Agrigento, la ville de Pirandello et de Camilleri

24 octobre 2023

Agrigento, une ville de soixante-mille habitants, est comme beaucoup d’anciennes places fortes juchée sur un piton rocheux, à deux kilomètres de la Méditerranée. Akragas des Grecs l’ayant fondée au sixième siècle avant JC, elle a vécu diverses changements de maîtres, sa célèbre vallée des Temples se développant cent ou deux cent ans plus tard.

Aujourd’hui, Agrigento est un des pôles touristiques les plus importants en Sicile. Sa modestie relative lui permet d’éviter les pièges qui menacent les agglomérations plus importantes, que ce soit sur les plans de la circulation que du surtourisme, de la population ou de la dénaturation culturelle. Ainsi, Agrigento demeure une ville où se déploie une réelle vie locale, alimentée par une volonté de se définir par ses plus célèbres créateurs.

Parmi ceux-ci, impossible de manquer Luigi Pirandello (1867-1936), prix Nobel de littérature 1934, dont les citations tapissent les vitrines des commerces de la rue Atenea, principale artère de la vieille ville. Nouvelliste, romancier, Pirandello a surtout été reconnu comme dramaturge. Ses pièces, notamment Six personnages en quête d’auteur, ont été abondamment jouées depuis soixante ans. Des noms de personnages célèbres sont repris dans la culture locale, de même que l’image stylisée de son célèbre chapeau. Le Teatro Pirandello, sur la piazza qui porte son nom, est une splendeur architecturale mais surtout un théâtre toujours actif.

Quant à son œuvre elle-même, un de ses principaux thèmes est l’incommunicabilité. Six personnages en quête d’auteur met en scènes des personnages qui ne peuvent comprendre et partager un drame commun à cause des images différentes qu’ils en ont. Le tout est à mettre en parallèle avec Pirandello lui-même, dont l’épouse souffrait de troubles psychotiques et a été internée.

L’autre pôle littéraire de la ville est Andrea Camilleri (1925-2019), romancier prolifique et tardif. Il est le plus souvent cité en relation avec ses polars mettant en scène Salvo Montalbano, mais il a écrit d’autres excellents romans. Né à Porto Empedocle, le port au sud-ouest de la ville principale, il a été un phénomène littéraire, autant par le charme de ses personnages et de ses intrigues que par son emploi d’un vocabulaire unique, croisement d’italien et de sicilien local. Ses romans se caractérisent par une certaine truculence, aussi par une volonté de concision.

Dans le paysage littéraire, Pirandello et Camilleri sont aussi éloignés que le sont leurs statues sur la rue Atenea, l’une formelle à l’ouest sur l’élégante piazza Pirandello, l’autre, une statue-chaise sur laquelle tout un chacun peut se faire photographier, à l’est, dans un secteur plus commercial.

Avec ses ruelles escarpées, ses bons restaurants, son identité conservée, aussi ses trésors archélogiques et architecturaux, Agrigento est une ville où on a envie de retourner. Comme quoi mettre en valeur des écrivains, ce n’est pas si fou que ça.


Cefalù, entre l’accent grave, la Rocca, Lawrence Durrell et les maudits téléphones

17 octobre 2023

Le voyageur qui débarque à Cefalù, à quelques cinquante kilomètres à l’est de Palerme, est frappé par deux choses.

Tout d’abord la Rocca, un promontaire calcaire de 270 mètres de hauteur, dominant la ville comme une verrue ou plus noblement une tête d’escargot, cette dernière analogie ayant peut-être donné, d’après le grec Kephaloidion dérivé de képhalos, tête, son nom à la vielle cité. La Rocca est certainement spectaculaire, mais à peine moins remarquable que l’accent grave qui surmonte, tel un chapeau de carnaval, le U final de Cefalù.

La lettre isolée U se prononçant toujours ou en italien, quelle est son utilité? Existe-t-il des U accent aigu? J’en cherche encore, mais ce n’est pas ma première perplexité face à l’italien, une langue supposément facile qui se révèle à l’usage, comme les couloirs d’un château médiéval, semée d’oubliettes et de chausse-trappes.

