«La lune rouge» – retour sur mon Île d’Entrée

En mars 1991 est paru mon premier livre, La lune rouge, aux éditions Québec Amérique.

Pour moi, à 37 ans, il s’agissait de l’aboutissement d’un rêve, mais aussi d’un long travail. Je caressais le projet de publier et j’écrivais avec plus ou moins de constance depuis l’âge de 16 ans. Deux romans conçus à l’adolescence étaient demeurés dans mes tiroirs. J’avais écrit des nouvelles, des chansons, des articles dans les journaux. Mes années d’étude en médecine et les premières années de pratique aux Îles-de-la-Madeleine, sans compter trois enfants, avaient réquisitionné la majeure partie de mes énergies.

Un roman de voyage, qui deviendra bien plus tard La Marche du fou, était ébauché – à la main – dans des cahiers Canada.

Survint, outre peut-être une certaine maturité, cet événement, l’arrivée de l’ordinateur personnel. Je pouvais désormais écrire à l’écran, corriger à mesure, me délivrer des manuscrits couturés de ratures, couper et coller, créer des dossiers que je pouvais sagement enregistrer sur ce support antique, le disque souple, bien avant le disque dur externe.

Aussi en 1986 ai-je commencé à écrire une nouvelle intitulé Halloween, dans laquelle un jeune médecin nommé François Robidoux, sorte d’alter ego, effectuait sa visite d’automne au dispensaire de l’Île d’Entrée. Y travaillait une infirmière d’origine britannique, veuve, la cinquantaine. Non loin y habitaient un peintre iconoclaste et son ensorcelante fille Charlene. D’abord nouvelle d’une trentaine de pages, l’histoire a été retravaillée pour devenir une novella de 100 pages, refusée par la dizaine de maisons d’édition québécoises à laquelle je l’avais anxieusement fait parvenir, à l’ancienne mode, par la poste.

En 1988, j’ai trouvé, par la hasard des amitiés et des rencontres, deux lectrices aguerries, elles-mêmes écrivaines, à qui j’ai demandé humblement ce qui clochait dans le texte.

Elles l’ont lu, l’ont commenté généreusement, m’ont suggéré de le retravailler, de lui donner de l’ampleur.

J’ai recommencé, travaillé une année complète sur une nouvelle mouture plus étoffée, à la fois roman de mœurs et parodie de polar. C’était sans doute mieux, parce que mes deux lectrices m’ont encouragé à proposer le nouveau produit fini à une maison d’édition.

Ainsi est né La lune rouge, roman paru essentiellement dans la forme hybride où il a été proposé. Le livre m’a servi, comme l’île d’Entrée pour les navigateurs du dix-huitième siècle, de porte d’accès à cet archipel qu’est l’écriture. Comme il a connu un succès relatif, deux rééditions, il m’a surtout permis d’être publié de nouveau et de continuer mon apprentissage.

Au fil des ans, La lune rouge a fait l’objet d’une tentative d’adaptation cinématographique. Le livre a été réédité complètement à la courte échelle en 2000, puis a connu le luxe d’être rééditer une nouvelle fois lors du passage dans la collection de poche Nomades en 2016, cette fois en réintroduisant certains éléments abandonnés de l’édition originale.

Le roman célèbre donc cette année ses trente ans.

Deux sujets de méditation.

L’écriture, comme tout art, est une longue patience.

On n’écrit jamais et on écrit toujours le même livre. Les thèmes abordés dans ce premier roman, les amours rencontrés à l’étranger, la puissance des blessures enfouies, l’île en tant que lieu de fuite et de rencontre, la quête d’identité, ont été repris inlassablement à travers mes fictions ultérieures. Mes héros ont porté les noms de Robidoux, Robitaille, Robillard et Robinson (cette fois-ci dans le prochain à paraître en mars), question de m’amuser, aussi de mettre en lumière ce paradoxe essentiel: l’écrivain, en explorant et en tentant d’expliquer le monde, n’erre toujours qu’en lui-même.

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