La Saint-Patrick à Tulum

18 mars 2014

In a neat little town they call Belfast

Apprentice to trade I was bound

À Tulum Pueblo, une petite ville du Yucatan près des ruines maya, un véhicule à deux étages, qu’il est difficile de qualifier d’autobus tant il est ouvert à tout vent, circule le soir le long de l’avenue principale, étonnamment appelée Tulum avenue. Le char, saturé de lumières multicolores comme un casino de Las Vegas, diffuse une disco énergique et les clameurs enthousiastes d’un chargement de fêtards polyglottes immortalisant le moment sur leur merveille intelligente. Si ce n’est quelques détours par des rues sombres, semées de nids-de-poule, la fête ambulante chemine inlassablement, aller-retour, le long de Tulum avenue, comme un piston bruyant dans un cylindre en mal de lubrifiant.

Tulum avenue: un strip pseudo-californien, une litanie de restaurants, de boutiques, de pharmacies, de comptoirs de photocopie, de bars dépouillés ou branchés. On y vend, jusque tard le soir, des chapeaux de paille, des accessoires de plongée, des liqueurs non-identifiées, des Snickers, des cassettes piratées, des gelati, de la bonne aventure,  des éviers, des fruits, des perceuses et des crèmes contre le vieillissement. On y loue des bicyclettes, des autos, des chambres, peut-être des corps, sous le regard vigilant de policiers plus ou moins armés selon leur proximité avec les bâtiments gouvernementaux ou les guichets ATM. On y ramasse, femmes, vieillards, infirmes, enfants, dans des triporteurs costauds, les canettes, bouteilles de plastique, pièces de métal qu’on pourra troquer contre quelques pesos.

Dans les restos, les boîtes in, pour les autochtones à l’aise ou les touristes accourus de la planète, on peut entendre, entremêlés aux canciones de mariachis aux compétences diverses, une world music aussi sirupeuse qu’éclectique, She loves you à la Jobim à côté de fusions La Bamba-Like a rolling stone, sans compter Les feuilles mortes à la trompette.

L’univers de Tulum avenue, comme celui des resorts qui jalonnent la côte, n’est pas aussi étranger à Tulum Pueblo que pourraient l’être Minsk, Djakarta ou Yellowknife. Il est juste à côté, parallèle, séparé de la vie quotidienne des Tulumais ordinaires par le mur du dinero.

But misfortune came over me

Which caused me to stray from the land

Dinero. L’argent est partout, par son manque ou son abondance. Dans les rues adjacentes au strip, Tulum a le sourire édenté. Rues rapiécées, maisons de béton inachevées, recouvertes de toiles et de feuilles d’acier ondulé, cours jonchées de détritus, chiens faméliques, bouis-bouis à ciel ouvert diffusant de la salsa électronique… Tulum, le Mexique peut-être, est une Macondo bigarrée, post-moderne, polluée, qui évoque à la fois le commencement et la fin du monde industriel.

Pourtant, les Mexicains sont souriants et chaleureux. Il y a une sorte de nonchalance, de bonheur. Les enfants sont rois, non parce qu’ils ont tout ce qu’ils veulent mais parce qu’ils sont aimés.

Her eyes they shone like diamonds

I thought her the queen of the land

Dans le bar où j’ai de toutes récentes habitudes, un Américain et un Mexicain, musiciens attitrés, entonnent, Saint-Patrick oblige, un refrain tout aussi obligé. Tout ce qu’il y a de vert ici, ce sont les palmiers et les mojitos. Tulum, ancienne cité maya, attire toujours sa part d’adorateurs du soleil et de littérateurs en mini-sabbatique.

Les ruines, c’est peut-être tout ce qui restera.


Le patineur de Bratislava

17 février 2014

Bratislava est une étrange ville, à cheval entre plusieurs époques.

Les Slovaques, qui n’ont acquis leur indépendance qu’en 1993, suite au divorce de velours suivant la révolution du même nom à Prague en automne 1989, reviennent de loin.

Des siècles de sujétion aux Hongrois, puis aux Austro-Hongrois, un bref épisode républicain au sein de la Tchécoslovaquie entre 1918 et 1939, une pseudo-indépendance trouble sous la botte nazie de 1939 à 1945, puis retour dans le partenariat tchécoslovaque, domination soviétique jusqu’en 1989…

Les Slovaques sont aujourd’hui contents d’être chez eux, mais ils semblent avoir tout à faire en même temps. Le Château qui domine la ville, longtemps laissé à l’abandon, a été restauré, mais il n’y a presque rien dedans. Dans la galerie nationale, beaucoup de toiles sont anonymes. La mémoire semble avoir été délavée par les invasions. Il reste une charmante petite ville médiévale, aux rues sinueuses, parfois déparée par des édifices massifs, décrépits, qui évoquent le Bloc de l’Est.