Quoi qu’il en soit, le voyageur tirant sa valise à roulettes vers le centre de Cefalù tombe bientôt sous le charme d’une petite ville extraordinaire. Ce n’est pas parce qu’un lieu charmant devient touristique qu’il cesse d’être charmant. Du moins, pas tout de suite. Il existe une période de grâce pendant laquelle les deux états peuvent cohabiter, notamment en basse-saison. En arpentant les rues étroites de la vieille ville, en s’introduisant dans les passages obscurs qui séparent des pâtés de maison dont certains semblent dater des Croisades, le voyageur ressent un authentique frisson, d’autant plus que les locaux traitent l’invasion planétaire avec un sain mépris. Curieusement, dans cet espace traversé par des bipèdes parlant plus de vingt langues internationales, les habitants de Cefalù semblent trouver moyen de mener une existence presque normale, peut-être parce qu’ils tirent l’essentiel de leur subsistance des retombées, que ces dernières soient des factures de restaurant, de boutiques ou de services.

Le tout est peut-être favorisé, en cette éternelle fin de saison dystopique, par un temps estival, vingt-quatre, vingt-cinq, vingt-six, vingt-sept degrés, qui n’en finit plus de finir. La mer est chaude, les itinérants numériques se font toujours rôtir sur la spiaggia, le soir venu tout un chacun déguste son Spritz Aperol ou son negroni en manches courtes sur la place du Duomo.

Mais le climat n’est qu’accessoire. Ce qui joue et ce qui jouait il y a deux mille ans, c’est la beauté des lieux, l’extraordinaire convergence de ce rocher, de cette plage, de ces montagnes, de cette mer sur la côte nord de la Sicile, à quelques dizaines de kilomètres de ce Mordor qu’est Pazzolermo, Palerme la folle.

Lawrence Durrell, le grand écrivain irlando-britannique, dont Le Quatuor d’Alexandrie constitue toujours, à mon avis, un des plus grands cycles romanesques du vingtième siècle, a publié en 1961 un livre intitulé Cefalu. L’auteur ayant dérivé vers la fin vers des considérations ésotériques qui annoncent, comme l’œuvre de Kerouac, le psychédélisme, le livre raconte un voyage initiatique où apparaît cet archétype méditerranéen, le Minotaure. Cefalù, la ville où a été tourné le chef d’œuvre Cinema Paradiso, semble ne pas pouvoir échapper à son pouvoir d’évocation. J’y passe quelques jours bienheureux en me disant que, malgré tout, j’aimerais y revenir.

Pourquoi? Je ne sais pas. Il y a certainement le bruit de la mer en bas sur la plage. Il y a ce rocher en forme de verrue et cet accent grave sur le U. Il y a aussi tous ces gens qui déambulent, qui mangent, qui prennent l’apéro les yeux fixés sur l’écran de leur smartphone. Je tu il nous sommes tous ce soir à Gaza, à Bruxelles ou aux États-Unis où – notez l’accent grave – sévit le Triste Soron aux cheveux oranges. Nous ne lisons pas Durrell, nous dansons sur le fil de l’extinction, dans cet été anormal qui n’en finit plus.

Quand il n’y aura plus de smartphones, d’accents graves, de bombes ou de roquettes tuant des civils palestiniens, juifs ou autres, il restera toujours la Rocca.


Fitzgerald, Sagan, Ventura et Juan-les-Pins

8 octobre 2023

Parmi les revues qui pénétraient dans la maison de mon enfance et qui meublaient mon imaginaire, il y avait évidemment le Paris Match. C’est ma mère qui l’achetait. Peut-être y était-elle abonnée? Il y avait beaucoup de photos, des gros titres, quelques articles sur l’actualité française et internationale. Il y avait surtout une quantité de ragots sur ce qui reste des familles royales ou sur leurs succédanés, les vedettes, autant du cinéma que du sport ou même de la littérature.

À neuf ou dix ans, je dévorais certains articles, moins sur les princes ou les duchesses de ce monde que sur les artistes, que ce soit les acteurs que je voyais à la télé ou les auteurs que je ne lisais pas encore, mais qui peuplaient les rayons des bibliothèques des plus grands. Du logement en haut de la pharmacie Lemieux, à Iberville, aux rues de Paris ou aux plages de Deauville, il y avait un grand pas. Dans cette France qui meublait tout de même une grande partie de l’imaginaire québécois, un lieu était particulièrement intriguant: la Côte d’Azur. D’abord parce qu’il semblait paradisiaque et réservé aux nantis, ensuite parce qu’il semblait encourager une certaine rage de vivre ou peut-être simplement des excès.

