Journal d’Asie 1 – Saïgon, retour sur la guerre du Vietnam

Saïgon n’est plus. Après la défaite américaine de 1975 et la réunification du pays, la ville est devenue Ho-Chi-Minh-Ville, du nom de Nguyen Singh Cung, dit Ho-Chi-Minh, chef de guerre et homme d’état vietnamien qui a inlassablement combattu pour la libération puis la réunification de son pays.

Aujourd’hui, la république socialiste du Viêt Nam est un pays communiste que l’on pourrait qualifier de soft, peut-être un avatar de son puissant cousin (ou père) chinois. Il existe certes un parti unique, mais aussi une économie de marché.

Ho-Chi-Minh-Ville est aujourd’hui une mégalopole asiatique de plus de 8 millions d’habitants, moteur économique et culturel d’un pays toujours dominé par la plus petite, plus nordique et plus austère Hanoï. Le tourisme est florissant, même en ces temps d’épidémie. Impossible pour un Québécois de ma génération de ne pas arpenter les rues de l’ancienne Saïgon sans être assailli par les images de deux époques, celle de l’Indochine française, jusqu’en 1954, puis les années de la guerre dite du Vietnam, de 1962 à 1975.

Se juxtaposent des images de L’amant, tirées du roman de Marguerite Duras et d’Apocalypse Now de Francis Ford Coppola. Le film m’a accompagné depuis ma jeunesse, a servi de toile de fond à mon roman, La Marche du Fou. La guerre a marqué, via sa contestation frénétique par la génération du Flower Power, toute mon adolescence.

Le musée des Vestiges de guerreà Ho-Chi-Minh-Ville, est l’attraction culturelle la plus prisée des touristes qui transitent chaque année dans la vieille Saïgon. Il s’agit essentiellement d’une vitrine revancharde pour le régime, qui ne se gêne pas pour diaboliser les Américains et montrer à quel point cette guerre contre le communisme avait fait l’objet d’une contestation planétaire.

Il ne faut pas compter sur le parti au pouvoir pour révéler ses propres exactions, ses propres atrocités, pour remettre en question la «normalisation» qui a entraîné, après 1975, l’endoctrinement ou l’exil de millions de Vietnamiens du Sud.

Ce qui frappe rétrospectivement dans cette guerre, c’est la naïveté, l’outrecuidance, la courte vue des dirigeants américains, militaires ou civils, qui toutes pourraient être qualifiées d’incroyables ou de stupéfiantes. Comment ont-ils pu même penser qu’ils pouvaient vaincre un peuple tel que les Vietnamiens qui luttait pour sa liberté sur son propre sol? Alors que les Américains, conscrits, étaient déployés, à l’étranger, pour se battre au nom d’une discutable idéologie, la guerre contre le communisme, les Vietnamiens, eux, luttaient avec leur logique millénaire contre un envahisseur concret, les Français, puis ensuite les Américains.

Les dés étaient pipés d’avance. Les Américains, pour paraphraser Denys Arcand, étaient déjà les mercenaires d’un empire en déclin. Ils ne savaient pas pourquoi ils se battaient, tel qu’abondamment illustré dans le film de Coppola. Les Vietnamiens, durcis par des siècles de lutte pour leur survie, galvanisés par l’esprit du clan, allaient fatalement gagner. Lyndon B. Johnson, en 1964, a pris prétexte d’un agression montée de toute pièce (l’incident du Golfe du Tonkin), pour lancer son armée dans une aventure impossible, qui a donné le gâchis que chacun connaît. Il est à noter que George W. Bush a procédé de la même façon pour déclencher la guerre en Irak.

Aujourd’hui, Ho-Chi-Minh-Ville la vertueuse tourne le dos à Saïgon la débauchée. La statue d’Hô Chi Minh domine la place devant l’ancien hôtel de ville des maîtres français. Les industrieux Vietnamiens, sous la gouverne serrée de leur parti unique, cherchent frénétiquement à intégrer la danse des nations libres, dont ils ont été si longtemps exclus. Mais qui est libre et qui ne l’est pas? Entre l’apocalypse climatique, le socialisme et le Trumpisme, la réponse est de moins en moins claire.

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