozart et le célèbre air de la Reine de la Nuit, tiré de La flûte enchantée:

Enfin, d’autres chemins mènent à Jumpin’ Jack Flash, des Stones et à Revolution.

Pour tout vous dire, Chet Baker fait une apparition très brève, mais on ne sait pas ce qu’il joue.

J’allais presque oublier Oscar Thiffault.

Lancement jeudi le 12, à partir de 17h30, au Pub Galway, à Québec.


«L’homme du jeudi» sera lancé dans huit jours au Pub Galway

4 avril 2012

L’homme du jeudi, troisième roman de ce qu’il convient peut-être maintenant d’appeler la série Surprenant, sera lancé jeudi le 12 avril, à l’étage du Pub Galway, 1112 avenue Cartier, à Québec, à partir de 17h30.

Chacun est invité. Pour renseignements:

http://www.facebook.com/events/391051897580251/

Le roman devrait être en librairie à partir du 10. Je participerai au Salon du livre de Québec, du 11 au 15 avril.


Non à la hausse des frais de scolarité: que le Québec ose être différent.

15 mars 2012

Comme bien d’autres, la hausse des frais de scolarité m’est d’abord apparue, en ces temps de morosité économique, comme un mal nécessaire: dans ce monde où tout augmente, pourquoi les frais reliés aux études supérieures seraient-ils figés dans le béton?

Les arguments des jeunes, en particulier ceux de mes enfants, m’ont amené à examiner la question de plus près. Je me suis aperçu que j’étais, comme beaucoup de monde, sous l’influence de l’insidieux murmure marchand.

Vous connaissez cette voix: c’est celle que nous susurre, jour après jour, ce Sauron des temps modernes: le profit, ou sa sœur jumelle, la rentabilité économique.

Le financement des universités devant s’arrimer de plus en plus sur les dons privés, que ce soit de fondations ou de compagnies, il importe que ces établissements fournissent au secteur de l’emploi de jeunes cerveaux prêts à s’inscrire dans les mécanismes de production et d’optimisation du capital. Dans ce système, l’endettement de l’étudiant sert en quelque sorte de filtre et de levier. À l’entrée, les moins nantis sont pénalisés ou éliminés. À la sortie, le finissant sera prêt, au bout de sa corde de crédit, à accepter n’importe quelles conditions pour se sortir du trou, par exemple un emploi précaire, pour lequel il sera probablement surscolarisé.

Dans ce contexte où le poids de l’endettement dirige les jeunes, comme des bestiaux, vers des emplois possédant une dite valeur économique, l’avenir des sciences humaines, de l’enseignement des arts, de la pensée critique, est menacé.

L’un des grands arguments des tenants de la hausse est le fameux contexte nord-américain. Les arguments sont connus: le Québec est, en Amérique du Nord, l’endroit où les frais sont les moins élevés. Si les universités québécoises veulent demeurer compétitives, elles doivent disposer de plus de ressources.

À l’opposé, les frais de scolarité en Europe sont moindres, voire inexistants. Encore une fois, le Québec se trouve à cheval entre l’Europe et l’Amérique. Sans nier la réalité nord-américaine ou fixer éternellement les frais québécois au niveau actuel, il y aurait peut-être lieu, comme société, d’explorer une voie mitoyenne, qui reposerait sur notre différence et nos valeurs.

L’économie de demain sera celle du savoir. Formons des cerveaux. Encourageons l’érudition, la contestation, la critique.

Le gouvernement québécois actuel, celui du PLQ et de Jean Charest, soi-disant «l’homme qui a les deux mains sur le volant», nous a habitué à un gaspillage éhonté des fonds publics. Nous parlons ici de corruption généralisée, de liens avec le crime organisé, de faveurs à des proches du parti (garderies, tableaux électroniques), de dépassements systématiques des coûts de construction, d’immobilisme politique. La gestion même des universités, avec les scandaleuses primes de séparation des cadres (Concordia, Laval), les catastrophes immobilières (Ilot Voyageur, etc), est sujet à caution.

Devant ces données, j’ai pris le parti de voir cette question d’un œil nouveau et de privilégier la jeunesse, le savoir, face au rouleau compresseur de l’idéologie néo-libérale.


