Dans la Presse, hier, un aperçu d’un automne télévisuel qui serait Surprenant.
«Détective Surprenant» en ondes le 7 décembre
23 août 2023Détective Surprenant – La fille aux yeux de pierre, télésérie de six épisodes réalisée à partir de mes polars publiés chez Québec-Amérique, sera en onde sur Club Illico à partir du 7 décembre prochain.
Principalement basée sur le premier tome de la saga Surprenant, On finit toujours par payer, la série mettra en vedette Patrick Hivon dans le rôle titre et Catherine Brunet dans celui de Geneviève Savoie. La distribution est très solide. L’intrigue repose sur le meurtre sordide de la fille du maire de Havre-aux-Maisons aux Îles-de-la-Madeleine.
Produite par Version 10, la télésérie a été réalisée par Yannick Savard. La scénarisation – on vous promet des surprises – a été assurée par Maureen Martineau et Marie-Ève Bourassa, romancières aguerries.
Le tournage a eu lieu aux Îles-de-la-Madeleine le printemps dernier.
Longue vie à Détective Surprenant!
«Desert Star», dernier roman de Michael Connelly: Bosch est-il le seul à être usé?
29 juin 2023Depuis les années 90, je peux affirmer que j’ai lu presque tous les romans policiers de Michael Connelly. Je termine Desert Star, le trente-septième, avec un sentiment qui m’est familier depuis quelques années: le charme n’opère plus. Les histoires sont toujours impeccables, même inventives, sur le plan procédural. Il manque quelque chose, une dimension tragique, humaine, peut-être simplement artistique.
Maintenant, je lis les aventures de Harry Bosch, Mickey Haller et Renée Ballard en anglais, pour la véracité et la clarté du style, aussi pour éviter les écueils de la traduction française. Au fil des ans, les phrases s’appauvrissent, le texte devient extrêmement direct, concret, exprimant une réalité brute qui reflète probablement l’univers actuel de l’enquête policière aux États-Unis.
Néanmoins, le lecteur-auteur en moi se trouve souvent en mal de ravissement. Quels sont les sentiments des personnages? Quelles sont leurs motivations? Que vivent-ils? Harry Bosch, archétype de l’enquêteur entêté et solitaire, semble devenu unidimensionnel. Pas d’amours, pas de voyages, pas de rêves, seulement cette monomanie de rendre justice et de faire payer les méchants. Everybody counts or nobody counts. Bosch évolue dans un univers clos, qui ne change pas, son Cherokee antique, sa maison à flanc de falaise, son jazz, ses relations minimalistes avec d’anciens collègues. Son seul lien affectif important est sa fille Maddie, qui vit maintenant de son côté sa vie de jeune policière. Ce qui change chez Bosch, c’est sa condition physique, des douleurs au genou, un cancer qui à la fin de Desert Star semble le condamner à une fin prochaine. Bosch est désormais un enquêteur à la retraite, un vieil homme, une sorte de fantôme qui étire une carrière crépusculaire. S’il a combattu au Vietnam, il faut conclure, après la pandémie évoquée dans les derniers romans de la série, qu’il a maintenant soixante-quinze ans.
Les enquêteurs mythiques, comme John Rebus, vieillissent. C’est bien, mais il faut se demander si Michael Connelly qui sort un roman chaque année est en train de vieillir lui aussi. Comment se renouveler? Connelly, qui jouit certainement d’un vaste réseau de collaborateurs, reste à l’affût des nouvelles technologies et les introduit dans ses romans. Ce qui semble manquer, c’est l’épaisseur des personnages. Ils ne sont jamais décrits physiquement, se résument à des traits de comportement prévisibles. Les tueurs en série sont arrêtés ou tués sans qu’on sache ce qui les motivait.
Harry Bosch, comme Wallander à la fin de la série de Mankell, semble réduit à une sorte de coquille animée par des habitudes, des réflexes de limier obsédé. Michael Connelly, un grand écrivain, peut-il encore évoluer, pondre un chef d’œuvre comme Le Poète ou La Blonde en béton?
