J’ai appris la semaine dernière que le huitième Surprenant, L’Affaire des Montants, est finaliste dans la catégorie «meilleur roman francophone» aux prix décernés par la Crime Writers of Canada.
C’est la septième fois qu’un livre de la série reçoit cet honneur. On finit toujours par payer et Le Mort du chemin des Arsène ont été couronnés en 2004 et 2010.
La CWC est une association pan-canadienne d’auteurs de romans policiers.
Le tournage se déroulera dans un premier temps aux Îles-de-la-Madeleine en mai, avant de se déplacer en juin à Montréal. L’intrigue du roman, on s’en souviendra, était multicentrique, un départ à Montréal, une suite aux Îles, avec des antépisodes en République Dominicaine.
L’histoire évolue autour du personnage de Claude Goyette, dit Le baron, mécène et homme d’affaires, qui sera assassiné à bout portant lors d’une fête. Produite par Version 10, la télésérie de six épisodes a été écrite par Marie-Ève Bourassa et sera réalisée par Yannick Savard, déjà des artisans de la saison 1.
Seront de retour Patrick Hivon et Catherine Brunet dans les rôles d’André Surprenant et de Geneviève Savoie. Évelyne Brochu et Vincent Graton interpréteront de nouveaux personnages majeurs. Beaucoup de personnages de la première saison reprendront du service. La distribution est détaillée dans le communiqué du groupe Québécor.
Pour un écrivain, c’est un grand bonheur. Par ailleurs, un neuvième Surprenant est en cours d’écriture.
Napoli, l’ancienne Néopolis grecque, est habitée depuis près de trois mille ans. Aujourd’hui troisième ville d’Italie derrière Rome et Milan, elle jouit depuis toujours de sa merveilleuse baie sertie d’îles mythiques, Ischia, Procida et Capri. Haut lieu musical, berceau du bel canto, étape obligée des tours du monde romantiques du dix-neuvième siècle, Naples demeure pourtant une grande ville relativement négligée par les visiteurs du monde.
Je l’ai contournée en 1978, visitée très brièvement en 2011, peut-être influencé par une réputation surfaite: Naples était dangereuse et sale.
J’y suis depuis quelques jours et je demeure sous le charme. Naples est vivante, bruyante, populaire, séduisante et trash, cet article étant intraduisible en français. La ville est ouvrière, religieuse et pas comme il faut, mais pleine de vie. Elle a pris pour héros ce footballeur génial et clivant, Diego Maradona, qui a choisi le SSC Napoli, une équipe médiocre à l’époque, quand il a intégré la série A en 1984.
Comme Napoli, Maradona n’était pas comme il faut, sortait tard, avait de mauvaises habitudes et des liens avec le monde interlope. Mais il a emporté des championnats, compté des buts extraordinaires, a mené sa vie vaille que vaille avec un je m’en-foutisme macho auquel les tifosis s’identifiaient. Quant à ses liens avec la Camorra, la pègre napolitaine, qui s’en souciait? La ville n’était-elle pas elle-même aux prises, déjà, avec son problème de déchets?
J’étais à peine sorti de la gare qu’un premier interlocuteur – en passant, les Napolitains sont vraiment très gentils – s’excusait de l’insalubrité des rues. Parce que oui, la gestion des vidanges est toujours problématique à Naples. Les conteneurs débordent, les sacs éventrés jonchent les rues dans certains quartiers, le plastique sous toutes ses formes est omniprésent. Le fond du problème reste le même. La Camorra fait des profits faramineux en ne faisant pas ce qu’elle, par le biais d’intermédiaires bidons, est payée pour faire: enfouir les déchets ou les acheminer vers des incinérateurs (en trop petit nombre), entretenir les rues. La santé publique est affectée, de même que l’environnement. Les déchets, dont plusieurs toxiques, sont déposés n’importe où en campagne. Ils contaminent les sols, le bétail et la chaîne alimentaire, causent des cancers précoces et des dommages économiques astronomiques. N’empêche, ça continue, pour des raisons socio-politiques qu’il faut sans doute une vie pour comprendre.