Françoise Sagan connaît une gloire précoce en 1954, à dix-huit ans, avec Bonjour Tristesse. D’elle je retiendrai surtout sa propension à conduire des voitures sport pieds nus sur les lacets traîtres des routes du littoral. Ce danger sera illustré par la mort en 1982, dans un accident d’auto, de Grace de Monaco, une autre «princesse» dont se repaissait Paris Match.

De Scott Fitzgerald, je serai frappé par les échos de la vie mondaine qu’il menait dans les années 20 à Juan-les-Pins ou à Saint-Raphaël. Tender is the night en parlera abondamment. Plus tard, toujours dans Paris Match, je lirai des articles, verrai des photos de Lino Ventura jouant aux boules à Saint-Paul-de-Vence avec Brel et Montand. Il faut imaginer qu’aujourd’hui, avec la masse de touristes qui fouillent l’Europe, ils ne pourraient s’adonner tranquillement à leur jeu.

Mais le nom qui titillait le plus mon imaginaire, c’était Juan-les-Pins, sans doute une question de sonorité, qui sait une résonance avec le mythe de Don Juan. Je viens d’y passer deux semaines, le temps de tomber sous le charme, aussi de m’apercevoir que le Juan-les-Pins de mon enfance, cet espace imaginaire supporté par quelques photographies, n’a pas grand-chose à voir avec la réalité. La station balnéaire fait maintenant partie d’Antibes. Il y a certainement des touristes, mais aussi beaucoup de retraités, de France ou d’ailleurs. Il y a toujours un casino, un festival de jazz, mais le lieu se signale plus par la beauté de sa baie, de ses plages, que par la frénésie de la vie nocturne des happy few du jet set. Les grands pins, les façades blanches, certaines un peu décaties, les parcs aux vieilles clotures de fer forgé, les rues sombres bordées de platanes, la promenade dégagent une beauté douce, mélancolique, surtout à la fin d’un été anormalement sec et chaud.

Hier, dans la petite gare inondée de soleil, j’ai pris le train vers Ventimille, puis Gênes. Demain, je prendrai le traversier pour la Sicile, autre lieu mythique, que j’ai davantage connu par Cammilleri ou Coppola que par le Paris Match.


Un automne Surprenant dans la Presse

10 septembre 2023

Dans la Presse, hier, un aperçu d’un automne télévisuel qui serait Surprenant.


«Détective Surprenant» en ondes le 7 décembre

23 août 2023

Détective Surprenant – La fille aux yeux de pierre, télésérie de six épisodes réalisée à partir de mes polars publiés chez Québec-Amérique, sera en onde sur Club Illico à partir du 7 décembre prochain.

Principalement basée sur le premier tome de la saga Surprenant, On finit toujours par payer, la série mettra en vedette Patrick Hivon dans le rôle titre et Catherine Brunet dans celui de Geneviève Savoie. La distribution est très solide. L’intrigue repose sur le meurtre sordide de la fille du maire de Havre-aux-Maisons aux Îles-de-la-Madeleine.

Produite par Version 10, la télésérie a été réalisée par Yannick Savard. La scénarisation – on vous promet des surprises – a été assurée par Maureen Martineau et Marie-Ève Bourassa, romancières aguerries.

Le tournage a eu lieu aux Îles-de-la-Madeleine le printemps dernier.

Longue vie à Détective Surprenant!


«Desert Star», dernier roman de Michael Connelly: Bosch est-il le seul à être usé?

29 juin 2023

Depuis les années 90, je peux affirmer que j’ai lu presque tous les romans policiers de Michael Connelly. Je termine Desert Star, le trente-septième, avec un sentiment qui m’est familier depuis quelques années: le charme n’opère plus. Les histoires sont toujours impeccables, même inventives, sur le plan procédural. Il manque quelque chose, une dimension tragique, humaine, peut-être simplement artistique.

Maintenant, je lis les aventures de Harry Bosch, Mickey Haller et Renée Ballard en anglais, pour la véracité et la clarté du style, aussi pour éviter les écueils de la traduction française. Au fil des ans, les phrases s’appauvrissent, le texte devient extrêmement direct, concret, exprimant une réalité brute qui reflète probablement l’univers actuel de l’enquête policière aux États-Unis.

