Sauver l’Europe

1 novembre 2026

Le continent européen, si petit quand on le compare aux autres, occupe habituellement le centre des mappemondes. La convention est si répandue qu’elle ne nous surprend presque plus. À gauche, l’Amérique séparée en trois blocs. Au centre, au-dessus de l’immense tomahawk africain, l’Europe morcelée en une quarantaine de pays, toute petite à côté du géant russe. Sous la Russie, l’Asie, pas si étendue mais très densément peuplée. Enfin, en bas, à droite, l’Australie flanquée de son satellite néo-zélandais.

La notion de continents est floue. Il y a en de quatre à sept selon les définitions. Ce qui est certain, c’est que dans le monde dit «occidental», l’Europe occupe une importance démesurée, ne serait-ce que par son histoire et son passé colonial.

Je reviens de trois semaines en Allemagne et à Strasbourg avec une indéniable angoisse. Il est impossible de s’intéresser à l’actualité sans noter que les plaques géopolitiques bougent, lentement, peut-être inexorablement. La Russie agresse l’Ukraine depuis bientôt cinq ans et cache mal sa volonté de déstabiliser l’Europe, qui sait de l’envahir dans un avenir pas si lointain. Trump est la marionnette de Poutine. La Chine est en passe de devenir la première puissance mondiale et fourbit ses armes. Entre ces trois superpuissances agressives, le reste du monde joue à une sorte de chaise musicale, chercher où se poser pour ne pas être broyé.

Surtout l’Europe est abandonnée par l’Amérique. Les Allemands étaient courtois, mais absorbés et anxieux. Émeutes, montée de la droite, intoxications numériques, explosion du coût de la vie, j’ai visité Munich et Nuremberg avec le sentiment d’être dans les années trente, en pleine montée du nazisme. La Chine et la Russie sont des dictatures. Trump fait tout pour saper la démocratie aux États-Unis. Le climat s’embale, se doublant de la menace de l’intelligence artificielle.

Je n’invente rien. Tous les chroniqueurs font le même constat. C’est la toile de fond de notre réalité. Au milieu de ce monde prêt à exploser, l’Europe, autrefois prospère, maintenant fragilisée, avec ses cathédrales, ses foyers de culture, la Grèce où serait née il y a plus de deux millénaires l’idéal de la démocratie. Je suis un boomer québécois. J’ai grandi entre ces deux pôtes, l’Amérique, l’Europe, la première étant issue de l’autre, selon le biais eurocentriste qui constituait la base de notre éducation.

Et maintenant quoi? Attaqué par les États-Unis, le Canada tente de se rapprocher d’une Europe aux abois. Les chaises se font rares, autant en choisir une grande à deux.

Dans ce contexte, faut-il s’étonner que le Surprenant en cours soit quelque peu sombre?