Le neuviève tome – si l’on excepte les nouvelles – des enquêtes d’André Surprenant sera disponible en librairie le mardi 31 mars prochain. Un monde sans dieux, publié chez Québec Amérique, est campé à Montréal et en Montérégie.
L’histoire commence le 8 novembre 2015, le soir de l’anniversaire de Geneviève. En plus de se passer en novembre, le «mois des morts», le récit s’articule autour d’un deuil récent: Nicole Goyette, la mère du sergent-détective du SPVM, est décédée quelques semaines plus tôt du cancer du rein qui la rongeait déjà dans L’Affaire des Montants.
Dimanche 8 novembre 2015. André Surprenant quitte la soirée d’anniversaire de sa blonde pour se précipiter sur une scène de crime. L’abbé Francisco Bernal, le « père Paco » pour les défavorisés du sud-est de Montréal, a été sauvagement poignardé derrière l’église Notre-Dame-de-Guadalupe.
Crime passionnel? Liquidation d’un défenseur des prostituées, des itinérants et des travailleurs saisonniers contre les exploiteurs? Le sergent-détective du SPVM éprouve un étrange sentiment de déjà-vu. Il découvre aussi que, malgré ses bonnes œuvres, le célèbre prêtre en bicycle n’était pas un saint.
Entre les ombres des cartels, de l’Église catholique et de la corruption policière, au cours d’une enquête qui le mènera de la Montérégie à Rivière-des-Prairies et dont les sources plongent au cœur de l’Amérique latine, Surprenant en vient à se demander : Francisco Bernal a-t-il été tué parce qu’il voulait vivre dans un monde sans dieux?
Le 23 novembre dans le cahier week-end du Journal de Montréal, Josée Boileau a publié une excellente critique du dernier Surprenant, L’Affaire des Montants.
«QUI A OSÉ TUER UNE FILLE DES ÎLES?
Le détective André Surprenant, ce familier des Îles-de-la-Madeleine, y retourne en plein hiver pour enquêter sur un meurtre dont chacun s’étonne et pour lequel les soupçons s’éparpillent.
Il y a maintenant plus de vingt ans que Jean Lemieux, à la fois médecin et romancier prolifique, nous fait suivre les pas d’André Surprenant. On a connu le policier aux Îles-de-la-Madeleine, où il travaillait pour la Sûreté du Québec. Depuis quelques romans, on le retrouve au service de police de la ville de Montréal.
Avec L’Affaire des Montants, Lemieux réconcilie le présent et le passé du policier. Il l’avait déjà fait dans le précédent, Les Demoiselles de Havre-Aubert, mais c’était un concours de circonstances: Surprenant avait contribué à une enquête aux Îles parce qu’il s’y trouvait en vacances estivales.
Cette fois, le policier se déplace dans le but précis d’enquêter sur un meurtre. Et on est loin du soleil: c’est décembre, il fait froid, il vente ferme et Noël est dans quelques jours. Or, Surprenant a juré à sa chère Geneviève qu’il sera de retour à temps pour la fête.
C’est un défi, car le crime est particulier. La victime est une fille des Îles, mère d’adolescents, éleveuse de moutons, assassinée alors qu’elle promenait son chien dans le chemin des Montants. L’animal a été aussi abattu. Et l’arme était munie d’un silencieux.
Florence Turbide est par ailleurs la belle-fille d’un vieil ami de Surprenant – c’est même à sa demande que celui-ci accepte de se mêler de l’enquête. Le SPVM n’y fait pas objection, car il semble y avoir des liens avec la mafia montréalaise.
De même, la jeune Olivia Mansour, de la SQ des Îles, comprend rapidement l’intérêt d’avoir un policier aguerri à ses côtés.
Il faut dire que les soupçons vont de tous les côtés: un ex hargneux, un conjoint séducteur, un proche jaloux. Entre autres… Mais de là à les imaginer tueurs… Les policiers se perdent à sonder les opinions de chacun, sans oublier les mensonges et les omisssions qui compliquent la donne.
Surprenant cherche donc la meilleure stratégie à suivre, avant de conclure qu’il vaut mieux «qualifier (cette enquête) de hors-norme plutôt que de broche à foin».
DU SUSPENSE
Le lecteur, lui, se laisse balader sans problème sur les chemins de Havre-aux-Maisons, rendus à leurs habitants maintenant que les touristes sont partis. Justement, ceux-ci causent de plus en plus de soucis.
«Ce qui était à vendre maintenant, ce n’était plus le homard ou la saveur locale, c’étaient les Îles elles-mêmes.
Spéculation foncière, entreprise artisanale qui vire vers l’industrie, changements climatiques qui érodent les berges: les Îles changent. L’histoire se déroule en 2013, mais on comprend que le phénomène s’est accentué depuis.
Fidèle à son habitude, Jean Lemieux insère sans peine des considérations sociopolitiques extrêmement pertinentes à ce qui relève néanmoins du polar classique. Et ici, on s’interroge jusqu’à la fin.
Voilà pourquoi on ne se lasse pas du solide Surprenant.»