Le Danube longe la ville, véritable autoroute liquide entre Budapest et Vienne. Sur l’autre rive, des dizaines et des dizaines de HLM pastel, des usines. Le cœur de la ville tourne le dos au fleuve, se love autour des deux places principales, sous la silhouette protectrice du Château. La vie culturelle y est florissante, un opéra, une maison de  la musique, des bars, des cafés, des hôtels, des restaurants où l’on trouve de tout. Cette beauté est en devenir, greffée sur les vestiges de l’ordre ancien.

L’image qui me reste pourtant, c’est ce patineur solitaire, à minuit moins quart, sur la patinoire aménagée sur la Hviezdoslavovo namesti, cent mètres devant l’opéra. Plus de cinquante ans, s’appuyant sur un bâton de hockey, sans but, sans rondelle, patinant lentement sous les réverbères, qui attendait-il?

Il voulait jouer, même s’il arrivait sur le tard.


Un numéro de la revue Moebius, «Québec insolite», lancé le 16 octobre

19 septembre 2013

Parallèlement au festival Québec en toutes lettres, aura lieu le mercredi 16 octobre, de 17 heures à 19 heures, au Studio P, rue Saint-Joseph, le lancement du numéro 138 de la revue MoebiusQuébec insolite.

Ce recueil, piloté par Marie-Ève Sévigny, comprendra des textes de Sonia Anguelova, Alain Beaulieu, Guy Boivin, Emmanuel Bouchard, Raymond Caron, Annie Cloutier, Daniel Danis, Martine Delvaux, Isabelle Forest, Martin Grange, Julie Gravel-Richard, Hans-Jürgen Greif, Natalie Jean, William Lessard-Morin, Hélène Matte, Patrick Nicol, Julia Pawlowicz, Gilles Pellerin, Éric Plamondon, Michel Pleau et de Sabica Senez.

Pour ma part, j’y publierai un court texte s’intitulant I’ll remember April.

Malheureusement, je serai à l’étranger lors du lancement et du festival.

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Les printemps meurtriers de Knowlton prise 2

29 avril 2013

C’est avec plaisir que je participerai cette année à la deuxième édition des Printemps meurtriers de Knowlton, du 17 au 19 mai.

Je participerai plus particulièrement à la rencontre L’influence des lieuxle dimanche 19 à 13 heures au Théâtre du Lac-Brome, en compagnie de Jacques Savoie et de Jacques Côté.

L’animation sera assurée par François Lévesque.

Ce festival est une occasion unique de rencontrer et de côtoyer des auteurs et des amateurs de polar. La formule est innovatrice et originale et le site, enchanteur.

 

 


«L’homme du jeudi» en nomination pour le prix du meilleur roman policier en français au Canada

20 avril 2013

L’homme du jeudi, publié aux éditions de la courte échelle en avril 2012, est en nomination pour le Prix Arthur-Ellis, catégorie «best crime writing in french», en compagnie de quatre excellents romans:

Mario Bolduc, La Nuit des albinos: Sur les traces de Max O’Brien (Libre Expression)
André Jacques, De pierres et de sang (Druide)
Martin Michaud, Je me souviens (Goélette)
Richard Ste Marie, L’inaveu (Alire)

Le dévoilement aura lieu à Toronto le 30 mai. Le prix est remis, par vote de jury, par la Crime writers of Canada.


Prague et la question du parapluie

5 février 2013

Voyage en Irlande avec un parapluie, de Louis Gauthier, m’a laissé une impression durable, si bien que je ne peux longtemps déambuler à l’étranger sous l’averse sans me replonger dans l’atmosphère de ce livre si particulier. En sandwich entre Le pont de Londres  et Voyage au Portugal avec un Allemand, il allait constituer le triptyque Voyage en Inde avec un grand détour, dont je ne parlerai pas, sinon pour dire que c’est excellent et récemment pourvu d’un appendice, Voyage au Maghreb en l’an mil quatre cent de l’Hégire, l’auteur ayant de la suite dans les idées.

Je ne suis pas à Dublin, mais à Prague, hors saison, sous la pluie. Il s’agit d’une première. J’ai bien essayé, depuis quelques années, mais l’ondée, fréquente en ce climat maussade, pour des raisons inconnues me fuyait. Aujourd’hui, le ciel était sans équivoque: gris, lourd, lâchant sur les pavés et les clochetons, selon des humeurs imprévisibles, des averses qui assombrissaient le rouge des toits. C’était plus que de la bruine, moins que des hallebardes, bien que celles-ci eussent cadré dans le décor.