Néanmoins, le lecteur-auteur en moi se trouve souvent en mal de ravissement. Quels sont les sentiments des personnages? Quelles sont leurs motivations? Que vivent-ils? Harry Bosch, archétype de l’enquêteur entêté et solitaire, semble devenu unidimensionnel. Pas d’amours, pas de voyages, pas de rêves, seulement cette monomanie de rendre justice et de faire payer les méchants. Everybody counts or nobody counts. Bosch évolue dans un univers clos, qui ne change pas, son Cherokee antique, sa maison à flanc de falaise, son jazz, ses relations minimalistes avec d’anciens collègues. Son seul lien affectif important est sa fille Maddie, qui vit maintenant de son côté sa vie de jeune policière. Ce qui change chez Bosch, c’est sa condition physique, des douleurs au genou, un cancer qui à la fin de Desert Star semble le condamner à une fin prochaine. Bosch est désormais un enquêteur à la retraite, un vieil homme, une sorte de fantôme qui étire une carrière crépusculaire. S’il a combattu au Vietnam, il faut conclure, après la pandémie évoquée dans les derniers romans de la série, qu’il a maintenant soixante-quinze ans.

Les enquêteurs mythiques, comme John Rebus, vieillissent. C’est bien, mais il faut se demander si Michael Connelly qui sort un roman chaque année est en train de vieillir lui aussi. Comment se renouveler? Connelly, qui jouit certainement d’un vaste réseau de collaborateurs, reste à l’affût des nouvelles technologies et les introduit dans ses romans. Ce qui semble manquer, c’est l’épaisseur des personnages. Ils ne sont jamais décrits physiquement, se résument à des traits de comportement prévisibles. Les tueurs en série sont arrêtés ou tués sans qu’on sache ce qui les motivait.

Harry Bosch, comme Wallander à la fin de la série de Mankell, semble réduit à une sorte de coquille animée par des habitudes, des réflexes de limier obsédé. Michael Connelly, un grand écrivain, peut-il encore évoluer, pondre un chef d’œuvre comme Le Poète ou La Blonde en béton?

La réalité est peut-être beaucoup plus simple: l’effet de nouveauté de ses romans étant passé depuis longtemps, nous ne pouvons plus être surpris par un style désormais convenu. Les livres de Michael Connelly lui assurent néanmoins des revenus mirobolants, gonflés par les adaptations télévisées. Conan Doyle a fait revivre Sherlock Holmes. Maurice Leblanc ne s’est jamais débarrassé de l’ombre de Lupin. Mankell, avant de nous quitter prématurément, a réglé ses comptes avec Wallander en le précipitant dans la démence. D’après le site de l’écrivain, Bosch n’est pas vraiment en fin de course. Quelque traitement miraculeux le préservant du trépas, il apparaîtra en novembre en compagnie de son demi-frère Haller dans Resurrection Walk. Sera-t-il le seul à ressusciter?


Une excellente critique de Josée Boileau

19 juin 2023

Paru hier dans Le Journal de Montréal:

Rien de mieux qu’un bon polar pour commencer l’été, et celui que Jean Lemieux a à offrir est un grand cru !

Depuis dix ans maintenant que le prolifique auteur Jean Lemieux confie des enquêtes à son sergent-détective, André Surprenant. Avec Nos meilleurs amis sont les morts, on en est à la septième. Elle est solide, prenante et astucieusement collée à l’actualité.

En fait, loin d’avoir fait le tour de son héros, Lemieux présente un détective et une enquête qui ont encore plus d’étoffe que dans les romans précédents. On a envie à la fois de tourner les pages et de prendre son temps, histoire de ne pas quitter le passionnant récit qui nous est relaté.

L’action se passe en 2012. Au Québec, dans la réalité, cette année est synonyme de Printemps érable, de Commission Charbonneau et de la découverte que l’insoupçonnable détective Ian Davidson était une taupe, prêt à vendre au crime organisé des renseignements sur des centaines d’informateurs de police. Il y avait de quoi ébranler la société.

L’auteur récupère tout cela en y greffant un meurtre curieux et sanglant : un notaire apparemment bien tranquille, retrouvé la gorge tranchée dans son sous-sol du quartier montréalais d’Ahuntsic, un carré rouge à ses côtés. Suivra l’assassinat d’un promoteur lié à la mafia, exécuté selon le même modus operandi.  

Parallèlement, le climat est morose au sein du Service de police de la Ville de Montréal, et pas seulement parce que les policiers sont débordés par les manifestations étudiantes. Le sergent-détective Surprenant s’y sent surveillé, mais par qui ? 