La réalité est peut-être beaucoup plus simple: l’effet de nouveauté de ses romans étant passé depuis longtemps, nous ne pouvons plus être surpris par un style désormais convenu. Les livres de Michael Connelly lui assurent néanmoins des revenus mirobolants, gonflés par les adaptations télévisées. Conan Doyle a fait revivre Sherlock Holmes. Maurice Leblanc ne s’est jamais débarrassé de l’ombre de Lupin. Mankell, avant de nous quitter prématurément, a réglé ses comptes avec Wallander en le précipitant dans la démence. D’après le site de l’écrivain, Bosch n’est pas vraiment en fin de course. Quelque traitement miraculeux le préservant du trépas, il apparaîtra en novembre en compagnie de son demi-frère Haller dans Resurrection Walk. Sera-t-il le seul à ressusciter?
Une excellente critique de Josée Boileau
19 juin 2023Paru hier dans Le Journal de Montréal:
Rien de mieux qu’un bon polar pour commencer l’été, et celui que Jean Lemieux a à offrir est un grand cru !
Depuis dix ans maintenant que le prolifique auteur Jean Lemieux confie des enquêtes à son sergent-détective, André Surprenant. Avec Nos meilleurs amis sont les morts, on en est à la septième. Elle est solide, prenante et astucieusement collée à l’actualité.
En fait, loin d’avoir fait le tour de son héros, Lemieux présente un détective et une enquête qui ont encore plus d’étoffe que dans les romans précédents. On a envie à la fois de tourner les pages et de prendre son temps, histoire de ne pas quitter le passionnant récit qui nous est relaté.
L’action se passe en 2012. Au Québec, dans la réalité, cette année est synonyme de Printemps érable, de Commission Charbonneau et de la découverte que l’insoupçonnable détective Ian Davidson était une taupe, prêt à vendre au crime organisé des renseignements sur des centaines d’informateurs de police. Il y avait de quoi ébranler la société.
L’auteur récupère tout cela en y greffant un meurtre curieux et sanglant : un notaire apparemment bien tranquille, retrouvé la gorge tranchée dans son sous-sol du quartier montréalais d’Ahuntsic, un carré rouge à ses côtés. Suivra l’assassinat d’un promoteur lié à la mafia, exécuté selon le même modus operandi.
Parallèlement, le climat est morose au sein du Service de police de la Ville de Montréal, et pas seulement parce que les policiers sont débordés par les manifestations étudiantes. Le sergent-détective Surprenant s’y sent surveillé, mais par qui ?
Et ce n’est guère plus reposant à la maison. L’aîné de Geneviève, sa conjointe, s’est lancé à fond dans les grèves étudiantes, à la grande inquiétude de sa mère.
Les nerfs sont donc partout à fleur de peau; pendant ce temps un meurtrier continue à menacer et à agir.
Une année chargée
Lemieux arrive parfaitement à rendre l’effervescence de cette année bien particulière, dont on a oublié à quel point tout était à vif. Éducation, politique, monde syndical, univers de la finance, milieu des promoteurs, services policiers, tout était pointé du doigt. Et le crime organisé s’en donnait à cœur joie.
Il y a déjà là une riche matière, mais l’auteur y ajoute son grain de sel. L’enquête policière qu’il a concoctée débordera en effet l’année 2012 pour conduire au passé, faisant se rejoindre des événements et des personnages a priori disparates. L’histoire est complexe, ce qui nous ravit.
Son héros a par ailleurs le recul que donne la maturité, en mesure dès lors d’évaluer la portée politique et sociale de ce qui secoue le Québec. Ce détective a des convictions, ce que l’on voit rarement dans les polars : c’est à nouveau apprécié.
L’impact du travail d’un détective sur la vie de famille est par ailleurs mis en relief de manière réaliste. Ce n’est pas qu’à Surprenant qu’on s’attache, mais à tout son entourage.
Ce polar a décidément tout pour nous combler !
Le Surprenant 7 dans la sélection des polars d’avril du Devoir
29 avril 2023Ce matin, Sonia Sarfati parle de Nos meilleurs amis sont les morts dans le Devoir.
Carrés rouge sang
Après cette parenthèse enchantée qu’est La dame de la rue des Messieurs, Jean Lemieux retourne au sergent détective André Surprenant. Une septième enquête, intitulée Nos meilleurs amis sont les morts. Nous sommes à Montréal, le 1er mai 2012. La métropole est secouée par les manifestations étudiantes. Le carré rouge devient signe de rébellion… et de beaucoup plus. Or, l’un de ces morceaux de tissu est retrouvé à côté du cadavre du notaire Jean-Claude Ladouceur. L’homme, aux relations douteuses, a été égorgé. L’enquête démarre par cette première pièce d’un puzzle fascinant et complexe dont les ramifications remontent loin dans le temps. Comme toujours, le romancier ne facilite pas le travail à ses personnages et, ô joie, ne sous-estime pas ses lecteurs — qui, cette fois-ci, devraient en plus tomber sous l’emprise de la nouvelle partenaire du policier : Alice Verreau. On espère la revoir (vite) aux côtés de Surprenant, lequel apparaîtra bientôt au petit écran sous les traits de Patrick Hivon. Yé !
