Semana santa

23 avril 2011

La Semana Santa, en Espagne, c’est du sérieux.

À Malaga, j’ai vu des enfants, des adultes se promener, dimanche dernier, avec des accessoires qui m’ont ramené directement à mon enfance: des rameaux.

Le dimanche précédent sa mise à mort, Jésus-Christ est entré à Jérusalem et a été acclamé par une foule agitant des rameaux. Le jour marque le début de la semaine sainte, qui est très célébrée ici, notamment par les procesions.

À Malaga, à Séville, à Madrid, des associations de pénitents organisent des défilés dans les rues. Au cœur de l’événement, les tronos, sortes de chars allégoriques montés sur des poutres et portés par des fidèles. Les tronos sont très ornés, représentations du Christ, cierges, dorures, et oscillent au rythme de la fanfare qui suit derrière, entre les pénitents vêtus de toges et coiffés de chapeaux pointus et une foule plus ou moins nombreuse.

Les diverses confréries de pénitents ou de fidèles rivalisent entre elles de pompe, de ferveur ou de pathos. La semana santa semble par ailleurs être devenue dans certaines villes, notamment Séville, un véritable événement touristique, attirant des visiteurs du pays ou de l’étranger.

Par ailleurs, une procession athée a carrément été interdite par un tribunal madrilène.

Je connais peu l’Espagne. Ce qui m’étonne, c’est de retrouver ici une ferveur et des traditions religieuses qui ont pratiquement disparu, en moins d’une décennie, au Québec.


Arnaldur, Erlendur et la question de la Caramilk

19 avril 2011

Si j’ai bien compris, l’Islande est aux romans d’Indridason ce que le caramel, ou ce qui y ressemble, est à la Caramilk: on ne sait pas comment ça se fait, mais c’est dedans.

C’est un tout inclus.

Les paysages ne sont pas décrits. Les personnages sont – bien que je n’y jamais mis le pied – islandais.

Ceci dit, La cité des jarres est une excellent roman.


Où est l’Islande d’Indridason, bout de cigare?

15 avril 2011

Bon, Indridason par ci, Indridason par là, je lis La cité des jarres. 

Me voici en présence d’Erlendur Sveinsson, inspecteur paumé à Reykjavik, lequel enquête sur le meurtre d’un dénommé Holberg, dans l’appartement duquel on a trouvé ces mots: «Je suis lui».

Malgré les évidentes qualités de construction, je cherche la prime qualité, la quintessence de la moellle.

Où est l’Islande, ce pays de geysers, de volcans et de légendes, Ventre-Saint-Gris?

Suis-je devenu un inconditionnel de Mankell? J’éprouve le sentiment d’être en contact avec un sous-produit, un ersatz. Cet Erlendur ressemble fort à Wallander, moins je ne sais quoi, peut-être la nouveauté.

Islande à part, je suis sur la Costa del Sol en compagnie de Surprenant qui lui est demeuré à Québec. Il y a des palmiers atteints par l’hiver, des plages désertes et de bons fruits de mer, sans compter les ritournelles convenues, sur fond musical des années quatre-vingt-dix, qui traitent de l’amour éternel.

Sans compter que demain, il y a un clasico doble, Madrid-Barcelone et Montréal-Boston.


Dashiell Hammett, écrivain météorique

11 février 2011

J’ai toujours été fasciné par les auteurs américains de la première moitié du vingtième siècle.

Parmi eux, Hemingway, immense écrivain et buveur imbuvable, occupe certainement la première place. Autre figure de proue de la lost generation, Fitzgerald, plus brillant mais moins puissant, suit non loin derrière. J’ai lu et relu A farewell to arms et surtout The Great Gatsby, roman possiblement parfait par l’adéquation de la forme et du fond. Amateur de policier, j’ai aussi fréquenté Raymond Chandler et Dashiell Hammett.

Hammett (1894-1961) a assumé classiquement, dans la littérature policière, un rôle fondateur: il a, à la fin des années 1920, inventé le polar dit « hard-boiled » ou « dur à cuire ». S’il n’ a pas été tout à fait le premier adepte du genre, il l’a porté à sa perfection par ses cinq polars parus entre 1929 et 1934, dont le plus connu, The Maltese Falcon, est devenu un livre culte.