Et ce n’est guère plus reposant à la maison. L’aîné de Geneviève, sa conjointe, s’est lancé à fond dans les grèves étudiantes, à la grande inquiétude de sa mère.

Les nerfs sont donc partout à fleur de peau; pendant ce temps un meurtrier continue à menacer et à agir.

Une année chargée

Lemieux arrive parfaitement à rendre l’effervescence de cette année bien particulière, dont on a oublié à quel point tout était à vif. Éducation, politique, monde syndical, univers de la finance, milieu des promoteurs, services policiers, tout était pointé du doigt. Et le crime organisé s’en donnait à cœur joie.

Il y a déjà là une riche matière, mais l’auteur y ajoute son grain de sel. L’enquête policière qu’il a concoctée débordera en effet l’année 2012 pour conduire au passé, faisant se rejoindre des événements et des personnages a priori disparates. L’histoire est complexe, ce qui nous ravit.

Son héros a par ailleurs le recul que donne la maturité, en mesure dès lors d’évaluer la portée politique et sociale de ce qui secoue le Québec. Ce détective a des convictions, ce que l’on voit rarement dans les polars : c’est à nouveau apprécié.

L’impact du travail d’un détective sur la vie de famille est par ailleurs mis en relief de manière réaliste. Ce n’est pas qu’à Surprenant qu’on s’attache, mais à tout son entourage.

Ce polar a décidément tout pour nous combler !


Le Surprenant 7 dans la sélection des polars d’avril du Devoir

29 avril 2023

Ce matin, Sonia Sarfati parle de Nos meilleurs amis sont les morts dans le Devoir.

Carrés rouge sang

Après cette parenthèse enchantée qu’est La dame de la rue des Messieurs, Jean Lemieux retourne au sergent détective André Surprenant. Une septième enquête, intitulée Nos meilleurs amis sont les morts. Nous sommes à Montréal, le 1er mai 2012. La métropole est secouée par les manifestations étudiantes. Le carré rouge devient signe de rébellion… et de beaucoup plus. Or, l’un de ces morceaux de tissu est retrouvé à côté du cadavre du notaire Jean-Claude Ladouceur. L’homme, aux relations douteuses, a été égorgé. L’enquête démarre par cette première pièce d’un puzzle fascinant et complexe dont les ramifications remontent loin dans le temps. Comme toujours, le romancier ne facilite pas le travail à ses personnages et, ô joie, ne sous-estime pas ses lecteurs — qui, cette fois-ci, devraient en plus tomber sous l’emprise de la nouvelle partenaire du policier : Alice Verreau. On espère la revoir (vite) aux côtés de Surprenant, lequel apparaîtra bientôt au petit écran sous les traits de Patrick Hivon. Yé !

Sonia Sarfati


Robinson au pays des personnages

26 avril 2023

Alors que je suis aux Îles-de-la-Madeleine pendant quelques jours pour rencontrer des étudiants du collégial et lancer Nos meilleurs amis sont les morts à la librairie Flottille, je retombe sous le charme de l’archipel qui m’a accueilli, jeune médecin, en juillet 1980.

Pour retrouver l’époque, cet extrait de mon récit autobiographique, Une sentinelle sur le rempart, paru en 2018.

Chapitre 9 – Robinson au pays des personnages

Le lendemain, à Iberville, je charge ma Renault 5 jaune tracteur de l’ensemble de mes possessions terrestres : des vêtements, deux caisses de longs-jeux, une caisse de romans, ma guitare Norman en érable, ce qu’il reste de mon équipement de hockey, une boîte contenant des souvenirs, des photographies, mes écritures : deux mauvais romans dont les pages sentent déjà le renfermé, des ébauches de récits parsemés de ratures, mon journal d’adolescent, quelques chansons recopiées dans des cahiers Canada. Paul et Jeanne sont au bas de l’escalier qui donne sur la 5e Avenue. Ils sont émus, mais stoïques : le départ des enfants, c’est dans l’ordre des choses. Deux d’entre eux, le plus vieux et la plus jeune, resteront à Iberville et à Montréal et adouciront leur vieillesse.