Pourtant le coeur de la ville, notamment les célèbres quartiers espagnols qui bordent la Via Toledo, bat avec un entrain qui confine à la bonne humeur. Naples est la ville natale de la pizza. La nourriture y est excellente. Le tissu social est serré, la famille règne en maître, même si une partie de la population semble survivre de petits métiers et de combines. Il y a des campements, des sans-abris dans le métro, des gens qui font appel à la charité publique, mais probablement pas davantage qu’à Montréal.
La ferveur dont jouit toujours Maradona, ce surdoué bum du calcio, traduit peut-être la position de Naples dans la psychologie italienne. La grande ville du Sud, ancienne capitale du Royaume des Deux-Siciles, vedette déchue qui a vu tant de ses enfants émigrer vers les Amériques, n’a pas la grandeur de Rome, le charme élégant de Florence, la puissance de Milan ou l’aura de Venise. Elle a autre chose, la beauté rebelle et sauvage, la folie créatrice, aussi une ferveur bon enfant. Naples n’est pas correcte, elle est déconcertante et séductrice.
Il me fera plaisir de vous voir au salon du livre de Québec du 9 au 13 avril.
Je serai en signature à quatre reprises. De plus, je participerai à un grand entretien sur la scène Radio-Canada avec Julie Collin jeudi le 10 à 15 heures.
La saison 1 de Détective Surprenant, «La Fille aux yeux de pierre», télédiffusée sur Illico puis sur TVA en janvier dernier, a été sélectionnée comme finaliste dans la catégorie de série dramatique dans une langue autre que l’anglais.
Le Banff World Media Festival a lieu chaque année depuis 1979 dans les Rocheuses canadiennes, d’où les Rockie Awards qui y sont décernées.
Le dernier Surprenant paru en octobre dernier, L’Affaire des Montants, était le huitième. J’élabore actuellement l’intrigue du neuvième. Pour ce faire, je mets à jour un fichier-maître, sorte de tableau de bord sur lequel j’inscris l’essentiel des données relatives aux multiples personnages de la série et aussi de mes autres romans.
Ce fichier Word compte plus de 130 entrées. Nom, prénom, date de naissance, attributs caractéristiques, traits physiques, occupation, rôle dans les différents romans sont compilés de façon succincte de façon à me démêler et surtout à éviter les invraisemblances, la trame des différents Surprenant respectant une chronologie greffée sur des faits socio-politiques réels.
Ainsi, avant de m’atteler au prochain livre, dont l’action devrait se situer à Montréal quelque part en 2015, je dois remettre à jour mon disque dur mental, relire par exemple Nos meilleurs amis sont les morts, pour me remettre en mémoire les derniers événements dans le clan Surprenant.
Parce qu’il faut bien employer le mot clan. Dès On finit toujours par payer, j’ai utilisé la double intrigue: d’un côté l’enquête policière ponctuelle, avec des références au passé; de l’autre la famille du personnage central, André Surprenant, sa conjointe, son ex, ses beaux-parents, ses trois enfants, dont une fille issue d’un amour d’un soir, les conjoints de ces derniers, un petit-fils, sans compter sa famille d’Iberville, ses parents, ses oncles, son frère. La saga s’étalant désormais sur plus de seize ans, ça fait du monde, beaucoup de monde, qui suffirait à eux seuls à meubler une télésérie.
Pour mémoire, voici l’essentiel du clan Surprenant en décembre 2014, dernier moment évoqué dans L’Affaire des Montants.