Né au sein d’une famille dysfonctionnelle à Baltimore, Hammett a quitté l’école tôt pour exercer divers métiers, dont celui de détective au sein de l’agence Pinkerton. Cette expérience du crime a fourni la matière de ses nouvelles et de ses romans, dans lesquels il s’est appliqué à transposer, dans une prose sèche et précise et des dialogues percutants, l’univers des truands des grandes villes américaines.

La vie et la trajectoire d’écrivain de Dashiell Hammett sont tragiques. Affligé d’une mauvaise santé, grand lecteur, grand buveur, il commence à commence à écrire au début des années 1920, sur la côte ouest, pour soutenir financièrement sa famille quand ses problèmes pulmonaires l’empêchent d’occuper d’autres fonctions. Il publie d’abord de courts textes, puis des nouvelles payées un sou le mot. Ce n’est que plusieurs années plus tard qu’il s’attaque au roman, produisant coup sur coup, à une vitesse effrénée, ses cinq ouvrages les plus consistants. Ensuite, brutalement, alors même qu’il touche à l’aisance par l’adaptation de ses romans au cinéma, il cesse à tout fin pratique d’écrire, ne produisant plus, de loin en loin, que des scénarios, des nouvelles, qui n’atteindront plus son meilleur niveau.

À quarante ans, Dashiell Hammett se mue, comme Hemingway d’ailleurs, en une caricature de lui-même, à la fois triste et flamboyante. Il boit de plus en plus, dilapide, entre New York et Hollywood, des sommes faramineuses, se brouille avec les éditeurs et les maisons de production, le tout en devenant, par le cinéma et la radio, un personnage de plus en plus public.  L’écrivain, lui, est mort. Sympathisant de gauche, il sera victime de la chasse aux communistes de l’après-guerre. Il sera emprisonné six mois pour outrage au tribunal, perdra tout et achèvera son existence, tuberculeux, alcoolique, dans un dénuement complet. Ses romans, bien qu’ils aient pris, quatre-vingt ans plus tard, une patine un peu kitsch, sont toujours en circulation.

Hemingway, Fitzgerald, Hammett, Faulkner, Chandler… Tous ces grands écrivains ont en quelque sorte suivi le chemin tracé par Poe, celui de l’artiste maudit ravagé par l’alcool, à croire qu’il était impossible de supporter à jeun l’Amérique… ou la page blanche. Poussés par leurs démons intérieurs ou par un mode de vie romantique, ils ont, comme des comètes s’enflammant en pénétrant l’atmosphère, créé en se désagrégeant. Le procédé, vieux comme le monde, a été repris par les jazzmen et les rock-stars.

La mort, à défaut d’être originale, est une fin toujours commode.


Le chant du cygne de Wallander

5 janvier 2011

J’ai terminé hier la lecture de L’homme inquiet de Henning Mankell.

La couverture, sans aucune équivoque, annonçait: «La dernière enquête de Wallander».

Kurt Wallander, l’enquêteur d’Ystadt, y sort effectivement de scène, au dénouement d’une histoire d’espionnage dans laquelle, à sa façon coutumière, il se trouve entraîné malgré lui, en raison de nouveaux liens familiaux.

Dans ce gros roman de 550 pages, Mankell, qui depuis quelques années n’a pas caché que le personnage de Wallander lui pesait, mène son héros, non pas au bout mais au début de la nuit. Je ne vendrai pas ici la mèche. Il suffira de dire que le grand auteur suédois, avec une grande tendresse et beaucoup de soin, met son personnage au rancart, dans un chant du cygne somptueux, où interviennent, en de multiples caméos, les hommes et les femmes qui ont meublé sa vie, Mona, Linda, Baiba, Martinsson, les fantômes du père peintre paysager au caractère impossible, de la mère décédée subitement, de Rydberg et de Sven l’éleveur de chevaux.

Dans sa dernière enquête, menée avec une opiniâtreté d’autant plus méritoire qu’il est diminué physiquement et mentalement, Wallander est fidèle à lui-même: bourru, honnête, torturé et brouillon. Dans cette série, Mankell, homme d’idées et de convictions, a tracé le portrait d’une Suède, et d’un monde occidental, troublés, en mutation et profondément inquiets. Aucun de ces romans n’est irremplaçable par la complexité de l’intrigue ou la tension dramatique. Wallander entrera finalement au panthéon des enquêteurs sous les traits d’un ours à la fois brillant et pataud, dépourvu de grâce mais profondément humain.