Sonia Sarfati
Robinson au pays des personnages
26 avril 2023Alors que je suis aux Îles-de-la-Madeleine pendant quelques jours pour rencontrer des étudiants du collégial et lancer Nos meilleurs amis sont les morts à la librairie Flottille, je retombe sous le charme de l’archipel qui m’a accueilli, jeune médecin, en juillet 1980.
Pour retrouver l’époque, cet extrait de mon récit autobiographique, Une sentinelle sur le rempart, paru en 2018.
Chapitre 9 – Robinson au pays des personnages
Le lendemain, à Iberville, je charge ma Renault 5 jaune tracteur de l’ensemble de mes possessions terrestres : des vêtements, deux caisses de longs-jeux, une caisse de romans, ma guitare Norman en érable, ce qu’il reste de mon équipement de hockey, une boîte contenant des souvenirs, des photographies, mes écritures : deux mauvais romans dont les pages sentent déjà le renfermé, des ébauches de récits parsemés de ratures, mon journal d’adolescent, quelques chansons recopiées dans des cahiers Canada. Paul et Jeanne sont au bas de l’escalier qui donne sur la 5e Avenue. Ils sont émus, mais stoïques : le départ des enfants, c’est dans l’ordre des choses. Deux d’entre eux, le plus vieux et la plus jeune, resteront à Iberville et à Montréal et adouciront leur vieillesse.
Début juillet 1980. Deux collègues internes et moi louons un camion et vidons nos appartements montréalais. Nous ne transportons pas grand-chose, quelques tables, lits, chaises, bureaux, bahuts, des caisses de livres qui, au port, ne remplissent même pas un conteneur. Sur le quai, le voisinage du fleuve attiédit la canicule. Ce n’est pas le vent du large, mais les Îles sont là, à l’est, au bout de cette masse d’eau qui fuit vers Trois-Rivières et Québec.
Je suis ému moi aussi, mais peu longtemps. Devant moi, il y a mille deux cent cinquante kilomètres de route et surtout l’aventure.
Je débarque à Cap-aux-Meules le 15 juillet. Pas un souffle de vent. L’archipel repose sous une épaisse chape de brume. En plein jour, je dois allumer mes phares pour me rendre à la maison de Pointe-Basse que je partagerai, ces prochaines semaines, avec mes collègues arrivés de Montréal.
Jour J, 23 juillet, je me présente, frétillant d’excitation et d’angoisse, à la salle d’urgence de l’hôpital de Cap-aux-Meules. À vingt-six ans, je ne suis plus interne ou externe, je suis patron, responsable pour vingt-quatre heures d’une urgence en milieu isolé. Autour de moi, l’équipe médicale se résume à une douzaine d’omnipraticiens, dont quatre sont expérimentés, et un chirurgien « volant ». Ce dernier adjectif est particulièrement bien adapté à la situation. Chaque dimanche, les chirurgiens montréalais qui assurent la couverture des urgences aux Îles se croisent à l’aéroport, l’un arrivant, l’autre partant, si bien sûr la météo le permet. En cet été 1980, les Îles saluent l’arrivée d’un fort contingent de recrues, huit médecins flambant neufs, venus au secours d’un quatuor au bord de l’épuisement.