«La lune rouge» et «On finit toujours par payer» disponibles en numérique

8 mars 2012

La lune rouge, d’abord publié en 1991, puis revisité en 2000, est mon premier roman publié. Il raconte l’Halloween mouvementée de François Robidoux MD à l’Île d’Entrée, mais l’action a ses racines dans la deuxième guerre mondiale.

On finit toujours par payer, première apparition du sergent-enquêteur André Surprenant, relate l’enquête sur le meurtre de Rosalie Richard.


Harper et le projet de loi C-11: nous vivons dans une grande noirceur

7 mars 2012

Faisant fi de l’opposition des créateurs, le gouvernement conservateur de Stephen Harper va de l’avant, ou plutôt de l’arrière, avec le projet de loi C-11, qui restreint la portée du droit d’auteur.

En pratique, la nouvelle loi amputera les revenus, déjà modestes, des écrivains et des autres artistes. Elle facilitera le piratage et la reproduction des œuvres. Elle affaiblira aussi, par la bande, un segment de la population qui a peu d’atomes crochus avec la mouvance conservatrice.

Ce nouveau fait d’armes de Stephen Harper s’inscrit, comme l’ensemble de son bilan comme premier ministre du Canada, dans une guerre idéologique l’opposant à la tradition centriste (ou du centre-gauche) qui a longtemps dominé le paysage politique canadien.

En plus du projet de loi C-11, nous avons affaire à un gouvernement qui:

1) a prorogé le Parlement quand il risquait d’être renversé

2) a aboli le registre des armes à feu, a célébré l’événement sans vergogne et a refusé aux provinces l’accès aux données archivées

3) a coupé considérablement dans le budget de Radio-Canada

4) a transformé le Canada en un état-bandit sur le plan environnemental, suite à son assujettissement au puissant lobby pétrolier de l’ouest

5) a aligné la politique extérieure sur celle des États-Unis

6) soutient l’état d’Israël d’une façon totalement disproportionnée

7) a eu recours à des tactiques de détournement du vote lors des dernières élections, cf le scandale «robo-call»

8) a systématiquement recours à une politique de segmentation de l’électorat (wedge politics), en s’appuyant sur un électorat aveugle et partisan

9) a réintroduit des symboles politiques désuets, par exemple la Reine Elizabeth II

10) pratique une politique de patronage et de favoritisme de façon éhontée, dont les derniers faits d’arme du ministre Christian Paradis ne constituent que la pointe de l’iceberg

11) a complètement coupé les ponts avec la société québécoise et base sa popularité au Canada anglais sur une forme de moins en moins subtile de Quebec bashing

12) a durci la loi contre les jeunes contrevenants en refilant la facture aux provinces

Cette liste n’est pas exhaustive.

Stephen Harper, ce politicien brillant mais dangereux, est mon ennemi. De semaine en semaine, de mois en mois, il transforme une société relativement tolérante, ouverte, en un espace social inamical, paranoïde, revanchard, mesquin, agressif, calqué sur les modèles de la droite américaine, le tout en s’appuyant sur des outils de désinformation et de manipulation politique inédits au Canada.

Ce n’est peut-être pas par hasard que l’organisateur bidon des «robocalls» au Québec s’appelait Pierre Poutine.

En Stephen Harper, nous avons notre propre Poutine.

 


«L’homme du jeudi» en librairie le 10 avril

28 février 2012

L’homme du jeudi paraîtra un mardi, soit le 10 avril prochain, aux éditions de la courte échelle.

On y retrouvera, un an après les événements relatés dans Le mort du chemin des Arsène, le sergent-enquêteur André Surprenant.

Après une période de disgrâce et un bref séjour dans le service de police de la Ville de Québec, le policier vient de réintégrer la SQ et est affecté au poste de la MRC de la Jacques-Cartier, à Lac-Beauport.

Surprenant enquête sur la mort d’un jeune garçon frappé par un chauffard. Faute de témoins et d’indices diffusants, le dossier a été classé. Pourtant, Surprenant est envahi par le doute. Ses pressentiments sont-ils fondés ou se laisse-t-il entraîner par ses propres hantises?

Geneviève est aussi de la partie, dans d’autres fonctions.