Habitent avenue de L’Épée à Outremont dans la maison héritée de l’oncle architecte Roger Surprenant:
André Surprenant, 53 ans, sergent-détective au SPVM
Geneviève Savoie, 43 ans, enquêtrice à la SQ
William Leduc, 20 ans, fils d’une première union de Geneviève
Olivier Leduc, 18 ans, fils d’une première union de Geneviève
(de façon intermittente) Émilie Normandeau-Nguyen, 20 ans, blonde plus ou moins steady de William
Enfants Surprenant (vivent à Montréal ou autour):
Maude Surprenant, 29 ans, professeur de lettres, vit avec son chum Julien Massicotte et leur fils de 5 ans, Paul.
Félix Surprenant, 28 ans, fricoteux dans l’informatique et la comptabilité, dont la blonde Sabrina «Bouba» Stottlemyre, consultante en événementiel, revient d’un break sabbatique en Asie.
Laurie Leblanc, 26 ans, policière au SPVM, et sa blonde Inge Feuerbach, dont le champ d’activité est à déterminer.
Clan Chiodini:
Maria Chiodini, 51 ans, première conjointe de Surprenant et mère de ses deux premiers enfants, vit en Toscane.
Giannina Chiodini, née Bosselli, 81 ans, mère de Maria, vit rue Dante avec
Guiseppe Chiodini, 82 ans, père de Maria.
les jumeaux Marco et Mario Chiodini, 49 ans, entrepreneurs en construction.
Famille Surprenant (Iberville)
Nicole Goyette, 79 ans, mère de Surprenant, lutte contre un cancer du rein grade IV.
Maurice Surprenant, 77 ans, père prodigue de Surprenant, ancien livreur de bière, ex-roadie psychédélique recyclé dans l’autofiction.
Jacques Surprenant, 51 ans, frère cadet de Surprenant, livreur de poulet Cocorico Express.
Marcel Surprenant, 81 ans, oncle de Surprenant, vieux garçon vivant dans un chalet près de la rivière-à-Barbottes.
Satellites
Louise Lachapelle, 69 ans, mère de Geneviève, problèmes cognitifs, vit à Laval.
Je compte donc, sans entrer dans l’équipe des crimes majeurs du SPVM, 22 personnages. Comment les évoquer, leur donner vie sans qu’ils prennent trop de place dans un polar centré sur l’action? Essentiellement en oscultant la majorité pour donner des rôles mineurs dans l’intrigue à certains d’entre eux.
Maintenant, qu’est-il survenu, pendant ces quelques mois, au sein de l’escouade de Surprenant?
Il y a deux jours, le 12 février, était diffusé sur TVA le sixiéme et dernier épisode de la télésérie Détective Surprenant – La fille aux yeux de pierre. Elle avait d’abord été disponible sur Club Illico à partir de décembre 2023.
En quelques mots, c’est un franc succès d’auditoire, dépassant les attentes du diffuseur. La série a attiré 858 000 spectateurs. Si l’on additionne ceux qui l’ont vue sur Club Illico, on dépasse le million. Les commentaires sont très positifs. Produite par Version 10, écrite par Marie-Ève Bourassa et Maureen Martineau à partir du premier polar mettant en scène André Surprenant, On finit toujours par payer (Québec Amérique), réalisée par Yannick Savard, jouée par une superbe distribution mettant en vedette Patrick Hivon et Catherine Brunet dans les rôles de Surprenant et de Geneviève Savoie, la série de six épisodes diffusée par le groupe Vidéotron a fait sa marque dans une offre télévisuelle extrêmement riche.
Comme auteur, je vis les résultats: André Surprenant, mon personnage récurrent, s’est incarné sous les traits de Patrick Hivon dans l’imaginaire québécois.
Et maintenant? J’entends inlassablement votre question: à quand une deuxième saison? Suite aux bouleversements des habitudes de consommation numérique et au siphonnage des revenus publicitaires par les GAFAM de ce monde, il est devenu difficile de produire au Québec.
Mais contrairement à ce qu’ont prétendu certains, le projet d’une deuxième saison est toujours vivant. Et Surprenant n’a pas dit son dernier mot.
