Donna Leon ou le grand art

«The man lay still, as still as a piece of meat on a slab, as still as death itself. Though the room was cold, his only covering was a thin cotton sheet that left his head and neck free. From a distance, his chest rose inordinately high, as though some sort of support had been wedged under his back, running the length of it. If this white form were a snow-covered mountain ridge and the viewer a tired hiker at the end of a long day, faced with the task of crossing it, the hiker would surely choose to walk along the entire length of the man to cross at the ankles and not the chest. The ascent was too high and too steep, and who knew what difficulties there would be descending the other side?»

(…)

«He did not wait, for he was beyond waiting, just as he was beyond being late or being on time. One might be tempted to say that the man simply was. But that would be untrue, for he was no more.»

 

Je lis Beastly things, vingt-et-unième roman mettant en vedette le commissario vénitien Guido Brunetti.

Je suis un fan terminal: je les ai tous lus, les dix derniers dans le texte original. Je n’ai plus la patience d’attendre des versions dans lesquelles, par ailleurs et comme toujours, il se perd quelque chose.

Donna Leon, née au New Jersey en 1942, vit depuis trente ans à Venise. Ses romans sont inimitables. On y chercherait en vain des intrigues complexes. L’essentiel, ici, est dans tout ce qui est autour, la peinture des personnages récurrents, de la société italienne en général et vénitienne en particulier, la finesse de l’observation psychologique et enfin une intimidante maîtrise de l’écriture, notamment des dialogues.

Les enquêtes du commissaire Brunetti se présentent en petits chapitres de 4 à 10 pages, parfaits de justesse, illustrant essentiellement une rencontre entre des personnages. Brunetti, toujours présent, discute avec le pathologiste, interroge un témoin, déjeune en famille, prend un café avec son assistant Viannello, est confronté par l’inimitable Vice-Questeur Guiseppe Patta, sonde le terrain auprès de l’inoubliable Signorina Elettra, etc. Certains tableaux, notamment ceux mettant en vedette son épouse Paola, personnage mythique, ses enfants, son père le comte plus ou moins véreux, ne font en rien avancer l’intrigue, mais s’insèrent dans un feuilleton au long cours, suivis par des millions de lecteurs.

Le procédé n’est pas nouveau. Ce qui place Donna Leon au sommet de sa confrérie, c’est l’intelligence, la justesse du trait, une ironie qui possède la particularité de n’être pas cynique, et surtout ce va-et-vient constant du point de vue dans les dialogues. Donna Leon ne se contente pas d’écrire ce qui est dit. Elle décortique les pensées des personnages, soupèse ce qui aurait pu être dit, décrit avec précision les traits physiques, les attitudes des protagonistes, ponctuant ses petits tableaux de répliques fines, suaves, assassines.

Donna Leon, très discrète publiquement, refuse obstinément que ses livres soient traduits en italien. Elle aimerait pouvoir continuer à vivre dans un relatif anonymat dans sa Venise d’adoption. C’est la grâce que je lui et que je me souhaite.

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