La télésérie «Détective Surprenant – La fille aux yeux de pierre», disponible sur Club Illico depuis onze jours, suscite beaucoup d’intérêt. Je mets donc à jour cette publication de l’an dernier au sujet des sept romans mettant en scène le sergent-détective André Surprenant et sa collègue Geneviève Savoie. Un huitième est en cours d’écriture. Trois autres enquêtes ont été publiées sous forme de nouvelles.
Lieu et temps de la narration: Îles-de-la-Madeleine, automne 2001
Intrigue: Rosalie Richard, 19 ans, est retrouvée en bas d’une falaise. André Surprenant, sergent-enquêteur à la SQ, s’impose devant un enquêteur venu du continent et parvient à élucider une série de crimes dont l’auteur est inattendu.
Situation personnelle de Surprenant: marié, père de deux adolescents, attiré par une jeune coéquipière, Geneviève Savoie.
Prix Arthur-Ellis et France-Québec Philippe-Rossillon. Le livre a été adapté au cinéma par Gabriel Pelletier sous le titre La peur de l’eau.
Lieu et temps de la narration: Îles-de-la-Madeleine, été 2002.
Intrigue: Romain Leblanc, un violoneux réputé originaire de Fatima, est retrouvé mort dans son salon, après avoir fêté une partie de la nuit chez un voisin. Suicide? Meurtre? Le musicien au caractère abrasif s’était fait bien des ennemis.
Situation personnelle de Surprenant: divorcé, moral fragile, plus ou moins en relation avec Geneviève Savoie, s’apprête à quitter les Îles pour Québec.
Prix Arthur-Ellis, prix de création littéraire de la ville de Québec et du Salon du livre de Québec et prix des abonnés du réseau des bibliothèques de Québec.
Intrigue: Sergent-enquêteur à Lac-Beauport, André Surprenant élucide, à la suite d’une piste inattendue, un délit de fuite mortel survenu un an plus tôt à Sainte-Catherine-de-la Jacques-Cartier.
Situation personnelle de Surprenant: Vit avec Geneviève Savoie à Beauport. Sur la piste de son père disparu qui aurait été vu en Californie.
Lieu et temps de la narration: Montréal, automne 2008.
Intrigue: Nouvellement transféré à l’escouade des crimes majeurs du SPVM, Surprenant est plongé dans une série de meurtres portant la griffe d’un psychopathe, mais peut-être aussi lié au crime organisé montréalais.
Situation personnelle de Surprenant: Vient d’hériter de la maison et du Steinway de son oncle Roger, vit toujours avec Geneviève, ses enfants Maude et Félix sont de jeunes adultes munis de conjoints, le père aurait de nouveau été localisé à Los Angeles.
Lieu et temps de la narration: Montréal, juillet 2009.
Intrigue: Alors que le Festival de jazz bat son plein à Montréal, Surprenant est confronté au meurtre d’un infectiologue dans une clinique du CHUM. La scène de crime comporte des éléments troublants: une allusion à un groupe terroriste, un ordinateur trafiqué, un dernier patient introuvable. Le sergent-enquêteur de l’escouade des crimes majeurs sera bientôt aux prises avec des adversaires aussi occultes que puissants.
Situation personnelle de Surprenant: sa compagne Geneviève a des soucis de santé, sa fille Maude est sur le point d’accoucher, son père corrige le manuscrit de son autobiographie au bord de la rivière à Barbotte, la résurgence d’un fantôme du passé mettra son couple à rude épreuve.
Finaliste au prix de la Canadian Crime Writers, 2018.
Lieu et temps de la narration: Montréal, Îles-de-la-Madeleine, août 2009
Intrigue: Un soir d’août, le gérant d’une boutique de prêt sur gages de Montréal est abattu d’une balle dans la tête. André Surprenant, sergent-détective aux crimes majeurs du SPVM, est appelé sur les lieux bien qu’il soit en vacances. Pourquoi? La victime est née aux Îles-de-la-Madeleine et Surprenant s’apprête justement à s’y rendre avec sa famille pour jouir de quelques semaines de repos dans l’archipel où sa carrière d’enquêteur a pris son envol. Au grand dam de sa blonde Geneviève, il y est plongé dans une affaire complexe, où les cadavres s’accumulent.
Situation personnelle de Surprenant: Idem à celle du livre précédent, appelé à travailler aux Îles alors qu’il doit y être en vacances.
Finaliste au prix de la Canadian Crime Writers 2021.
Lieu et temps de la narration: Montréal-Mauricie, mai 2012
Intrigue: Montréal, 1er mai 2012. Maître Jean-Claude Ladouceur, notaire, est retrouvé égorgé dans le sous-sol de sa maison d’Ahuntsic. À côté du cadavre, un carré de tissu rouge. Le sergent-détective André Surprenant est sceptique. Le meurtre ne lui paraît pas lié à la crise du printemps érable. Les leurres, il a déjà donné.
Pour LP Brazeau, son partenaire, le mobile est simple: l’argent, toujours l’argent. Entre une veuve troublante, un promoteur immobilier amateur de dictons, un patron louche et un banquier qui joue au mécène, Surprenant est entraîné dans une affaire complexe, qui déborde à la fois de Montréal et des années 2010.