Je fréquente les polars d’Ian Rankin depuis plus de deux décennies. J’y trouve certainement des intrigues complexes et un rendu vivant de l’Écosse contemporaine. J’y trouve aussi un art littéraire consommé, un ton et des personnages inimitables.
J’ai terminé cette nuit, dans ma période d’insomnie habituelle, devant le feu, Midnight and blue, vingt-cinquième roman mettant en vedette l’inspecteur John Rebus, personnage mythique qui a même fait l’objet d’interventions au parlement écossais. En lisant les maîtres internationaux du polar, mon intérêt et mon plaisir sont doubles: le lecteur lit, le romancier analyse et dissèque.
Midnight and blue est un roman singulier parce qu’une grande partie de l’action s’y déroule en milieu carcéral. John Rebus, inspecteur à la retraite allant sur ses soixante-dix ans, se trouve en effet emprisonné pour un crime que je ne divulgâcherai pas. Jamais je n’oserais camper une longue intrigue en prison: je n’en connais que les clichés. Ian Rankin est allé sur le terrain et rend compte d’une façon crédible de la réalité de l’existence des prisonniers et des gardiens dans une geôle regroupant des criminels de haut niveau. Rivalités occultes en relation avec le crime extérieur, ambivalences, menaces entre gardiens et prisonniers, attaques sauvages, tout y est. Au milieu de tout ça, John Rebus, sous la protection d’un caïd inquiétant, arrive à naviguer malgré son passé de policier.
Rebus lui-même rassemble à peu près tous les attributs classiques du policier maudit: divorcé, fumeur, buveur, rebelle, grognon, indiscipliné, intuitif et vulnérable sous une carapace de dur.
Le livre s’ouvre sur un meurtre en prison, puis déborde sur la disparition d’une adolescente dans la communauté. Cette partie de l’enquête est centrée sur l’héritière symbolique de Rebus, Siobhan Clarke, enquêtrice célibataire d’un âge indéfini. Un deuxième meurtre survient dans la communauté, celui d’un ex-footballeur aux mauvaises fréquentations, puis les intrigues s’entrecroisent jusqu’à une résolution habile et logique.
Tout au long, un peu à la manière de Michael Connelly, les infinies complexités des rouages des enquêtes policières modernes sont étalées de façon vivante, par les interactions entre les différents enquêteurs oeuvrant à la fois sur le meurtre en prison et les événements survenant dans la communauté. C’est du policier procédural de premier ordre.
Au niveau du style, Rankin se signale par un art remarquable du dialogue. Ils sont vifs, intelligents, insidieux et rendent parfaitement compte des intérêts et des particularités des personnages, policiers, mafieux ou civils. Le tout est enrobé dans un emprunt au slang écossais, aussi dans un recours tout à fait britanno-irlando-écossais à l’understatement ironique. Les personnages, même s’ils sont récurrents, sont très peu décrits physiquement. Ils se contentent d’agir et d’interagir, de rendre compte d’une société à la fois sophistiquée et brutale. Rankin, sûrement amateur de rock des années 1970-1980, ne se gêne pas pour prêter à Rebus et à d’autres personnages un amour pour cette musique.
Ian Rankin aspirait, semble-t-il, à devenir un professeur de littérature ou un auteur «sérieux». Pour notre grand plaisir, il s’est laissé aspirer par son inspecteur fétiche, John Rebus, l’ours imbibé de scotch et de nicotine.
Nathalie Déraspe, journaliste, musicienne et voyageuse madelinienne que j’ai eu le plaisir de côtoyer aux Îles-de-la-Madeleine dans les productions du Vieux Treuil, a fait paraître dans un récent numéro du Radar cet excellent portrait de moi-même. Il est rare de pouvoir bénéficier d’une écoute et d’un travail aussi assidus. J’y apparais même en premier communiant.
Michel Roberge, qui écrit un excellent blog sur le polar et le roman noir, s’est penché de façon exhaustive sur L’Affaire des Montants, le dernier Surprenant.