Début juillet 1980. Deux collègues internes et moi louons un camion et vidons nos appartements montréalais. Nous ne transportons pas grand-chose, quelques tables, lits, chaises, bureaux, bahuts, des caisses de livres qui, au port, ne remplissent même pas un conteneur. Sur le quai, le voisinage du fleuve attiédit la canicule. Ce n’est pas le vent du large, mais les Îles sont là, à l’est, au bout de cette masse d’eau qui fuit vers Trois-Rivières et Québec.

Je suis ému moi aussi, mais peu longtemps. Devant moi, il y a mille deux cent cinquante kilomètres de route et surtout l’aventure.

Je débarque à Cap-aux-Meules le 15 juillet. Pas un souffle de vent. L’archipel repose sous une épaisse chape de brume. En plein jour, je dois allumer mes phares pour me rendre à la maison de Pointe-Basse que je partagerai, ces prochaines semaines, avec mes collègues arrivés de Montréal.

Jour J, 23 juillet, je me présente, frétillant d’excitation et d’angoisse, à la salle d’urgence de l’hôpital de Cap-aux-Meules. À vingt-six ans, je ne suis plus interne ou externe, je suis patron, responsable pour vingt-quatre heures d’une urgence en milieu isolé. Autour de moi, l’équipe médicale se résume à une douzaine d’omnipraticiens, dont quatre sont expérimentés, et un chirurgien « volant ». Ce dernier adjectif est particulièrement bien adapté à la situation. Chaque dimanche, les chirurgiens montréalais qui assurent la couverture des urgences aux Îles se croisent à l’aéroport, l’un arrivant, l’autre partant, si bien sûr la météo le permet. En cet été 1980, les Îles saluent l’arrivée d’un fort contingent de recrues, huit médecins flambant neufs, venus au secours d’un quatuor au bord de l’épuisement.

Mon premier patient est un vieillard de Dune-du-Sud, habillé de pied en cap, comme si l’automne allait nous tomber dessus d’une minute à l’autre. Bien que j’aie eu l’occasion depuis une semaine de me faire à l’accent madelinot, je ne comprends à peu près rien de ce qu’il raconte. Les voyelles, les consonnes palpitent dans une bouillie gutturale, dépourvue de R, sur laquelle surnagent des mots anglais inconnus en Montérégie. L’homme, dont les prothèses dentaires me paraissent bien arrimées, n’en continue pas moins de discourir, me pointe son abdomen d’une main maigre mais large comme une raquette de badminton. Je saisis le mot djiabe, de même que godême, sorte de sacre passe-partout dont j’ai déjà observé, dans le parler des insulaires, la fonction lubrifiante. Au bout de deux minutes, je lève les mains et décrète une trêve. Je réquisitionne une infirmière, l’amène dans la salle d’examen et demande : « Qu’est-ce qu’il dit? » Le vieillard reprend la description de son mal, en s’adressant cette fois à sa compatriote, une petite blonde sérieuse en diable qui l’écoute attentivement avant de me livrer sa traduction ou plutôt son verdict : « Je comprends rien en toute, je viens pas du même canton. »

Après quelques secondes de flottement, un sourire me rassure : elle m’a bien attrapé. Plus que de la richesse de leurs accents locaux, je suis en présence d’un trait essentiel des Madelinots, l’humour. Est-ce un reflet de l’ancestrale nécessité de se divertir sur une terre aride, coupée du monde? Un relent de la domination britannique, d’abord marquée par la déportation de 1755, puis par la mainmise des seigneurs et des commerçants anglophones sur la vie économique de l’archipel aux dix-huitième et dix-neuvième siècles? Un effet de l’enfermement bicentenaire dans une culture insulaire, unique, à cheval entre l’Acadie, le Québec et les Maritimes? Dans ce microcosme humain où les dires et les agirs circulent et se transforment sous la forme de rumeurs, d’histoires, de légendes, chaque personne, forcément, devient un personnage.



Annonce de la distribution de la télésérie «Détective Surprenant – La fille aux yeux de pierre»

19 avril 2023

Version 10 et Québécor contenu ont annoncé la distribution de la télésérie qui sera diffusé sur Club Illico l’automne prochain.

Le tournage commence lundi prochain le 24 avril aux Îles-de-la-Madeleine.

Patrick Hivon incarnera André Surprenant.

Catherine Brunet sera Geneviève Savoie.

Toute la distribution est prometteuse.

La première saison de six épisodes sera adaptée de On finit toujours par payer, premier tome de la série amorcée en 2003.