Trois degrés celsius, La pluie fine, froide, faisait roucouler les gouttières et gonflait la Vltava sous le pont Charles. Muni de l’accessoire idoine, à savoir un parapluie qui fait poc! en s’ouvrant, j’étais content, d’autant plus que la ville me présentait, au milieu de la soirée, son visage des petites heures: des rues discrètement éclairées par les réverbères, où se pressent quelques fêtards attardés. Je marchais, à travers Mala Strana, dans ce décor de théâtre, quand je remarquai ce fait singulier: la presque totalité des passants circulaient ou sous des tuques, ou sous des capuchons ou encore tête nue, faisant fi de l’eau qui leur dégoulinait dans le cou.

Disposais-je d’un échantillon représentatif? Sûrement pas. Je risque cette hypothèse: après plus de quatre cent ans de joug autrichien, allemand, soviétique, après les dernières convulsions de l’économie européenne, le Pragois moyen accueille la pluie avec un mépris tranquille. Ce sont là, sans doute, les élucubrations d’un étranger. Néanmoins, je pose la question: quelle est la relation entre la République Tchèque et le parapluie?

Mon défunt professeur, Jean-Marie Poupart, écrivait: «Vivre sans amour équivaut à marcher sous la pluie sans imperméable». Qu’en est-il de ceux qui vont sans parapluie?


Ferdinand von Schirach

14 janvier 2013

Crimes, traduit chez Gallimard en 2011, est un recueil de nouvelles très particulier.

Paru en Allemagne en 2009 sous le titre Verbrechen, le livre est une collection de cas judiciaires, inspirés de l’expérience de l’auteur, un avocat criminaliste. Le tout serait sans intérêt sans le talent de von Schirach, qui réussit à pénétrer la psychologie des protagonistes. Il raconte l’histoire de ces criminels avec un style économe, ramassé, efficace, malgré tout émouvant. Au fil des pages, le lecteur découvre, en filigrane, une Allemagne moderne, multiculturelle, soumise à d’extraordinaires tensions sociales.


Le trésor de Brion maintenant en numérique

22 décembre 2012

Le trésor de Brion, aux éditions Québec-Amérique, est maintenant disponible en format numérique.

Publié en 1995, réimprimé à plusieurs occasions, révisé en 2010, le roman raconte les aventures de Guillaume Cormier, 17 ans, pêcheur de moules à Havre-Aubert, et d’Aude Brousseau, son amoureuse de Québec, lancés sur la trace d’un trésor perdu au dix-huitième siècle.


Changement de cap pour Surprenant

8 décembre 2012

De source sûre, j’apprends que le sergent André Surprenant, de la Sûreté du Québec, a quitté, à l’été 2008, son poste à la MRC de la Jacques-Cartier, en banlieue de Québec.

Après un stage de perfectionnement à Los Angeles, il a décidé de réorienter sa vie et sa carrière.

Les détails suivront.


«The hollow man» d’Oliver Harris

27 septembre 2012

Oliver Harris, dont le premier roman, The hollow man, a été traduit au Seuil sous le titre Sur le fil du rasoir, est né à Londres en 1978. Dûment diplômé en Lettres, ses intérêts, éclectiques, comprennent la psychanalyse et la mythologie grecque. D’après sa notice biographique, il aime voyager, spécialement dans les pays froids.

Son premier opus est très intéressant. D’abord on y retrouve Londres, sous des atours tout à fait contemporains. Oubliez P.D. James et Elizabeth George. Harris nous brosse un portrait d’une mégapole hallucinante, trépidante, qui relève davantage, près de deux siècles plus tard, de Dickens que de Conan Doyle. Le héros, Nick Belsey, enquêteur à la brigade criminelle de Hampstead, est l’archétype, presque la caricature, du flic déviant et pourri. Menacé de disgrâce, aux prises avec ses créanciers, ses supérieurs, il démêle, de façon maladroite et spectaculaire, une arnaque financière ancrée dans ce cloaque doré: la City.

Harris ne fait pas dans la dentelle. Le rythme du roman est soutenu, presque essoufflant, tout en ne sombrant jamais dans l’incohérence. Alcool, sexe, violence, escrocs cauteleux, nous sommes ici aux frontières de la BD, dans un univers caricatural mais captivant, décrit avec précision, élan, intelligence et passion.

Ce mouvement constant vers l’avant, cette succession de scènes fortes, dans lesquelles évoluent une galerie de losers mémorables, cette intrigue complexe, qui ne se révèle qu’à la fin, forment évidemment les ingrédients classiques du thriller amphétaminé. Cette voix nouvelle possède néanmoins son timbre propre. J’attends le deuxième, qui s’intitulera Deep shelter.