Dashiell Hammett, écrivain météorique

J’ai toujours été fasciné par les auteurs américains de la première moitié du vingtième siècle.

Parmi eux, Hemingway, immense écrivain et buveur imbuvable, occupe certainement la première place. Autre figure de proue de la lost generation, Fitzgerald, plus brillant mais moins puissant, suit non loin derrière. J’ai lu et relu A farewell to arms et surtout The Great Gatsby, roman possiblement parfait par l’adéquation de la forme et du fond. Amateur de policier, j’ai aussi fréquenté Raymond Chandler et Dashiell Hammett.

Hammett (1894-1961) a assumé classiquement, dans la littérature policière, un rôle fondateur: il a, à la fin des années 1920, inventé le polar dit « hard-boiled » ou « dur à cuire ». S’il n’ a pas été tout à fait le premier adepte du genre, il l’a porté à sa perfection par ses cinq polars parus entre 1929 et 1934, dont le plus connu, The Maltese Falcon, est devenu un livre culte.

Né au sein d’une famille dysfonctionnelle à Baltimore, Hammett a quitté l’école tôt pour exercer divers métiers, dont celui de détective au sein de l’agence Pinkerton. Cette expérience du crime a fourni la matière de ses nouvelles et de ses romans, dans lesquels il s’est appliqué à transposer, dans une prose sèche et précise et des dialogues percutants, l’univers des truands des grandes villes américaines.

La vie et la trajectoire d’écrivain de Dashiell Hammett sont tragiques. Affligé d’une mauvaise santé, grand lecteur, grand buveur, il commence à commence à écrire au début des années 1920, sur la côte ouest, pour soutenir financièrement sa famille quand ses problèmes pulmonaires l’empêchent d’occuper d’autres fonctions. Il publie d’abord de courts textes, puis des nouvelles payées un sou le mot. Ce n’est que plusieurs années plus tard qu’il s’attaque au roman, produisant coup sur coup, à une vitesse effrénée, ses cinq ouvrages les plus consistants. Ensuite, brutalement, alors même qu’il touche à l’aisance par l’adaptation de ses romans au cinéma, il cesse à tout fin pratique d’écrire, ne produisant plus, de loin en loin, que des scénarios, des nouvelles, qui n’atteindront plus son meilleur niveau.

À quarante ans, Dashiell Hammett se mue, comme Hemingway d’ailleurs, en une caricature de lui-même, à la fois triste et flamboyante. Il boit de plus en plus, dilapide, entre New York et Hollywood, des sommes faramineuses, se brouille avec les éditeurs et les maisons de production, le tout en devenant, par le cinéma et la radio, un personnage de plus en plus public.  L’écrivain, lui, est mort. Sympathisant de gauche, il sera victime de la chasse aux communistes de l’après-guerre. Il sera emprisonné six mois pour outrage au tribunal, perdra tout et achèvera son existence, tuberculeux, alcoolique, dans un dénuement complet. Ses romans, bien qu’ils aient pris, quatre-vingt ans plus tard, une patine un peu kitsch, sont toujours en circulation.

Hemingway, Fitzgerald, Hammett, Faulkner, Chandler… Tous ces grands écrivains ont en quelque sorte suivi le chemin tracé par Poe, celui de l’artiste maudit ravagé par l’alcool, à croire qu’il était impossible de supporter à jeun l’Amérique… ou la page blanche. Poussés par leurs démons intérieurs ou par un mode de vie romantique, ils ont, comme des comètes s’enflammant en pénétrant l’atmosphère, créé en se désagrégeant. Le procédé, vieux comme le monde, a été repris par les jazzmen et les rock-stars.

La mort, à défaut d’être originale, est une fin toujours commode.

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