Les relations entre les auteurs et leurs têtes d’affiche sont complexes. Doyle a tué puis ressucité Holmes. Leblanc s’est débarrassé de Lupin. Plus près de nous, Rankin vient de larguer Rebus.

Mankell, à 62 ans, a tassé Wallander, ce qui lui permettra de poursuivre une œuvre déjà très variée. Il n’est pas dit que Wallander n’aura pas le dernier mot. L’auteur peut éliminer un personnage. Cela n’empêchera pas celui-ci de lui survivre dans le cœur de ses lecteurs.

 


Au salon du livre de Montréal

18 novembre 2010

Je ferai des séances de signature au salon du livre de Montréal samedi le 20 novembre de 15h à 16h30, puis de 18h30 à 20h.

Le dimanche, je serai présent de 11h à 12h30.


La constellation du lynx: un fort roman

9 novembre 2010

J’ai abordé le dernier roman de Louis Hamelin avec un certain scepticisme. J’avais seize ans en octobre 1970. «La Crise» constitue dans ma vie, comme dans celles de bien des Québécois, un nœud. Il y a eu un avant, un après. Il y a eu aussi tous ces romans, ces films, ces essais, ces reportages, ces hypothèses, ces accusations, ces démentis, ces procès plus ou moins bidon et surtout l’assourdissant silence des principaux acteurs, que ce soit les politiciens ou les terroristes.

Le roman de Hamelin, quarante ans après les faits, en suivait beaucoup d’autres. Qu’allait-il apporter de nouveau?

La constellation du lynx se signale certainement par la profondeur de son matériau historique. La brique de 600 pages regorge de détails, de points de vue, de révélations, que certains, évidemment, ne manqueront pas de contester.

Ce roman, après la polémique, comptera davantage par ses qualités artistiques. Louis Hamelin, un écrivain éminemment doué, a mis plusieurs années à peaufiner l’œuvre, qui témoigne d’une véritable maestria narrative. Le résultat est un livre baroque, déjanté, sauvage, polyphonique, dont la forme s’accorde à la complexité du sujet. Les morceaux d’anthologie abondent. Les descriptions de la nature abitibienne, les plongées dans l’univers des felquistes, de l’épisode de Percé aux troublants dialogues avec Madame Corps en France, les points de vue multiples et changeants, les niveaux de langue, du joual au précieux, les personnages attachants de Sam Nihilo et de Marie-Québec, tous ces éléments font que ce roman, probablement, passera l’épreuve du temps.

La constellation du lynx, par le sujet et par le style, est traversé, accessoirement, par le fantôme de Jacques Ferron, qui fut à la fois une victime, un témoin et un acteur de la crise.

«La crise d’Octobre était restée, depuis ce temps, la face cachée de la lune québécoise».

Paradoxalement, c’est peut-être par le biais de la fiction que ces événements, bien réels, nous deviennent compréhensibles.


Au salon du livre de Dieppe

21 octobre 2010

Je serai à Moncton au Nouveau-Brunswick ce week-end pour participer au salon du livre de Dieppe.

Je participerai à des séances de signature samedi et dimanche, de même qu’à un café littéraire, samedi à 16 heures, à la scène du Salon. Le sujet sera «L’écriture d’un roman». Je serai en compagnie de Gracia Couturier et Gaétan Arseneau Basque.


«Le mort du chemin des Arsène» reçoit le Prix des abonnés des bibliothèques de Québec

20 octobre 2010

J’ai eu l’honneur de recevoir hier soir le prix des abonnés du réseau des bibliothèques de Québec, dans la catégorie fiction, pour mon roman Le mort du chemin des Arsène.

Le prix a été décerné par vote du public, ce qui rend cette reconnaissance encore plus précieuse.

 


Voyage aux Îles avec un parapluie

26 septembre 2010

Je pars demain soir pour les Îles-de-la-Madeleine.

J’y assisterai à quelques séances de tournage de La peur de l’eau.

Justement, on annonce de la pluie mardi et mercredi.

En souvenir de l’excellent livre de Louis Gauthier, j’apporterai un parapluie, bien que l’utilité de cet accessoire demeure, encore plus qu’en Irlande, relative sous les vents atlantiques.