Les meurtres se succèdent. La sécurité de Surprenant et de ses proches, la paix même du couple inoxydable qu’il forme avec Geneviève, sont menacées. Brazeau a tort: il ne s’agit pas simplement d’argent. Quelqu’un cherche à se venger. Surprenant fouille la ville avec une nouvelle coéquipière allumée. De ces jours trépidants, il sortira changé.
Situation personnelle de Surprenant: Geneviève traverse une crise personnelle. William, le fils aîné de Geneviève, sort avec une activiste. Laurie, la fille apparue dans le quatrième tome de la série, prend une plus grande place dans la vie de la famille.
Printemps 2002. J’habite Québec depuis bientôt huit ans, après une douzaine d’années aux Îles-de-la-Madeleine. J’aime mon travail d’omnipraticien en soins physiques à l’Institut universitaire en santé mentale de Québec mais entre les gardes sur place, les heures régulières et la vie familiale, il me laisse peu de place à l’écriture. Après la parution en 2000 de La Marche du fou, je fais du surplace, empêtré dans la fabrication d’un grand roman «irlandais» qui finira par donner quatorze ans plus tard une nouvelle, La Tête de violon, chez Alibis, puis, dans une version étendue, une novella éponyme chez Québec Amérique.
Je décide donc, pour m’amuser et aussi pour ne plus chercher mon chemin dans un projet qui ne débouche pas, d’écrire un roman policier. Le genre est à cette époque moins fréquenté au Québec. J’ai toujours adoré les polars. Mon éditeur de l’époque, La courte échelle, m’encourage. Ainsi, en moins de six mois, j’écrirai ce qui devait être un livre unique, ce qui deviendra le «premier Surprenant».
Je me souviens parfaitement du matin – était-ce un samedi, un dimanche ou le petit matin d’un jour de travail? – où j’ai campé en moins d’une page le personnage d’André Surprenant, sergent-enquêteur à l’escouade de la SQ des Îles-de-la-Madeleine. Au-delà de la description physique, un grand brun aux cheveux de jais, au nez fort, à qui l’on demandait s’il n’avait pas des racines autochtones, je lui ai donné une partie de mon histoire personnelle. Il sera né à Iberville et aura une histoire familiale plutôt trouble, marquée par la disparition de son père en pleine crise d’Octobre. Quant à son étonnant patronyme, je le choisis parce qu’il est enraciné en Montérégie, surtout parce que je le trouve sonore et rigolo.
Je ne pensais pas à cette époque entreprendre une série, mais par quelque souci d’orfèvrerie, j’ai quand même créé l’armature de ce qui pouvait devenir le délice et le calvaire d’un écrivain: un personnage récurrent.
Le reste est de l’histoire. Le livre s’est écrit rapidement, dans une sorte de plaisir jubilatoire. À mi-chemin, il fallait demander adresser une demande de subvention pour la parution, incluant un titre. Je n’en avais pas. J’ai tapé, presque une boutade, «On finit toujours par payer», parole de la victime, Rosalie Richard, alors qu’elle quitte, quelques minutes avant sa mort, La Caverne, un bar à Cap-aux-Meules. Quelques jours plus tard, mon éditrice du temps m’a assuré qu’il s’agissait d’un excellent titre et qu’elle aimerait le garder. J’étais sceptique, mais l’éditrice avait raison et le titre n’a jamais nui au livre, au contraire.
Sous la garde de Hélène Derome et d’Annie Langlois, le livre a progressé jusqu’à sa parution. Les critiques et les ventes furent bonnes, le roman gagna deux prix, fut l’objet de plusieurs réimpressions à la courte échelle avant de poursuivre sa vie chez Québec Amérique. En 2012, il fut adapté au grand cran par Gabriel Pelletier sous le titre La Peur de l’eau. Enfin, dans deux jours, les six épisodes de la télésérie «Détective-Surprenant – La fille aux yeux de pierre», produite par Version 10 et réalisée par Yannick Savard, seront disponibles sur Club Illico.
Surtout, On finit toujours par payer, le polar écrit pour s’amuser, aura été l’assise d’une série de sept romans mettant en vedette André Surprenant, sa compagne Geneviève Savoie, leurs coéquipiers, leurs familles, leurs patrons, leurs ennemis, une smala qui m’oblige à entretenir de gros fichiers de chronologie et de personnages.
Après-demain, Surprenant et Geneviève s’incarneront sous les traits de Patrick Hivon et de Catherine Brunet. Ce qui est intéressant, pour un auteur adapté, c’est de voir comment la scénarisation amène les livres ailleurs, plus loin. Dans cet état d’esprit, Marie-Ève Bourassa et Maureen Martineau ont fait un excellent travail, notamment par l’ajout d’antépisodes dans la vie de Surprenant.
Alors que je suis en train d’écrire le huitième Surprenant, ancré comme le premier, le deuxième et le sixième aux Îles-de-la-Madeleine, je vis ce rare plaisir de père-auteur: mon personnage récurrent a, comme un adulte, quitté la maison.
André Surprenant vole désormais de ses propres ailes. Ou presque.