La Saint-Patrick à Tulum

In a neat little town they call Belfast

Apprentice to trade I was bound

À Tulum Pueblo, une petite ville du Yucatan près des ruines maya, un véhicule à deux étages, qu’il est difficile de qualifier d’autobus tant il est ouvert à tout vent, circule le soir le long de l’avenue principale, étonnamment appelée Tulum avenue. Le char, saturé de lumières multicolores comme un casino de Las Vegas, diffuse une disco énergique et les clameurs enthousiastes d’un chargement de fêtards polyglottes immortalisant le moment sur leur merveille intelligente. Si ce n’est quelques détours par des rues sombres, semées de nids-de-poule, la fête ambulante chemine inlassablement, aller-retour, le long de Tulum avenue, comme un piston bruyant dans un cylindre en mal de lubrifiant.

Tulum avenue: un strip pseudo-californien, une litanie de restaurants, de boutiques, de pharmacies, de comptoirs de photocopie, de bars dépouillés ou branchés. On y vend, jusque tard le soir, des chapeaux de paille, des accessoires de plongée, des liqueurs non-identifiées, des Snickers, des cassettes piratées, des gelati, de la bonne aventure,  des éviers, des fruits, des perceuses et des crèmes contre le vieillissement. On y loue des bicyclettes, des autos, des chambres, peut-être des corps, sous le regard vigilant de policiers plus ou moins armés selon leur proximité avec les bâtiments gouvernementaux ou les guichets ATM. On y ramasse, femmes, vieillards, infirmes, enfants, dans des triporteurs costauds, les canettes, bouteilles de plastique, pièces de métal qu’on pourra troquer contre quelques pesos.

Dans les restos, les boîtes in, pour les autochtones à l’aise ou les touristes accourus de la planète, on peut entendre, entremêlés aux canciones de mariachis aux compétences diverses, une world music aussi sirupeuse qu’éclectique, She loves you à la Jobim à côté de fusions La Bamba-Like a rolling stone, sans compter Les feuilles mortes à la trompette.

L’univers de Tulum avenue, comme celui des resorts qui jalonnent la côte, n’est pas aussi étranger à Tulum Pueblo que pourraient l’être Minsk, Djakarta ou Yellowknife. Il est juste à côté, parallèle, séparé de la vie quotidienne des Tulumais ordinaires par le mur du dinero.

But misfortune came over me

Which caused me to stray from the land

Dinero. L’argent est partout, par son manque ou son abondance. Dans les rues adjacentes au strip, Tulum a le sourire édenté. Rues rapiécées, maisons de béton inachevées, recouvertes de toiles et de feuilles d’acier ondulé, cours jonchées de détritus, chiens faméliques, bouis-bouis à ciel ouvert diffusant de la salsa électronique… Tulum, le Mexique peut-être, est une Macondo bigarrée, post-moderne, polluée, qui évoque à la fois le commencement et la fin du monde industriel.

Pourtant, les Mexicains sont souriants et chaleureux. Il y a une sorte de nonchalance, de bonheur. Les enfants sont rois, non parce qu’ils ont tout ce qu’ils veulent mais parce qu’ils sont aimés.

Her eyes they shone like diamonds

I thought her the queen of the land

Dans le bar où j’ai de toutes récentes habitudes, un Américain et un Mexicain, musiciens attitrés, entonnent, Saint-Patrick oblige, un refrain tout aussi obligé. Tout ce qu’il y a de vert ici, ce sont les palmiers et les mojitos. Tulum, ancienne cité maya, attire toujours sa part d’adorateurs du soleil et de littérateurs en mini-sabbatique.

Les ruines, c’est peut-être tout ce qui restera.

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