Mon premier patient est un vieillard de Dune-du-Sud, habillé de pied en cap, comme si l’automne allait nous tomber dessus d’une minute à l’autre. Bien que j’aie eu l’occasion depuis une semaine de me faire à l’accent madelinot, je ne comprends à peu près rien de ce qu’il raconte. Les voyelles, les consonnes palpitent dans une bouillie gutturale, dépourvue de R, sur laquelle surnagent des mots anglais inconnus en Montérégie. L’homme, dont les prothèses dentaires me paraissent bien arrimées, n’en continue pas moins de discourir, me pointe son abdomen d’une main maigre mais large comme une raquette de badminton. Je saisis le mot djiabe, de même que godême, sorte de sacre passe-partout dont j’ai déjà observé, dans le parler des insulaires, la fonction lubrifiante. Au bout de deux minutes, je lève les mains et décrète une trêve. Je réquisitionne une infirmière, l’amène dans la salle d’examen et demande : « Qu’est-ce qu’il dit? » Le vieillard reprend la description de son mal, en s’adressant cette fois à sa compatriote, une petite blonde sérieuse en diable qui l’écoute attentivement avant de me livrer sa traduction ou plutôt son verdict : « Je comprends rien en toute, je viens pas du même canton. »
Après quelques secondes de flottement, un sourire me rassure : elle m’a bien attrapé. Plus que de la richesse de leurs accents locaux, je suis en présence d’un trait essentiel des Madelinots, l’humour. Est-ce un reflet de l’ancestrale nécessité de se divertir sur une terre aride, coupée du monde? Un relent de la domination britannique, d’abord marquée par la déportation de 1755, puis par la mainmise des seigneurs et des commerçants anglophones sur la vie économique de l’archipel aux dix-huitième et dix-neuvième siècles? Un effet de l’enfermement bicentenaire dans une culture insulaire, unique, à cheval entre l’Acadie, le Québec et les Maritimes? Dans ce microcosme humain où les dires et les agirs circulent et se transforment sous la forme de rumeurs, d’histoires, de légendes, chaque personne, forcément, devient un personnage.
Annonce de la distribution de la télésérie «Détective Surprenant – La fille aux yeux de pierre»
19 avril 2023Version 10 et Québécor contenu ont annoncé la distribution de la télésérie qui sera diffusé sur Club Illico l’automne prochain.
Le tournage commence lundi prochain le 24 avril aux Îles-de-la-Madeleine.
Patrick Hivon incarnera André Surprenant.
Catherine Brunet sera Geneviève Savoie.
Toute la distribution est prometteuse.
La première saison de six épisodes sera adaptée de On finit toujours par payer, premier tome de la série amorcée en 2003.

Une excellente critique de Michel Bélair
14 avril 2023Vous trouverez ici un bijou d’article de Michel Bélair, chroniqueur polar au Devoir, dans le magazine internet en-retrait.com.
À quelques très rares exceptions près, la notion de frontière n’a rien de flou : c’est très « définitif » une frontière, tous les migrants du monde le savent. C’est du moins toujours une limite parfois agrémentée d’une barrière, de plus en plus souvent même, d’un mur. Chaque côté d’une frontière est un endroit autre, différent du fait même de son existence. Mais quand il est question des frontières personnelles ou éthiques que l’on peut se permettre ou non de franchir, les choses sont beaucoup plus compliquées… C’est un peu ce que raconte le plus récent roman de Jean Lemieux, Nos meilleurs amis sont les morts.
Michel Bélair
André Surprenant n’a rien d’un ripou, disons-le tout de suite. Enquêteur à l’escouade des Crimes majeurs du Service de police de la ville de Montréal (SPVM), le héros de Jean Lemieux mène ici sa septième enquête. Ceux qui le connaissent savent qu’il a amorcé sa carrière à la Sûreté du Québec aux Iles-de-la-Madeleine (On finit toujours par payer, Le mort du chemin des Arsène), qu’il a été muté à Québec (L’homme du jeudi) avant de passer au SPVM et de s’installer à Montréal. Jusqu’ici, on l’a déjà vu s’attaquer sans relâche au crime organisé (Le mauvais côté des choses, Les demoiselles de Havre-Aubert) tout comme aux «intouchables» de quelque milieu qu’ils soient (Les clés du silence). Surprenant est un incorruptible sous ses allures d’électron libre.
Mais c’est aussi un homme «ordinaire» qui a ses petits secrets, un homme usé qui, comme un peu tout le monde au détour de la cinquantaine, vit des problèmes de couple et de famille reconstituée. Même qu’il a de plus en plus tendance à amortir son stress avec du Macallan sans glaçon… Au fil des enquêtes et des années, Surprenant et les gens qui l’entourent sont ainsi peu à peu devenus le principal intérêt des romans de Jean Lemieux. Non pas que l’auteur ne sache pas tisser dans chacun de ses livres des intrigues complexes bien campées dans la réalité d’ici : bien au contraire, c’est plutôt parce que ce sont de vrais personnages crédibles vivant des situations de vie qui ressemblent aux nôtres. C’est d’ailleurs ce qui explique que lorsqu’un collègue, magouilleur de premier plan, est nommé directeur-adjoint au cours d’une affaire compliquée, Surprenant avale difficilement la couleuvre et se met à paranoïer en surveillant ses arrières.
Carrés rouges
Il faut dire aussi que l’enquête qu’on vient tout juste de lui confier est plantée au beau milieu d’une époque pour le moins effervescente : celle de la crise des Carrés rouges. Nous sommes donc en 2012 et, comme par hasard, un membre de sa famille élargie, le jeune William, participe activement aux marches et aux manifs qui mobilisent le centre-ville de Montréal comme le Québec tout entier. Les choses se corsent donc un peu plus lorsque Surprenant et son équipe découvrent un carré rouge aux côtés d’un notaire vidé de son sang dans son sous-sol. C’est d’ailleurs tout ce qu’ils trouvent puisque l’assassin n’a laissé aucune trace d’effraction, ni aucune empreinte ou trace d’ADN. Rien.
Les policiers, prévenus par un informateur, découvrent rapidement que le notaire Ladouceur était en lien avec de notoires « blanchisseurs » d’argent sale et se mettent à suivre la piste de ses dernières transactions. Ils constatent aussi, à la grande surprise d’ailleurs de la veuve pas particulièrement éplorée, que les comptes bancaires du notaire ont été siphonnés dans des paradis fiscaux. Tout cela prend un sens encore plus troublant lorsque, à peine quelques jours plus tard, survient un deuxième meurtre: celui d’un promoteur immobilier « douteux » avec lequel le notaire Ladouceur faisait affaire. Le modus operandi des deux affaires est identique … y compris le siphonnage des comptes bancaires qui dépasse maintenant le million.
Il n’y a en fait qu’une seule différence entre les deux scènes de crime : la dimension du carré rouge placé près de la victime saignée comme une bête. Comme si on cherchait à narguer les enquêteurs …
Des « vieilles affaires »
La rumeur publique s’empare bien sûr de l’affaire et les journaux dénoncent l’inefficacité des policiers ce qui embête profondément la hiérarchie du SPVM. Encore plus quand un dossier impliquant un proche de Surprenant fait surface. Le détective tente de rester impassible, de plus en plus persuadé qu’il s’approche de quelque chose d’important qui se cache derrière la seule piste financière.
L’épisode a toutefois remué de « vieilles affaires » remontant à son enquête sur la corruption entourant la construction du CHUM (Les clés du silence) : il a lui aussi franchi alors une frontière qui pourrait compromettre sa carrière tout comme celle de sa conjointe… Surprenant continue toutefois de faire confiance à son instinct et se met à creuser un filon qui date de l’époque où Ladouceur et sa future femme se sont rencontrés en Mauricie, dans une pourvoirie appartenant à un banquier qui employait le notaire. Lorsque la veuve de Ladouceur est à son tour retrouvée morte, il sait que la clé de toute l’affaire se trouve là, dans le passé qui réunissait déjà deux des victimes… et probablement le tueur. Et, bien sûr, on vous laisse découvrir vous même comment tout cela s’imbrique.
Toute l’histoire est éminemment complexe et l’on n’a ici effleuré que la surface de cette intrigue protéiforme qui plonge des racines profondes dans les méandres de la conscience avec laquelle on aborde la vie de tous les jours. Les romans de Jean Lemieux ont cette grande qualité de référer à la texture même de l’existence, ce qui n’est pas courant on l’admettra. Son écriture introspective risque de vous faire plonger, soyez prévenu, dans les réflexions que vous entretenez tous les jours et qui vous permettent de continuer à affronter le quotidien. Quitte à vous confronter à certaines frontières plus ou moins floues qui contribuent à nous définir dans ce que nous avons de plus intime.
C’est déjà rare de se retrouver à un tel endroit quand on lit un roman et, pour le commun des mortels, on ne s’y attend surtout pas en lisant un polar. Ça vous apprendra !
Nos meilleurs amis sont les morts
Jean Lemieux
Québec Amérique, Montréal 2023, 336 pages
Lancement aujourd’hui à Québec
11 avril 2023«Nos meilleurs amis sont les morts»: en librairie.
8 avril 2023Le septième tome de la série Surprenant est en librairie depuis le 4 avril.
Ici, une excellente critique de Michel Roberge:
Non classé |
Publié par jeanlemieux 
